Ce n'est plus seulement comme à des croyants que Jésus veut leur donner la paix ; c'est en vue de leur vocation future. La paix est le fondement de l'apostolat ; de là la répétition du vœu : La paix soit avec vous ! Ce message de la réconciliation, que Jésus leur apporte, ils auront la tâche de le prêcher au monde (2 Corinthiens 5.20). Jésus leur confère d'abord la charge (v. 21b) ; puis il leur communique le don, dans la mesure où il peut le faire dans sa position actuelle (v. 22) ; enfin il leur révèle l'étonnante grandeur de cette tâche (v. 23).
Il n'y a proprement qu'une mission du ciel à la terre ; c'est celle de Jésus. Il est l'apôtre (Hébreux 3.1). Celle des disciples est comprise dans la sienne et achèvera de la réaliser pour le monde. De là vient que Jésus, en parlant de lui-même, emploie le terme plus solennel ἀπέσταλκε : c'est une ambassade ; tandis qu'en passant à eux, il se sert du terme plus simple πέμπω : c'est un envoi.
Verset 22 : La dotation en vue de cet envoi. - Comme il n'y a proprement qu'une mission, il n'y a aussi qu'une force pour la remplir, celle de Jésus qu'il communique par son Esprit. - Les mots : Ayant dit cela, servent, comme v. 20, à rattacher l'acte suivant à la parole précédente. Il y a deux opinions extrêmes sur la valeur de l'acte décrit dans ce verset. Selon Baur, Hilgenfeld, Keim, l'évangéliste transporterait à ce jour la Pentecôte aussi bien que l'ascension (v. 17). Mais le : je monte, du v. 17 ne saurait s'être accompli dans le cours de cette journée ; car le v. 20 prouve que Jésus n'avait pas encore son corps glorifié. Or c'est d'auprès du Père qu'il doit envoyer l'Esprit (7.39 ; 16.7). De plus le manque de l'article devant πνεῦμα ἅγιον, Esprit saint, montre qu'il ne s'agit pas encore de l'envoi du Paraclet promis ch. 14 à 16. De là d'autres, Chrysostome, Grotius, Tholuck, ont conclu que c'était ici un acte purement symbolique, un gage sensible de l'envoi futur de l'Esprit. Mais ce sens n'est pas compatible avec l'impératif λάβετε, recevez ! Il faudrait : vous recevrez. Cette expression suppose une communication actuelle. Il ne s'agit ici ni d'une simple promesse, ni de la pleine effusion de l'Esprit. Elevé lui-même à un degré de vie supérieur, Jésus les élève, autant qu'il le peut faire, à sa position nouvelle. Il les associe à son état de ressuscité, comme plus tard par la Pentecôte il les fera participer à son état de glorifié. Il leur communique la paix de l'adoption et l'intelligence des Ecritures (Luc 24.45) ; il met leur volonté à l'unisson de la sienne pour qu'ils se préparent à l'œuvre commune (v. 21). Plusieurs commentateurs, Reuss par exemple, voient ici une allusion à Genèse 2.7 : « L'Éternel souffla dans les narines (de l'homme) un souffle de vie. » Mais la pensée de Jésus me paraît se rapporter plutôt à l'avenir qu'au passé. Cette communication préparatoire devra leur faire comprendre, quand le vent de l'Esprit soufflera, que ce vent n'est autre que le souffle personnel de leur invisible Maître.
Verset 23. L'œuvre nouvelle qui leur est confiée, est dévoilée ici dans toute sa grandeur ; il ne s'agit de rien moins que de donner ou de refuser le salut à tout être humain ; ouvrir et fermer le ciel, voilà leur tache. L'ancienne alliance possédait un pardon provisoire et une réjection révocable. Avec la venue du Saint-Esprit, le monde entre dans le domaine des réalités immuables. Ce pouvoir qu'avait exercé le Fils de l'homme, de pardonner les péchés (Matthieu 9.6) ou de les retenir (Jean 9.41 ; 15.22,24), désormais, en vertu de son Esprit qui les accompagnera, ce sera le leur. Les expressions qu'emploie Jésus indiquent plus qu'une offre de pardon ou une menace de condamnation, plus même qu'une déclaration de salut ou de perdition par le moyen de la prédication évangélique. Jésus parle d'une parole accompagnée d'efficacité, soit pour enlever la coulpe de dessus le coupable, soit pour la lier éternellement à sa personne. Celui qui est vraiment l'organe de l'Esprit (v. 21) ne dit pas seulement « Tu es sauvé, » - il sauve par sa parole ; - ou : « Tu es damné, » - il damne réellement, et cela parce qu'au moment où il prononce cette parole par l'Esprit, Dieu la ratifie. Le présent ἀφίενται (littéralement se pardonnent) indique un effet actuel ; Dieu pardonne ces péchés au moment même. Le parfait ἀφέωνται, que lisent quelques Mjj., signifierait : « sont et demeurent pardonnés. » Ce parfait a probablement été amené par la symétrie de cette proposition avec la suivante (κεκράτηνται). Les copistes n'ont pas compris que, dans la première, il s'agit d'un fait momentané actuel, le passage de l'état de condamnation à l'état de grâce, tandis que la seconde se rapporte à un état qui persiste : la condamnation affermie à toujours.
L'ordre des deux propositions indique que le premier de ces deux effets est le vrai but de la mission et que le second ne vient à se réaliser que dans les cas où le premier a échoué, - Il ne me paraît pas que rien donne le droit de voir ici un pouvoir spécial conféré aux apôtres comme tels. Il ne s'agit pas de droit, mais de force. C'est le πνεῦμα qui en est le principe. Je ne vois donc aucune raison d'appliquer ce privilège aux apôtres seuls, comme le veut Keil. Les disciples des v. 18 et 19 sont certainement tous les croyants réunis (les deux d'Emmaüs étant présents, et bien d'autres non apôtres avec eux, Luc 24.33). Et comment pourrait-on restreindre le don de l'Esprit aux apôtres ? Ceux-ci ont certainement une autorité spéciale. Mais les forces de l'Esprit sont communes à tous les croyants. Weiss suppose que la prérogative conférée ici par Jésus n'est autre que celle de distinguer entre les péchés véniels et les péchés mortels (1 Jean 5.16). Mais cette application est beaucoup trop spéciale et étrangère au contexte. Du reste la promesse semblable faite à Pierre, Matthieu 16.19, avait déjà été étendue, dans une certaine mesure, à l'Eglise entière, Matthieu 18.18.
III. La seconde apparition aux disciples (Thomas) :
versets 24 à 29
Un dernier principe d'incrédulité restait encore dans le cercle des Douze. Il est extirpé, et le développement de la foi arrive à son terme chez tous les futurs témoins du Christ.