Le v. 1 fait connaître le motif qui engage Jésus à quitter la Judée : il est parvenu aux pharisiens un rapport sur son compte, d'où il résulte que ce nouveau personnage peut devenir plus redoutable que Jean lui-même. - Οὖν, donc : en raison du bruit que faisait le grand concours de gens mentionné 3.23-26. - Ce titre : le Seigneur (dans la plupart des Mss.), n'est appliqué que rarement à Jésus dans le récit de sa vie terrestre (6.23 ; 11.2, etc.). Il suppose l'habitude de se représenter Jésus élevé dans la gloire. Il est fréquent dans les épîtres. S'il est authentique dans ce passage (voir la variante de 3 Mjj. qui lisent : Jésus), il s'explique soit par le sentiment de la grandeur divine de Jésus, proclamée dans le morceau précédent, soit, plus simplement, par le désir d'éviter la répétition du nom de Jésus, qui se retrouve quelques mots plus bas. - L'expression eut appris exclut une connaissance surnaturelle. On voit dans ce qui suit que la teneur du rapport fait à Jérusalem est textuellement reproduite ; comparez le nom de Jésus au lieu du pronom lui, et les présents ποιεῖ et Βαπτίζει, fait et baptise. Jésus devait paraître plus dangereux que Jean, d'abord à cause du témoignage messianique que Jean lui avait rendu, puis en raison de ses allures bien plus indépendantes des formes légales et pharisaïques, enfin à cause de ses miracles ; comparez 10.41. - La leçon des 5 Mjj. qui retranchent ἤ, que, ne pourrait avoir que ce sens : « que les pharisiens avaient appris que Jésus fait plus de disciples et que (de son côté) Jean baptise. » Sens étrange et même absurde. - Le terme disciples, qui désigne ici les baptisés, se retrouvera 7.3 dans ce sens spécial.
La conséquence pratique que Jésus tire de ce rapport, peut faire supposer que Jean était déjà arrêté et que, comme le pense Hengstenberg, les pharisiens avaient joué un rôle dans cet emprisonnement ; comparez le terme παρεδόθη, avait été livré, Matthieu 4.12 : ce serait par leur mains que Jean serait tombé au pouvoir d'Hérode. - Mais on demandera pourquoi Jésus se retire en Galilée dans le domaine d'Hérode ; n'était-ce pas courir au devant du danger ? Non ; car l'animosité de ce prince contre Jean était une affaire personnelle. Quant à son activité religieuse, Jésus avait à redouter moins d'entraves de la part d'Hérode que de celle du parti dominant en Judée.
La remarque du v. 2 est destinée à préciser l'expression indéterminée employée par l'évangéliste lui-même 3.22 : « que Jésus baptise. » Rien n'est indifférent dans la manière d'agir du Seigneur, et Jean ne veut pas laisser se former chez ses lecteurs une idée fausse sur l'un de ses actes. - Pourquoi Jésus baptisait-il, et cela sans baptiser lui-même ? En baptisant, il attestait l'unité de son œuvre avec celle du précurseur. En ne baptisant pas lui-même, il faisait sentir la supériorité de sa position sur celle de Jean-Baptiste. Il rappelait ce que celui-ci avait dit : « Je vous baptise d'eau, il en vient un autre qui vous baptisera d'Esprit et de feu, » et il se réservait expressément ce baptême supérieur. La première de ces observations fait comprendre pourquoi, au bout d'un certain temps, il abandonna le baptême d'eau, et la seconde pourquoi il le rétablit plus tard comme type du baptême d'Esprit qui allait venir. En tout cas il ne faut pas comparer cette manière d'agir avec celle de Paul (1 Corinthiens 1.17) et de Pierre (Actes 10.48), qui avait un tout autre but. - Si Jésus renonce à ce rite dans l'intervalle, ce fait est en relation avec cet autre : qu'il cesse dorénavant en Galilée de prendre une position messianique pour se contenter d'un rôle prophétique, jusqu'au moment où il se présentera de nouveau en Judée comme le fils de David et le Messie promis (ch. 12). Jésus renonce ainsi à transformer par le baptême en communauté messianique, cet Israël dont l'incrédulité va s'accentuant envers lui. Il y a donc trois degrés dans l'institution du baptême :
- le baptême de Jean : préparation au royaume messianique par la repentance ;
- le baptême de Jésus, au commencement de son ministère : signe d'attachement à la personne du Messie avec qualité de disciple ;
- le baptême réinstitué par Jésus après sa résurrection : consécration au baptême d'Esprit.
Ceux qui avaient reçu le premier de ces trois baptêmes (les apôtres, par exemple) ne paraissent pas avoir été soumis plus tard au second ou au troisième. Jésus se servit d'eux pour administrer ces deux derniers (v. 2 : Actes ch. 2). - Ce n'est pas sans raison que Beck a rapproché le baptême des enfants, dans l'Eglise chrétienne, du second de ces trois baptêmes.
Le départ de Judée est indiqué, v. 3, comme un acte distinct du retour en Galilée ; et cela parce que, d'après le v. 1, le vrai but de Jésus était bien moins d'aller ici que de partir de là. Le mot πάλιν, de nouveau, que lisent 6 Mjj. et les anciennes Vss., fait allusion à un précédent retour en Galilée (1.44). Jean profite de chaque occasion pour distinguer ces deux retours identifiés par la tradition synoptique (voir à 3.24). Cet adverbe est donc authentique, malgré les nombreux Mss. et critiques qui l'omettent.