Jésus, n'ayant pas à craindre, comme nous venons de le voir, d'évoquer chez cette femme tout un monde de dangereuses illusions, comme celles qui se rattachaient chez les Juifs au nom de Messie, se révèle pleinement à elle. Cette conduite n'est donc nullement, comme le prétend de Wette. en contradiction avec des paroles telles que Matthieu 8.4 ; 16.20 ; 17.9, etc. La différence des terrains explique celle des semences que la main de Jésus leur confie.
Comment dépeindre l'étonnement qu'une pareille déclaration dut produire chez, cette femme ? Il s'exprime mieux que par des paroles, par son silence et sa conduite (v. 28). Elle était arrivée, quelques minutes auparavant, insouciante et livrée à ses pensées terrestres ; et la voilà en peu d'instants amenée à une foi nouvelle, et même, comme on va le voir, transformée en une missionnaire empressée de cette foi. Comment le Seigneur a-t-il ainsi relevé et élevé cette âme ? En parlant avec Nicodème, il était parti de l'idée qui remplissait le cœur de tout pharisien, celle du royaume de Dieu, et il en avait déduit les conséquences morales les plus rigoureuses ; car il s'adressait à un homme habitué à la discipline légale. Puis il lui avait dévoilé les vérités du royaume divin, en les rattachant à un type frappant de l'A. T. et en les opposant aux traits correspondants du programme pharisaïque. Ici, au contraire, s'entretenant avec une femme dépourvue de toute préparation scripturaire, il prend son point de départ dans ce qu'il y a de plus vulgaire, l'eau de ce puits. Ensuite, par une antithèse hardie, il éveille dans son esprit la pensée, dans son cœur le besoin d'un don surnaturel qui étanche à jamais la soif de l'âme. L'aspiration au salut, une fois éveillée, devient chez elle une prophétie intérieure, à laquelle il rattache ses révélations nouvelles. Par l'enseignement sur le vrai culte, il répond aux préoccupations religieuses de cette femme, aussi directement que par la révélation des choses célestes il avait répondu aux pensées intimes de Nicodème. Avec celui-ci il se dévoile comme le Fils unique, évitant encore le titre de Christ. Avec la Samaritaine, il emploie hardiment ce dernier terme, mais sans songer à initier aux mystères de l'incarnation et de la rédemption cette âme qui n'en est encore qu'aux premiers éléments de la vie morale. On a fait observer certaines analogies dans la marche extérieure de ces deux entretiens, et l'on en a tiré un argument contre la vérité des deux récits. Mais cette ressemblance résulte naturellement de ce qu'il y avait d'analogue dans les deux rencontres : des deux parts une âme toute terrestre se trouvant en contact avec une pensée céleste, et celle-ci s'efforçant d'élever l'autre à son niveau. Cette conformité des situations explique suffisamment les rapports des deux entretiens, dont la diversité est d'ailleurs tout aussi remarquable que la ressemblance.
II. Jésus et les disciples : v. 27-38