D'après Matthieu le sépulcre appartenait à Joseph lui-même, et ce fut là la raison de l'emploi qui en fut fait. D'après Jean on choisit ce sépulcre à cause de sa proximité de Golgotha, parce que le sabbat allait commencer. Ces deux raisons, bien loin de se contredire, se complètent. A quoi eût servi la proximité du sépulcre, s'il n'eut pas appartenu à l'un des amis du Seigneur ? Et ce fut assurément la circonstance que Joseph possédait ce sépulcre près de l'endroit du crucifiement, qui fit naître chez lui l'idée de demander le corps de Jésus. - Jean et Luc 23.53 font remarquer que le sépulcre était neuf. Comparez Luc 19.30 : « Vous trouverez un ânon attaché que personne n'a jamais monté. » Ce sont là des faits providentiels qui appartiennent à la gloire royale de Jésus. Lorsqu'on reçoit un roi, on ne consacre à son usage que des objets qui n'ont pas encore été employés. - L'expression : la préparation des Juifs, signifierait, d'après ceux qui admettent que la mort de Jésus eut lieu non le 14, mais le 15 : le vendredi des Juifs. Mais quel serait le but d'une expression aussi singulière ? Elle était destinée, répond Rotermund[1], à faire comprendre comment il arrivait que le lendemain d'un jour sabbatique (du 15) fût de nouveau un sabbat (le samedi). Par là le premier sabbat devenait comme la préparation du second. Mais si le premier des deux jours était sabbatique comme le suivant, le transport du corps, que l'on ne voulait pas faire le lendemain, n'eût pas dû non plus se faire ce jour-là. Le sens tout simple est que c'était l'heure où les Juifs (ainsi s'explique le complément des Juifs) préparaient leur grand repas national et religieux en immolant l'agneau. L'on était obligé de se hâter, parce qu'avec le coucher du soleil allait prendre fin ce jour de préparation, le 14, jour non sabbatique, et que le jour suivant, le 15, était cette année-là un jour doublement sabbatique (v. 31) ; comparez Luc 23.54,56.
Sur le jour de la mort de Jésus[2].
Sur le jour de la semaine auquel a eu lieu la mort de Jésus, l'accord des quatre évangélistes est manifeste : c'était un vendredi (Matthieu 27.62 ; Marc 15.42 ; Luc 23.54 ; Jean 19.31). Mais ils paraissent différer sur la question de savoir si ce vendredi était le 14 ou le 15 du mois de nisan, différence insignifiante en apparence, mais qui en implique une plus considérable. Car, suivant que on se prononce pour l'une ou pour l'autre date, on admet que Jésus a célébré le repas pascal avec tout le peuple juif et qu'il est mort le lendemain 15, - ou bien au contraire qu'il est mort le 14 et que le peuple juif a célébré le soir de sa mort ce repas, qui tombe toujours sur la soirée du 14 au 15.
I. L'intuition de Jean.
D'après Jean.13.1, Jésus a célébré son dernier repas avant la fête de Pâques. Rotermund (dans l'article cité ⇒) prétend sans doute, avec Langen, que la fête de Pâques ne commençait que le 15 et que par conséquent ce souper, qui eut lieu avant la fête, doit être placé le soir du 14 et être identifié avec le repas pascal. Mais voir à 13.1. Jean n'eût pas désigné ce repas simplement par ces mots : « un souper, » ou même, si l'on veut, « le souper. » Pour des lecteurs grecs, il n'eût pu s'abstenir de désigner ce souper comme celui de la Pâque. - Le passage 18.28, malgré tous les efforts de plusieurs savants (comparez par exemple Kirchner, Die jüdische Passahf'eier, 1870), dit clairement que le repas pascal juif n'était pas encore célébré le matin où Jésus a été condamné et que par conséquent Jésus a été mis à mort le 14 et non le 15[3]. - Les passages 19.14,31,42 conduisent au même résultat. Ni Kirchner, ni Rotermund ne sont parvenus à prouver que des expressions telles que celles ci : le vendredi pascal, le vendredi des Juifs, fussent naturelles. Que ce fût un vendredi, cela est certain ; que le mot paraskeué, préparation, puisse désigner le vendredi, comme préparation du sabbat, cela n'est pas douteux. Mais que, dans le contexte de Jean, ce terme de paraskeué, préparation, puisse avoir le sens technique de vendredi, cela est inadmissible[4]. - Après les observations de Kirchner et de Luthardt, je renonce à alléguer comme décisif 13.29, quoique l'on se demande pourtant toujours comment un achat aurait pu se faire durant la nuit de Pâques, toutes les familles riches ou pauvres étant à ce moment réunies autour de la table pascale et tous les magasins par conséquent fermés.
II. L'intuition apparente des synoptiques.
Elle paraît ressortir avec évidence des trois parallèles Matthieu 26.17 : « Le premier jour des pains sans levain (le 14 nisan) les disciples de Jésus s'approchèrent de lui, disant : Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? » Marc 14.12 : « Et le premier jour des pains sans levain, où l'on immolait la pâque, les disciples lui dirent… ; » Luc 22.7 : « Le jour des pains sans levain arriva où il fallait immoler la pâque, et il envoya Pierre et Jean… » Il paraît tout naturel de placer cette question des disciples, ou (selon Luc) cette commission que Jésus donne à deux d'entre eux, au matin du 14 où l'on faisait pour le soir les préparatifs du repas pascal. Et c'est précisément de là que résulte la contradiction apparente avec le récit de Jean ; car, si Jésus a donné cet ordre le 14 au matin, le repas que les disciples devaient préparer pour le soir ne pouvait être que le repas pascal, d'où il résulterait que son dernier souper a coïncidé avec la Pâque de cette année-là. Or, d'après Jean, nous venons de le constater, le repas pascal juif ne devait avoir lieu que dans la soirée qui suivit celle du dernier souper de Jésus, c'est-à-dire dans la soirée du jour de sa mort.
C'est ici l'une des plus grandes différences entre les synoptiques et Jean. Dès les premiers temps, elle a attiré l'attention de tous ceux qui ont étudié de près les Ecritures. Et déjà au IIe siècle, comme nous le verrons, on rencontre de nombreuses traces des discussions qu'elle a soulevées.
III. Les essais de solution.
Dès le temps de saint Jérôme, l'intuition du récit synoptique était devenue régnante dans l'Eglise : elle le demeura jusqu'à la Réformation : Jésus avait célébré la Pâque, avec tout le peuple avant de mourir. Mais à ce moment le réveil des études bibliques fit sentir le besoin de se rendre un compte plus exact des narrations évangéliques ; leur désaccord apparent sauta aux yeux, et l'on chercha à le résoudre. Calvin et Théodore de Bèze, puis Scaliger et Casaubon relevèrent l'idée, déjà énoncée par Eusèbe et Chrysostome (voir Tholuck, p. 41), que les Juifs, afin de n'avoir pas à célébrer deux jours sabbatiques successifs (le vendredi 15 nisan, comme premier jour de fête, et le lendemain, 16 qui tombait cette année sur le samedi), auraient retardé exceptionnellement d'un jour la célébration de la fête, tandis que Jésus aurait maintenu pour lui-même le jour légal. Ainsi s'expliquerait le fait qu'il ait célébré cette fois la Pâque un jour plus tôt que le reste du peuple. Il paraît qu'aujourd'hui encore, lorsque le 15 nisan tombe sur un vendredi, les Juifs transportent la fête de ce jour au samedi. Cette solution est très simple et naturelle. Seulement nous ne trouvons ni dans le N. T., ni chez Josèphe, ni dans le Talmud, aucune trace d'une semblable transposition, qui constituerait une grave dérogation à la loi.
On a cherché d'autres motifs qui pouvaient engager Jésus à dévier en cette circonstance de l'usage généralement reçu. Stier a pensé qu'il s'était rattaché à la manière de faire de quelques sectes, comme celle des Karaïtes, qui auraient eu la coutume de célébrer le repas pascal, non le soir du 14 au 15, mais celui du 13 au 14. - Ebrard a supposé qu'à raison du grand nombre d'agneaux à égorger dans le temple (parfois plus de 250 000 d'après Josèphe) de 3 à 6 heures de l'après-midi, les Galiléens auraient été autorisés à immoler et à manger l'agneau le 13 au lieu du 14. Serno applique la même supposition à tous les Juifs de la dispersion. Mais ces hypothèses n'ont aucun fondement historique[5] et sont en tous cas bien moins vraisemblables que celle des Réformateurs. - Rauch a prétendu que les Israélites en général célébraient légalement et habituellement le repas pascal le soir du 13 au 14, et non celui du 14 au 15. Mais cette opinion qui, même admise, ne résoudrait point encore la difficulté, se heurte à toutes les données connues, bibliques et historiques.
Lutteroth, dans sa brochure Le jour de la préparation, 1855, et dans son Essai d'interprétation de l'évangile de saint Matthieu, 1876, place le jour de l'entretien de Jésus avec ses disciples beaucoup plus tôt, au 10 nisan, où les Juifs mettaient à part l'agneau qui devait être immolé le 14. Ce serait dans ce même jour du 10 que Jésus aurait été crucifié : il serait resté dans le tombeau les 11, 12 et 13 ; le 14 serait le jour de sa résurrection. Cette chronologie complètement nouvelle se heurte au premier mot de l'entretien. Comment serait-il possible que le 10 nisan fût appelé par les évangélistes le premier jour des pains sans levain, surtout lorsque cette détermination est encore précisée, comme elle l'est chez Marc, par celle-ci : « quand on immolait la pâque. Il est vrai que Lutteroth essaie de faire porter ce quand uniquement sur l'idée des pains sans levain : « les azymes que l'on mange quand on immole la pâque. ». La parole Luc 22.7 : « Le jour des pains sans levain arriva où l'on devait immoler la pâque, » est plus rudement traitée encore : ce n'est pas un fait historique que rapporte Luc, c'est une réflexion morale par laquelle l'évangéliste annonce dès le commencement que la Passion aura une fin ( !) (Essai, p. 410 et 411[6]). - [Il faut ranger aussi au nombre de ces tentatives manquées l'essai de conciliation proposé par Bengel et renouvelé par Wahle Das Evang. nach Joh.. p. 496-508), qui consiste à admettre deux repas différents, l'un rapporté Jean 13.1-32 et au cours duquel Judas, démasqué pour la première fois, se serait retiré, assez tard dans la nuit (v. 30 : « il était nuit, » indiquerait la 2e veille, donc environ minuit), pour s'en aller tout combiner et préparer en vue de l'arrestation de Jésus (Matthieu 26.14 et parall.). Ce premier repas aurait eu lieu dans la soirée du 13 au 14 nisan et l'on s'expliquerait que les disciples, voyant sortir Judas, supposent qu'il va faire quelque achat pour la fête du lendemain (Jean 13.28-29). L'autre repas serait le repas pascal raconté par les synoptiques, qui eut lieu (comme celui des Juifs) dans la soirée du 14 au 15 et dans lequel Jésus institua la Cène et prononça les derniers discours d'adieu Jean 13.33-16.33 judas y aurait assisté ; cela ressort de Jean 14.22 (car s'il n'eût pas été présent, il n'eût pas été nécessaire de le distinguer de l'autre Jude) et des synoptiques (Matthieu 26.20 et suiv.) ; et il se serait glissé hors de la salle au moment ou Jésus se leva de table avec les disciples dans l'intention de se rendre à Gethsémané (14.31).
Ainsi les deux dates, celle de Jean (13.1), le 13, et celle des synoptiques (Matthieu 26.17), le 14, ne se contrediraient point et seraient également exactes. Mais cette hypothèse offrirait encore d'autres avantages ; elle permettrait d'expliquer l'expression de Jean : « un repas ayant eu lieu » (13.2), qui ne semble pas indiquer le repas solennel de la Pâque, tandis que le repas des synoptiques est certainement un repas pascal, et elle laisserait toute une journée libre pour les démarches du traître et donnerait un peu plus de temps pour les événements de la nuit depuis la sortie définitive de Judas (qui peut, dans cette hypothèse, avoir eu lieu plus tôt que l'heure indiquée par Jean 13.30) jusqu'au chant du coq (3 h du matin) : fin des derniers entretiens, Gethsémané, arrestation, séances chez Anne et Caïphe, etc.
Mais l'expression 13.2 peut s'expliquer autrement ; 14.22 ne prouve nullement que Judas fut présent à ce moment ; et 13.30 permet aussi bien de supposer qu'il soit sorti peu après 9 heures du soir (commencement de la 2e veille) que vers minuit. L'hypothèse en question se heurte d'autre part à des difficultés nombreuses. Comment Judas, après la scène Jean 13.21-30, qui équivaut à une expulsion, serait-il revenu dans le cercle des douze ? C'est manifestement sa sortie définitive que Jean entend raconter au v. 30. Comment la solennelle annonce de la trahison se fût-elle répétée deux soirs de suite dans les mêmes termes (Jean 13.24 ; Matthieu 26.24), suivie les deux fois de la douloureuse surprise des disciples ? Comment Jésus eût-il à deux reprises désigné le traître par le même signe du morceau de pain (Jean v. 26 ; Matth. v. 23-25) ? Evidemment c'est la même scène et le même repas. - Il ne semble pas naturel de couper par un intervalle de vingt-quatre heures (après 14.31. selon Bengel ; après 14.32, selon Wahle) les entretiens Jean ch. 13 à 16 qui forment un tout si bien lié. - Enfin, l'hypothèse ne résout ni n'atténue les deux principales difficultés : celles qui résultent de Jean 18.28 (les Juifs devant encore « manger la pâque ») et de tous les indices fournis par les synoptiques eux-mêmes contre la date qu'ils assignent à la mort de Jésus (le 15 nisan).]
Après toutes ces tentatives infructueuses, on comprend qu'un grand nombre de critiques se bornent à constater le désaccord et à le déclarer insoluble ; c'est ce que font Lücke, Néander, Bleek, de Wette, Steitz, J. Müller, Weiss, de Pressensé[7], etc.
IV. La vérité du récit de Jean.
Mais si la contradiction existe, il reste à savoir lequel des deux mérite la préférence ; et il faut expliquer comment une différence aussi grave a pu se produire dans la narration évangélique.
Les critiques de l'école de Tubingue, Baur, Hilgenfeld, Keim ne sont pas embarrassés : ce sont les synoptiques qui ont conservé la vraie tradition historique. Quant à la narration de Jean c'est une altération réfléchie de l'histoire réelle, destinée, d'une part, à faire coïncider la mort de Jésus, comme vrai agneau pascal, avec le moment de l'immolation de l'agneau dans le temple et, d'autre part, à reléguer dans l'ombre le repas pascal juif en faisant du dernier souper de Jésus un simple repas d'adieu. Mais ni l'un ni l'autre de ces buts n'exigeait un moyen aussi compromettant que celui que l'on prête ainsi au pseudo-Jean. Un pareil désaccord avec les trois premiers évangiles, déjà reçus dans toute l'Eglise, et avec la tradition apostolique dont on savait que ces écrits étaient les dépositaires, risquait de rendre grandement suspecte l'œuvre du quatrième évangéliste, et cela fort inutilement pour lui. Car, pour présenter Jésus comme le vrai agneau pascal, il n'était pas besoin d'un expédient aussi désespéré que celui de déplacer le jour connu de sa mort ; il suffisait que cet événement se trouvât avoir lieu dans la semaine pascale ; il n'y avait donc rien à changer à la tradition de l'Eglise ; comparez la parole de Paul 1 Corinthiens 5.7 : « Christ, notre pâque, a été immolé pour nous ; » celle de 1 Pierre 1.19, et tous les passages de l'Apocalypse où Christ est appelé l'Agneau. Quant à la Pâque juive, au IIe siècle, il n'était plus besoin de la rabaisser : elle était déjà remplacée partout, soit dans l'Eglise, soit dans les sectes, par la Cène chrétienne (Schürer, De controversiis paschalibus.1869, p. 29-34).
Une seconde classe de critiques cherchent, comme nous l'avons vu, à interpréter les textes de Jean de manière à les mettre d'accord avec ce qu'ils pensent être le sens du récit synoptique. Ce sont, par exemple, Lightfoot, Tholuck, Olshausen, Hengstenberg, Wieseler, Luthardt, Wichelhaus, Hofmann, Lichtenstein, Lange, Riggenbach, Ebrard, Bæumlein, Langen, Keil et en dernier lieu Zahn[8]. Mais tous leurs efforts n'ont pas réussi à faire sortir du texte de Jean un sens contraire à celui qui saute aux yeux en le lisant.
Quant aux troisièmes, qui concèdent une différence réelle entre nos récits évangéliques, la plupart donnent la préférence à celui de Jean ; ainsi, parmi les modernes, Weiss, Pressensé (voir note page précédente), Beyschlag[9], Reuss lui-même[10]. Et en effet si le conflit est réel, le choix ne saurait être douteux. Les témoins en faveur de l'exactitude historique du récit de Jean sont les suivants :
1. Les synoptiques eux-mêmes. - Ces écrits renferment une série de faits et un certain nombre de paroles qui sont en accord complet avec le récit de Jean et en désaccord non moins évident avec l'intuition qu'on leur attribue. S'il y avait une heure sacrée pour la conscience juive, c'était celle du repas pascal ; et c'est à cette heure-là qu'une foule d'huissiers et de serviteurs des sacrificateurs et des anciens auraient quitté leurs maisons et leurs familles, réunies autour de la table pascale, pour venir arrêter Jésus à Gethsémané[11] ! Bien plus, nous savons que tout ce qui est répréhensible le jour du sabbat, comme de monter sur un arbre, d'aller à cheval, de tenir une séance de tribunal, est interdit également dans le jour de fête (Traité Béza, V, 2) ; et l'on aurait tenu cependant, dans cette nuit sabbatique du 14 au 15, au moins deux séances de tribunal, dans l'une desquelles aurait été prononcée la sentence de mort de Jésus ; puis auraient eu lieu toutes les longues négociations avec Pilate, ainsi que l'envoi chez Hérode : tout cela malgré le caractère férié et sabbatique du 15 nisan ! On répond qu'une séance de tribunal était permise dans le jour férié, pourvu que la sentence ne fût pas couchée par écrit, et qu'en général la règle des jours fériés est moins rigoureuse que celle des sabbats proprement dits[12]. Mais au fond toute la différence entre ces deux espèces de jours se borne à l'autorisation de préparer les aliments nécessaires dans le jour férié, si même il est permis de tirer une conclusion générale d'Exode 12.16. Or une si légère différence suffirait-elle pour justifier l'emploi qui est ici supposé d'un jour semblable ? - Simon de Cyrène revient des champs (Matthieu 27.32) ; Joseph d'Arimathée s'en va acheter un linceul (Marc 15.46) ; les femmes renoncent à embaumer le corps, parce que le sabbat approche (Luc 23.56) : tout cela s'explique-t-il dans la supposition que le jour où les choses se passaient ainsi, fût lui-même un jour sabbatique, le 15 nisan ? On répond que Simon revenait dune simple promenade dans la campagne ou que c'était un campagnard qui se rendait à la ville[13], et que les achats peuvent se faire un jour de fête, pourvu que l'on ne paie pas immédiatement. Il n'en est pas moins vrai que l'impression qui résulte du récit synoptique est que le jour de la mort de Jésus était un jour ouvrable, entièrement différent du jour sabbatique qui allait suivre ; que c'était par conséquent le 14, et non pas le 15 nisan.
Cela ressort également d'un certain nombre de paroles disséminées dans ce même récit. Ainsi Matthieu 26.18 : « Mon temps est proche ; que je fasse la Pâque chez toi avec mes disciples. » Quel est le lien logique qui unit les deux propositions de ce message ? La seule relation satisfaisante à établir entre elles est celle-ci : « Il faut que je me hâte ; car demain ce sera trop tard ; je ne serai plus là ; fais donc en sorte que je puisse manger immédiatement la Pâque chez toi avec les miens (ποιῶ, le présent)[14]. » - Matthieu 27.62 : L'évangéliste appelle le samedi durant lequel le corps de Jésus reposa dans le tombeau : « le lendemain qui est après la préparation. » Dans cette locution il est impossible que le mot de préparation ait le sens de vendredi, comme si Matthieu avait voulu dire que le sabbat que Jésus passa dans le tombeau, fut le lendemain d'un vendredi ! On ne désigne pas le jour le plus solennel d'après celui qui l'est moins, mais l'inverse. Si le jour du 15 est désigné ici d'après son rapport au jour moins solennel de la préparation qui l'avait précédé, c'est que ce jour de préparation était devenu de beaucoup le plus important, comme jour de la mort de Jésus. De cette locution étrange il ressort donc que Jésus a été crucifié le 14. - La même conclusion doit se tirer de Marc 15.42 : « Vu que c'était préparation, c'est-à-dire avant-sabbat. C'est du jour de la mort que Marc parle ainsi. Or il est impossible que Marc, Juif d'origine, eût caractérisé un jour tel que le 15 nisan comme simple vendredi, précédant le sabbat (samedi), ce jour du 15 étant lui-même un sabbat au premier chef. Et si l'expression : préparation, c'est-à-dire avant-sabbat, peut dans l'usage ordinaire désigner un vendredi, ce sens technique est inapplicable dans un contexte où est expliquée la raison pour laquelle on se permet un travail qui ne pourra pas se faire le lendemain. Le terme de préparation a ici son sens général d'après lequel il s'applique à tout jour de la semaine précédant un sabbat. Marc explique par là l'acte de Joseph d'Arimathée inhumant Jésus, après avoir acheté un linceul. « Tout cela était possible, dit-il, parce que c'était préparation, avant-sabbat, et non sabbat. » C'est ce que signifie également cette parole de Luc 23.54 : « Ce jour était préparation, et le sabbat allait luire. » Donc le jour de la mort n'était pas un sabbat (jour férié), comme l'était le 15 nisan.
Tous ces faits et toutes ces paroles n'impliquent pas, sans doute, que les rédacteurs des récits synoptiques se rendissent parfaitement compte de la conséquence à en tirer quant au jour de la mort de Jésus. Ce sont des indices, d'autant plus significatifs qu'ils semblent plus inconscients, de la vraie tradition relative au jour de cette mort et de la parfaite conformité de cette tradition avec le récit de Jean.
[Plusieurs pensent, avec raison peut-être, trouver dans le récit de Marc (14.1-2) l'indice certain d'une tradition conforme à celle de Jean. La décision d'arrêter Jésus, prise deux jours avant la Pâque (donc le 12 nisan), dans le but de le faire mourir avant (et non pas après) la fête. - c'est le sens qui ressort de la leçon γάρ (alex., D, It et aujourd'hui aussi Syrsin ; δέ du T. R. est une correction d'après Matthieu), - peut d'autant moins avoir tardé à être exécutée que l'offre de Judas (v. 10,11) vint au-devant des désirs des chefs. L'arrestation aurait donc eu lieu le 13 et Jésus serait mort le 14, comme le veut Jean. (Voir Spitta, ZurGesch. u. Litteratur des Urchristenthums, I, 1893. p. 222 et suiv. ; Preuschen, Zeitschrift fur neutest. Wissenschaft, 1904, p. 15). - Wellhausen (Das Evang. Marci, 1903, p. 114 et 115) se prononce dans le même sens : « On a, dit-il, reconnu avec raison que la chronologie de Marc 14.1 contredit la chronologie synoptique et que celle-là est la primitive, que Jean suit aussi. Ainsi Jésus a été crucifié avant la Pâque. Des raisons majeures excluent absolument, qu'une séance du sanhédrin et la condamnation de Jésus aient eu lieu dans la nuit de la Pâque, et l'exécution dans le premier jour de la fête. » - On sait que l'évangile de Pierre donne également raison à Jean, quand il dit que Pilate livra Jésus aux Juifs πρὸ μιᾶς τῶν ἀζύμων, τῆς ἑορτῆς αὐτῶν (v. 5.]
2. Le Talmud. - Plusieurs passages de ce monument des souvenirs et des usages juifs déclarent expressément que Jésus a été suspendu le soir de la Pâque (beérev happésach), c'est-à-dire, dans le langage juif, la veille de la Pâque. Les détails erronés qui dans ces passages sont parfois mêlés à cette donnée fondamentale, ne diminuent point la valeur de celle-ci, parce qu'elle se reproduit à plusieurs reprises et identiquement, ce qui indique une tradition ferme. Si l'on objecte que les savants juifs ont tiré cette donnée, non de leur propre tradition, mais de nos évangiles, c'est reconnaître qu'ils ont compris ceux-ci comme nous les comprenons nous-mêmes.
3. Saint Paul. - Keim cite cet apôtre comme un témoin écrasant en faveur de l'intuition synoptique. On reconnaît, dit-il dans l'institution de la sainte Cène (1 Corinthiens ch. 11) toutes les formes du repas pascal juif ; ce qui ne s'explique que si le dernier souper de Jésus a coïncidé avec la Pâque et si par conséquent il a eu lieu le soir du 14 au 15, et non le soir du 13 au 14. - Mais Jésus peut fort bien avoir employé les formes du repas pascal un soir avant celui où se célébrait ce repas ; car, comme il le dit lui-même, « son temps était proche » et il était forcé d'anticiper. De l'expression de Paul, 1 Corinthiens 11.23 : « Le Seigneur Jésus, dans la nuit qu'il fut trahi…, » il ressort bien plutôt que cette nuit n'était pas la nuit du repas pascal ; Paul l'eût sans cela caractérisée autrement que par la trahison de Judas[15].
Tous les témoins que nous pouvons consulter, même les synoptiques qu'on oppose à Jean, rendent donc hommage à l'exactitude de son récit.
V. Le sens réel du récit synoptique.
Mais est-il bien certain que les synoptiques disent réellement ce qu'on leur fait dire ? Ils disent expressément que le premier jour des pains sans levain. (Matthieu, Marc, Luc), « où l'on immolait la pâque » (Marc, comparez Luc), « arriva » (Luc), et que « les disciples interrogèrent Jésus » (Matthieu, Marc), ou que Jésus lui-même prenant l'initiative, envoya Jean et Pierre de Béthanie à Jérusalem (Luc), en vue de la recherche d'un local pour y célébrer la Pâque. On place sans hésitation cet entretien au matin du 14 nisan, par la raison toute simple que l'en compte les jours, comme nous les comptons nous-mêmes, en faisant coïncider le jour officiel avec le jour naturel. Or, en calculant ainsi, on oublie que chez les Juifs le jour officiel commençait à six heures du soir et qu'ainsi, lorsqu'il est dit : Le jour des pains sans levain arriva, cette indication bien comprise nous place, non point au matin du 14, mais au soir du 13 au 14. A prendre donc les synoptiques à la lettre, nous devons admettre que l'entretien dont ils nous parlent, entre Jésus et les disciples, eut lieu, non le 14 au matin, mais tard dans l'après-midi du 13, entre les deux soirs, selon l'expression reçue[16], c'est-à-dire entre le moment où le soleil baisse à l'horizon et celui où il disparaît, moment qui est la transition du jour civil au lendemain.
Hotermund prétend sans doute que, malgré cette manière officielle de compter les jours, c'était toujours le commencement et la fin du jour naturel qui déterminaient le langage populaire. Mais le contraire ressort de Luc 23.54, qui désigne le dernier moment du vendredi soir en ces mots : « C'était la préparation et le sabbat allait luire, » ainsi que de cette locution, usitée chez les Juifs, d'après laquelle érev haschabbath, soir du sabbat, désigne non le soir du samedi, mais celui du vendredi. D'ailleurs, nous pouvons citer un fait parlant, tiré de la vie juive à l'époque de Jésus. Le 16 nisan au matin, on offrait la gerbe sacrée, comme prémices de toute la moisson de l'année. Cette gerbe était fauchée dans un champ voisin de Jérusalem, la veille au soir, ou, comme nous dirions, nous, le 15 au soir. Les envoyés du sanhédrin arrivaient dans le champ suivis du peuple : « Le soleil est-il couché ? » demandaient-ils. - « Il l'est, » leur répondait le peuple. - « Dois-je couper ? » - « Oui, coupe. » - « Avec cette faucille ? » - « Oui. » - « Dans cette corbeille ? » - « Oui. » - Pourquoi toutes ces formalités ? Parce que le 15 était un jour sabbatique, et qu'un travail manuel, comme celui de moissonner, ne devait se faire qu'après qu'il était bien constaté que le 15 était terminé et que le 16, jour ouvrable, avait commencé. On voit par là combien était profondément entrée dans la vie sociale juive la manière de compter les jours que nous attribuons ici aux synoptiques (du soir au soir, et non du matin au matin). Il est encore une circonstance qui vient à l'appui de ce que nous disons ici. Elle a été alléguée déjà par Clément d'Alexandrie et sa valeur a été reconnue par Strauss. La foule des pèlerins était si grande à Jérusalem, à la fête de Pâques, que nul n'attendait jusqu'au matin du 14 pour s'assurer le local où il célébrerait le soir le repas pascal avec les siens. C'était dès le 13 que l'on vaquait à cette recherche. Aussi Clément d'Alexandrie appelle-t-il le 13 la προετοιμασία, la pro-préparation[17] ; car la préparation elle-même était le jour du 14. Ce fut donc bien certainement dans la journée du 13, et non dans celle du 14, que les disciples s'adressèrent au Seigneur, ou lui à eux, dans le but de se procurer le local dont ils avaient besoin pour le lendemain au soir[18]. L'entretien rapporté par les synoptiques a donc dû avoir lieu au plus tard vers 5 ou 6 heures du soir, le 13, selon notre manière de compter les jours. Jésus envoya alors à Jérusalem les deux disciples dont il était le plus sûr, en les chargeant d'assurer une salle. Dans la pensée de tous les disciples, c'était pour le lendemain au soir ; mais Jésus fit comprendre à ses deux messagers que ce serait pour le soir même. C'est ce qu'impliquaient les termes du message dont il les chargeait pour l'hôte qu'il avait en vue : « Mon temps est proche ; je dois me hâter. » Et pourquoi cette manière d'agir pleine de mystères ? La raison en est simple. Judas ne devait pas connaître à l'avance la maison où Jésus passerait cette dernière soirée avec les siens. - De 6 à 8 ou 9 heures, les disciples eurent amplement le temps de préparer le repas, même de tuer et d'apprêter l'agneau, qui était déjà mis à part depuis le 10 nisan. Ils ne l'immolèrent pas dans le temple sans doute. Mais auraient-ils pu le faire, même au jour et à l'heure officiels eux qui devaient être excommuniés comme adhérents de Jésus (9.22) ? Quoi qu'il en soit, d'après l'institution primitive de la Pâque (Exode 12.6-7), c'était à chaque israélite qu'il appartenait d'immoler son agneau dans sa maison l'immolation dans le temple était affaire de tradition humaine. Et en ce moment où la Pâque israélite allait prendre fin, pour être remplacée par le repas sacramentel de la nouvelle alliance, il était tout naturel de revenir à la simplicité du point de départ. L'immolation sacerdotale était inutile, là où l'agneau typique n'avait plus d'autre rôle à remplir que celui de servir à l'inauguration du repas nouveau qui allait remplacer l'ancien. On a objecté (Keim, Luthardt) que Jésus n'avait pas le droit de changer le jour légal de la Pâque. Mais s'il était le maître du sabbat, la pierre angulaire de toute la loi cérémonielle (Marc 2.28), il l'était certes aussi de la Pâque. Le repas pascal légal n'était plus pour lui en ce moment que le calice désormais flétri du sein duquel il allait faire éclore le repas commémoratif de la Rédemption parfaite.
Observons encore une coïncidence intéressante entre des usages juifs bien connus et le récit des synoptiques, tel que nous venons de l'expliquer. Au soir du 13, vers 6 heures, on allumait les lampes afin de fouiller les coins les plus obscurs des maisons et d'enlever toute parcelle de levain. Puis, avant que les étoiles parussent, un homme allait de chaque maison puiser l'eau pure avec laquelle devaient être pétris les pains sans levain. Cet usage ne nous explique-t-il pas bien naturellement le signe donné à Pierre et à Jean quand Jésus leur dit : « En entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau : suivez-le dans la maison où il entrera » (Luc 22.10) ?
La solution que nous présentons ici n'est pas nouvelle ; elle est au fond celle qu'énonçaient déjà au second siècle les deux écrivains qui ont spécialement étudié cette question au moment où elle paraît avoir vivement préoccupé l'Eglise, Apollinaire de Hiérapolis et Clément d'Alexandrie[19]. Le premier s'exprime ainsi : « Le jour du 14 est la vraie Pâque du Seigneur, le grand sacrifice, dans lequel le Fils de Dieu, mis en lieu et place de l'agneau, fut livré pour être crucifié. Le second dit avec plus de précision encore : « Les années précédentes Jésus avait célébré la fête en mangeant l'agneau pascal selon que [au jour où] l'immolaient les Juifs. Mais le 13, jour où les disciples l'interrogèrent, il leur enseigna le mystère [du type de l'agneau]… C'était en ce jour-là (le 13) qu'avait lieu la consécration des azymes et la pro-préparation de la Pâque… ; et notre Sauveur souffrit le jour suivant [le 14] ; car il était lui-même la vraie Pâque… Et voilà pourquoi les grands-sacrificateurs et les scribes en l'amenant à Pilate n'entrèrent pas au prétoire, afin de ne pas être souillés et de manger la Pâque le soir sans empêchement. » En réalité nous n'avons donc fait que reproduire la solution de Clément au plus fort des disputes pascales du IIe siècle, dont nous parlerons bientôt. Weiss, qui repousse toute solution, reconnaît cependant qu'à la rigueur Marc 14.12 est le seul passage qui s'oppose à celle que nous venons d'exposer. Ce qui lui semble incompatible avec elle, c'est cette remarque : « le premier jour des azymes, où l'on immolait la pâque. » Mais pourquoi ces derniers mots ne pourraient-ils pas s'appliquer au soir du 13, si ce soir, dans la manière de compter juive, appartenait déjà au 14, dans l'après-midi duquel on immolait l'agneau[20] ? Weiss ne peut s'empêcher d'ajouter lui-même qu'en tous cas la question des disciples, placée au matin du 14, est invraisemblable, car on n'attendait jamais à ce moment pour s'occuper du local du repas. Pressensé n'a autre chose à objecter que la parole Matthieu 26.20 : « Et le soir étant venu, il se mit à table avec les Douze, ce qui suppose, dit-il, que les préparatifs du repas s'étaient faits, non quelques moments auparavant dans la soirée, mais durant le cours de la journée. Cette observation serait fondée peut être, si l'évangéliste avait eu en vue, en écrivant ces lignes, la question qui nous occupe. Mais, pas plus que les deux autres synoptiques, Matthieu ne paraît s'être rendu compte du problème que soulevait le récit traditionnel ; il a simplement voulu dire que ce dernier repas de Jésus eut lieu non dans la journée, mais le soir.
Il est probable que deux circonstances ont contribué au manque de clarté qui règne dans la narration synoptique : d'abord la confusion si aisée entre le jour civil et le jour naturel, et ensuite le fait que l'institution de la sainte Cène avait imprimé à ce dernier souper un caractère très semblable à celui du repas pascal.
Rappelons enfin pour mémoire les lumières que l'exégèse a demandées, sur le problème qui nous occupe, à l'astronomie. La question étant de savoir si, dans l'année de la mort de Jésus, le grand jour sabbatique du 15 nisan est tombé sur le vendredi, comme semble le supposer le récit synoptique ou sur le samedi, comme l'implique le récit de Jean, le calcul des phases lunaires pouvait, pensait-on, servir à décider la question. Deux astronomes se sont mis à l'œuvre, Wurm, de Göttingue (Bengel's Archiv, 1815, II) et Oudemann, professeur à Utrecht (Revue de théologie, 1863 p. 221). Mais il fallait commencer par déterminer l'année de la mort de Jésus, et l'on diffère encore sur ce point. Ideler et Zumpt la placent en 29 ; Winer, Wieseler, Lichtenstein, Caspari, Pressensé, etc.. en 30 ; Ewald, Renan, en 33, Keim, en 35 ; Hitzig, en 36. Dans cet état de choses les deux astronomes ont étendu leur calcul à toute la série des années 29 à 36 de notre ère. Le résultat, quant à l'an 30, que nous pensons avec la plupart des critiques, être l'année de la mort, a été celui-ci : Cette année-là, le 15 nisan est tombé sur un vendredi. Ce résultat condamnerait notre explication ; mais Caspari, reprenant le calcul de Wurm, en partant des données mêmes de cet astronome, est arrivé au résultat opposé. Selon lui, en l'an 30, le 15 nisan aurait été un samedi, comme cela doit être d'après notre explication. Le fait est que nous nous trouvons ici en face des incalculables éventualités et subtilités du calendrier juif. Wurm lui-même déclare qu'on ne peut parler ici que de probabilités, qu'il restera toujours une incertitude d'un ou deux jours. Or, tout dépend d'un seul jour (Keim, III, p. 490-500). Il est plus sûr d'opérer sur des textes positifs que sur des bases si chancelantes. Tout bien pesé, nous pensons que la date la plus probable de la mort de Jésus peut se formuler ainsi : Le vendredi, 14 nisan (7 avril) de l'an 30[21]
Nous sommes heureux de nous rencontrer, sur la question du rapport entre Jean et les synoptiques, avec plusieurs savants modernes : Krümmel. Litteraturblatt de Darmstadt, février 1858 ; Baggesen, Der Apostel Johannes, 1869 ; Andreæ, « der Todestag Jesu » dans le Beweis des Glaubens, juillet à septembre 1870 ; Leuschner. Das Evang. Joh., 1873 ; etc. - Sur les conséquences de la supériorité historique du récit de Jean pour l'authenticité du IVe évangile, voir ⇒ et suivantes.
VI. Coup d'œil sur l'histoire des disputes pascales.
Le fait qui a provoqué ce long dissentiment entre les églises primitives, est celui-ci : Les églises d'Asie Mineure célébraient la fête pascale en jeûnant durant tout le 14 nisan et en communiant le soir de ce jour-là, au moment où les Juifs mangeaient l'agneau. Les autres églises de la chrétienté, Rome à leur tête, jeûnaient au contraire durant les jours qui précédaient le dimanche de Pâques, lequel était toujours le dimanche qui suivait le 14 ; puis elles communiaient au matin de ce dimanche pascal. - Dans les deux cas, la communion terminait le jeûne.
Première phase de la discussion. Vers 155[22], Polycarpe, dans une visite qu'il fait à Rome, s'entretient de ce sujet avec Anicet, évêque de Rome. Chacun défend le rite de son église au nom d'une tradition apostolique dont elle prétend être dépositaire (provenant à Ephèse de Jean et Philippe, à Rome de Paul et Pierre). Rien ne prouve qu'à cette occasion on ait pénétré dans le domaine exégétique et dogmatique de la question. La paix ecclésiastique demeura intacte. « La diversité dans le rite servit plutôt, comme dit Irénée, à constater l'accord dans la foi[23]. »
Deuxième phase. Quinze ans plus tard, en 170, éclate, au sein même des églises d'Asie, à Laodicée, un dissentiment au sujet de la Pâque. Il y a là des gens - qui sont-ils ? nous aurons à étudier ce point - qui comme les Asiates fêtent le 14 au soir, mais en se fondant sur ce fait : que c'est le 14 au soir que Jésus a institué la Cène, conformément au temps prescrit par la loi pour le repas pascal, et ils s'appuient sur le récit de Matthieu, d'après lequel le Seigneur a été crucifié le 15[24]. On voit que du terrain de la tradition la question est portée sur celui de l'exégèse. Méliton écrit le premier sur ce sujet, nous ignorons dans quel sens. Puis, à l'occasion (ἐξ αἰτίας) de son livre, - non contre lui, comme le prétend encore Schürer, - Apollinaire et Clément d'Alexandrie prennent aussi la plume. Tous deux d'après les fragments cités dans le Chronicon paschale, démontrent que Jésus a célébré son dernier repas le 13 et qu'il est mort le 14. Ils allèguent spécialement le récit de Jean en faveur de cette manière de voir.
Mais qui sont les adversaires laodicéens que combattent ces deux écrivains ? Baur, Hilgenfeld, Schürer, Luthardt répondent : Ce sont les églises d'Asie elles-mêmes, avec leur célébration du 14. Apollinaire aurait été en Asie même l'adversaire du rite asiatique. Cela est difficile à croire. Car 1o Eusèbe présente les églises d'Asie comme unanimes : « Les églises de l'Asie tout entière pensaient, d'après une antique tradition, devoir observer le 14 par la célébration de la sainte Cène. » Si ce consensus de toutes les églises d'Asie eût été rompu par l'exception d'un évêque et docteur aussi considérable qu'Apollinaire de Hiérapolis, Eusèbe, l'adversaire déclaré du rite asiatique, n'eût pas manqué de le faire remarquer. Baur allègue qu'un peu plus tard Polycrate, en énumérant dans sa lettre à Victor, évêque de Rome, tous les personnages illustres qui ont pratiqué le rite asiatique, ne mentionne pas Apollinaire. Mais il ne nomme que les morts. Apollinaire pouvait se trouver encore parmi les nombreux évêques dont parle Polycrate sans les nommer, qui l'entouraient au moment où il écrivait sa lettre, et qui y donnèrent leur assentiment. 2o Si Apollinaire avait fait scission d'avec ses collègues d'Asie, la dispute eût sans doute éclaté chez lui, à Hiérapolis, plutôt qu'à Laodicée. 3o La polémique d'Apollinaire n'implique nullement l'opposition au rite asiatique et l'adhésion au rite occidental. Les adversaires justifiaient leur observation du 14 en s'appuyant sur ce que c'était ce soir-là que Jésus avait institué la Cène. Apollinaire remarque que cette manière de voir mettrait en contradiction les trois premiers évangiles avec celui de Jean. Mais cela n'empêche pas qu'il ne célébrât aussi le 14, seulement par un autre motif. En tous cas il est impossible de comprendre comment cette manière de voir d'Apollinaire, d'après laquelle Jésus était mort le 14, non le 15, aurait pu favoriser l'observation romaine, d'après laquelle la sainte Cène de Pâques se célébrait le dimanche suivant. 4o Schürer s'embarrasse ici dans une contradiction manifeste : Selon lui, le rite asiatique ne reposait sur aucun fait de l'histoire évangélique, ni sur le moment de l'institution de la Cène, ni sur le jour de la mort de Jésus. Il provenait uniquement de ce que le 14 était le jour du repas pascal juif que l'on avait simplement transformé, en Asie, en Cène chrétienne. Mais d'autre part, en face de la polémique d'Apollinaire, il est forcé de reconnaître que ses adversaires fixaient la Cène au 14 : en souvenir du jour de l'institution de la Cène. Ces deux motifs de la même observance ne coïncidant point, il ne devrait pas soutenir que les Laodicéens combattus par Apollinaire ne sont autres que les églises d'Asie en général.
C'est donc avec raison que Weitzel et Steitz, auxquels se sont associés Ritschl, Meyer, Réville, etc., ont été conduits à voir dans les Laodicéens, combattus par Apollinaire, un parti judaïsant qui s'éleva dans l'Eglise d'Asie et qui avait pour but de conserver à la sainte Cène le caractère d'un repas pascal juif complet, comme ils se figuraient que le Seigneur l'avait encore célébré avant de mourir. Alors la polémique d'Apollinaire et de Clément porte coup. Ces gens disaient : Nous voulons faire comme le Seigneur a fait [célébrer le repas pascal du 14], et cela en mangeant l'agneau pascal comme lui. Les deux Pères répondent : « Le Seigneur n'a pas fait ainsi. Il a remplacé le 13 au soir le repas pascal du 14, et cela en instituant la Cène. » Cette opinion n'empêchait évidemment pas Apollinaire de rester fidèle au rite de son Eglise : en effet, si les Eglises d'Asie célébraient le 14, ce n'était point, comme les Laodicéens, - Schürer lui-même en convient, - parce qu'elles croyaient fêter à cette date l''institution de la Cène.
Je ne me séparerais que sur deux points de Weitzel et de Steitz : 1o Les adversaires laodicéens que combat Apollinaire ne me paraissent pas avoir été une secte ébionite proprement dite, mais seulement un rameau de l'Eglise d'Asie à tendance judaïsante plus prononcée. 2o Le rite des églises d'Asie ne provenait probablement pas, comme le pensent ces savants, du fait qu'à leurs yeux Jésus était mort le 14, mais tout simplement de ce que le jour du repas pascal Israélite s'était maintenu dans ces églises. C'est là ce qui résulte des paroles suivantes d'Eusèbe : « Les églises d'Asie croyaient devoir célébrer le 14, jour dans lequel il était ordonné aux Juifs d'immoler l'agneau ; puis plus clairement encore, de celles de Polycrate : « Et tous mes parents (évêques avant moi) ont célébré le jour où le peuple ôtait le levain. ». Le rite asiatique n'est mis expressément en rapport avec le jour de la mort de Christ que dans deux passages des IVe et Ve siècles, l'un chez Epiphane, l'autre chez Théodoret (voir Schürer, p. 57 et 58) ce qui montre bien que ce point de vue ne dominait pas au début de la discussion.
Troisième phase. Entre 180 et 190, un certain Blaste (comparez le Adv. hær du faux Tertullien, c. 22) essaya de transplanter à Rome le rite asiatique. Ce fut probablement cette circonstance qui réveilla la dispute entre les Eglises de Rome et d'Asie représentées à cette époque, l'une par Victor, l'autre par Polycrate. Celui-ci, dans sa lettre à Victor, défend sa cause non plus seulement par des arguments traditionnels, comme l'avait fait trente ans auparavant Polycarpe. « Il a parcouru avant d'écrire toutes les saintes Ecritures (πᾶσαν ἁγίαν γραφὴν διεληλυθώς). » Et il déclare que « ses prédécesseurs aussi ont observé le 14 selon l'évangile (κατὰ τὸ εὐαγγέλιον). » Ces mots donnent à réfléchir. On a cherché à s'en défaire par des subtilités (voir l'embarras de Schürer, p. 35). Ils prouvent évidemment, ainsi que les précédents, que Polycrate et les évêques d'Asie étaient arrivés à établir entre les évangiles un accord au moyen duquel non seulement ces écrits ne se contredisaient point entre eux (τὸ εὐαγγέλιον), l'évangile unique dans les quatre), mais encore s'accordaient avec la loi elle-même (toutes les Ecritures). De telles paroles impliquent que Polycrate et ses évêques avaient trouvé le rite asiatique confirmé d'abord par la loi (il s'agit de l'institution pascale, Exode ch. 12, fixant le repas pascal au 14), puis par l'unanimité des évangiles canoniques, ce qui n'a de sens que si Polycrate accordait les synoptiques avec Jean, en les interprétant comme nous l'avons fait nous-mêmes. Il y a doute équivalence parfaite entre ces paroles de Polycrate et ce qu'avait soutenu Apollinaire contre les Laodicéens quand il disait « Non seulement leur opinion est contraire à la loi qui veut que l'agneau soit immolé le 14 (et que par conséquent le Christ aussi soit mort le 14), mais encore il y aurait [selon l'opinion qu'ils défendent] désaccord entre les évangiles [puisque selon eux Matthieu fixait la mort de Christ au 15, tandis que Jean la place au 14]. » Cette dispute fut apaisée par les efforts d'Irénée et de beaucoup d'autres, qui intervinrent auprès de Victor et l'arrêtèrent sur la voie des mesures violentes.
Quatrième phase, Elle est marquée par la décision du concile de Nicée, en 325, qui enjoignit aux Orientaux de se ranger au rite occidental maintenant généralement adopté. « En fin de cause, dit Eusèbe (dans son περὶ τῆς τοῦ πάσχα ἑορτῆς ; voir Schürer, p. 40), les Orientaux cédèrent… ; » et ainsi, ajoute le même historien, ils rompirent enfin avec les meurtriers du Seigneur, et s'unirent à leurs coreligionnaires (ὁμοδόξοις). » En effet, la conséquence pratique du rite asiatique était que les chrétiens d'Asie se trouvaient célébrer la sainte Cène pascale en même temps que les Juifs célébraient leur repas pascal, se séparant ainsi de tous les autres chrétiens, qui communiaient le dimanche suivant. Ce rite était devenu aux yeux des autres Eglises comme le signe d'une sympathie secrète pour les Juifs incrédules. Ce fut ce qui décida sa défaite. Il y eut cependant des chrétiens qui, comme les judaïsants de Laodicée. persistèrent dans l'observation du 14 par la raison que Jésus avait institué la Cène ce jour-là au soir. Ils figurent sous les noms d'Audiens, de Quarto-décimans, dans les listes d'hérésies postérieures. Athanase avoue franchement qu'ils ne sont guère réfutables quand ils allèguent ces mots des synoptiques : Le premier jour des pains sans levain, les disciples vinrent à Jésus… » (Schürer, p. 45)[25]. Nous surprenons ici le premier symptôme de la prépondérance qu'a finalement obtenue dans l'Eglise la narration synoptique sur celle de Jean, et qui s'est maintenue à travers le moyen âge et même jusqu'aux temps modernes. Les synoptiques, plus populaires que Jean, plus clairs en apparence, formant d'ailleurs un faisceau de trois contre un, surtout ne rencontrant plus comme contrepoids la crainte d'une promiscuité entre la Cène chrétienne et la Pâque juive, l'emportèrent dans le sentiment général. Jérôme est celui des Pères qui contribua le plus à cette victoire.
Mais comment nous expliquer l'origine des deux observances, asiatique et romaine, dès le second siècle[26] ? - Paul n'avait pas craint d'importer dans l'Eglise la célébration de la fête de Pâques juive (Actes 20.6 ; comparez 1 Corinthiens 5.7-8 avec 16.8). Il en transformait et spiritualisait les rites, cela n'est pas douteux ; la sainte Cène était substituée au repas pascal de l'agneau et des pains sans levain ; mais le moment de la célébration était le même : c'est ce qui paraît ressortir d'Actes 20.6 Jean assurément n'agit pas autrement : c'est ainsi que s'introduisit tout naturellement en Asie la célébration de la sainte Cène au soir du 14 nisan. Mais les églises d'Occident, plus étrangère au judaïsme, éprouvaient une certaine répugnance pour cette solidarité temporelle établie entre la fête juive et la fête chrétienne, et pour l'espèce de dépendance dans laquelle cette simultanéité plaçait la seconde par rapport à la première. On s'affranchit donc ; et au lieu de célébrer la sainte Cène pascale le 14 au soir, comme on possédait déjà l'institution du dimanche hebdomadaire, distincte de celle du sabbat juif, on fixa cette cérémonie au matin du dimanche qui suivrait chaque année le 14 nisan, ou pour mieux dire, la pleine lune de mars[27]. Ainsi se forma sans doute l'observance occidentale, qui finit par l'emporter sur l'observance primitive. L'Eglise est libre en ces matières.
Le résultat de cette histoire longue et compliquée nous paraît quant au sujet qui nous occupe, être celui-ci : Dès que l'Eglise s'est occupée du côté exégétique de la question, elle s'est attachée à la narration johannique. Elle s'en est servie, d'un coté, pour réfuter par la plume d'Apollinaire la base exégétique sur laquelle le parti laodicéen appuyait l'observation du 14 (en faisant de ce jour, d'après Matthieu, celui de l'institution de la Cène) ; de l'autre, pour défendre contre Rome, par la plume de Polycrate, la célébration asiatique du 14, en présentant la Cène comme la Pâque juive spiritualisée, c'est-à-dire comme la fête de la rédemption chrétienne, pendant de la délivrance d'Egypte. Il ne s'agissait donc pas pour l'Eglise d'Asie de célébrer le 14 nisan comme jour de l'institution de la Cène, ni même, à proprement parler, comme jour de la mort de Jésus (contre Steitz). On christianisait simplement la Pâque juive. L'observance asiatique ne fournit donc point, comme l'a prétendu Baur, une instance contre l'origine johannique du IVe évangile ; bien au contraire, la polémique d'Apollinaire contre les Laodicéens et celle de Polycrate contre Victor sont un hommage éclatant rendu au récit du IVe évangile.
En résumé, la différence entre Jean et les synoptiques peut se formuler et s'expliquer comme suit :
En rédigeant la tradition orale, les synoptiques se contentèrent, comme elle, de placer le dernier repas de Christ au 14 nisan, premier jour des pains sans levain, sans distinguer expressément entre le premier et le second soir de ce jour. Or comme Jésus avait donné à ce dernier repas, célébré le soir du 13-14, les formes du repas pascal, qui avait lieu le soir du 14-15, afin de substituer désormais la sainte Cène au repas pascal, un malentendu pouvait, aisément se produire ; on pouvait se figurer que ce repas avait été lui-même le repas pascal du 14, ce qui avait pour effet nécessaire de porter au 15 le jour de la mort de Jésus. Jean (comme il l'avait fait tant d'autres fois dans son écrit) voulut dissiper l'espèce d'obscurité qui régnait dans les synoptiques et rectifier le malentendu auquel leur récit pouvait facilement conduire. Il rétablit donc intentionnellement et clairement le cours réel des choses, auquel la narration synoptique rendait d'ailleurs de tous points témoignage.
CINQUIÈME PARTIE
La quatrième partie de l'évangile nous a montré le peuple juif poussant l'incrédulité envers Jésus jusqu'à l'apostasie complète et consommant ce crime spirituel par le supplice du Messie. Dans la cinquième nous voyons la fidélité des disciples élevée à la foi complète par la suprême manifestation terrestre de la gloire de Jésus, sa résurrection.
Le récit de Jean suit sa voie indépendante à travers les narrations assez divergentes des synoptiques, et en fait sans effort entrevoir la conciliation. Dans un premier morceau (v. 1 à 18), l'évangéliste raconte comment, à la suite du rapport de Marie-Madeleine, les deux principaux apôtres sont parvenus à la foi à la résurrection et décrit la première apparition de Jésus. Le second morceau (v. 19 à 23) raconte son apparition au milieu des Douze, par laquelle il a fondé la foi dans le collège apostolique. Le troisième (v. 24 à 29) retrace la consommation de cette œuvre, restée inachevée après l'apparition précédente.
I. Marie, Pierre et Jean au sépulcre ; apparition à Marie :
versets 1 à 18
Toute la première partie de ce morceau tend à cette parole du v. 8 : « Et il vit, et il crut. » Après cela l'apparition de Jésus à Marie-Madeleine fait de celle-ci la messagère qui doit préparer tous les disciples à la foi, comme elle avait amené les deux premiers au sépulcre.
Notes
[1] Von Ephraïm nach Golgotha (Stud. u. Kritik., 1876 1ier cahier).
[2] Nous mettons, ici et dans l'appendice sur la résurrection, entre crochets les notes ajoutées au texte de l'auteur.
[3] [Toute l'érudition dépensée par Zahn (Einl, II, p. 525-527) n'a pas réussi à prouver le contraire et à renverser le sens naturel de l'expression « manger la pâque, » dans ce passage, où, d'ailleurs, Zahn ne serait pas loin de proposer de lire ἄγωσιν (qui s'appliquerait à toute la durée de la fête) pour φάγωσιν (p. 514).]
[4] [Quoi qu'en dise Zahn II. p. 524.]
[5] [Il en est de même de celle de Chwolson, qui pense que, lorsque le 15 nisan tombait sur un samedi, l'immolation des agneaux se faisait dans la soirée du 13 et non dans celle du 14 (pour éviter de violer le sabbat par cet acte) et qu'alors on était libre de célébrer le repas pascal le soir du 13 au 14 (ce qu'auraient fait Jésus et les pharisiens) ou celui du 14 au 15 (ce qu'auraient fait les grands-prêtres sadducéens). Mais cette hypothèse repose sur l'idée fausse que les agneaux étaient immolés après le coucher du soleil, et non de 3 à 5 heures, comme le veulent Josèphe et la Mischna. Voir Zahn. Einl, II, p. 523.]
[6] Nous tenons à dire que, malgré ces excentricités, les ouvrages de Lutteroth n'en sont pas moins des monuments de sérieuse érudition et de persévérante investigation. Les pages 60, 76, 77 de la brochure sur la Pâque démontrent dans la littérature patristique des points de contact intéressants avec les vues particulières de l'auteur sur cette question.
[7] « Nous regardons jusqu'ici, dit cet auteur (7e éd.). la contradiction comme insoluble, tout en donnant entièrement raison au récit de Jean » (p. 603, note).
[8] Einl.. II, p. 509 et suiv., 522 et suiv.
[9] Leben Jesu, 4e éd., I, 1902 p. 390-398.
[10] Theol. johann., p. 59 et 60. [Voir aussi O. Holtzmann (Das Johannesevangelium, 1887, p. 34 et 35 ; Leben Jesu, p. 311-313), qui établit de la façon la plus décisive l'impossibilité de placer au 15 nisan les faits de la dernière nuit et de la dernière journée de Jésus, et donne par conséquent pleinement raison à Jean contre les synoptiques.]
[11] [Il était défendu de quitter la maison pendant la nuit pascale (Exode 12.22). Voir Beyschlag, Leben Jesu, I, p. 396.]
[12] [Mais voir O. Holtzmann, Leben Jesu, p. 312. Il était permis de travailler la veille de la Pâque jusqu'à midi seulement, exceptionnellement jusqu'au soir. A plus forte raison était-il interdit de le faire le jour même de la fête (le 15).]
[13] [L'expression du texte ne convient pas à cette supposition.]
[14] [Beyschlag dit également : « Le motif indiqué par Jésus dans Matthieu n'a de sens que s'il s'agit d'une anticipation du repas pascal rendue nécessaire par sa fin prochaine. » (Leben Jesu, I, p. 407).]
[15] [1 Corinthiens 5.7-8 prouve avec plus de force encore que Paul suit la chronologie de Jean et non celle des synoptiques. Voir Preuschen, article cité, p. 15 et 16 ; O. Holtzmann, Johannesevang., p. 35.]
[16] Exode 12.6 : « Toute l'assemblée des fils d'Israël égorgera l'agneau entre les deux soirs, » c'est-à-dire tard dans l'après-midi du 14.
[17] Clément s'exprime ainsi : « Le 13 il enseigna à ses disciples le mystère du type de l'agneau, lorsqu'ils l'interrogèrent disant : Où veux-tu que nous te préparions la Pâque ? Car ce jour était la pro-préparation de la Pâque. »
[18] Strauss lui-même dit (Leben Jesu für das d. Volk. p. 533) : « Il était naturellement difficile, sinon impossible, vu l'affluence des pèlerins étrangers, de se procurer le matin du premier jour de la fête un local dans la ville pour le soir. »
[19] Dans les fragments de divers ouvrages conservés dans le Chronicon paschale, compilation d'extraits d'auteurs anciens, travaillée du IVe au VIIe s. et découverte en Sicile au XVIe s. (Le jour de la préparation, par Lutteroth, p. 59.)
[20] [La contradiction relevée par Spitta et d'autres entre Marc 14.12 et 1 (et qui les a conduits à envisager les versets 12 à 16 comme une interpolation dans le texte de Marc) tomberait par là même.]
[21] [Date qui est confirmée par les plus récents travaux sur le sujet. Voir Preuschen, « Todesjahr und Todestag Jesu, » dans la Zeitschr. für neutes t. Wissenschaft, 1904, p. 1-16. Cette date du vendredi 7 avril de l'an 30, par sa coïncidence avec le 14 nisan, donne raison à la chronologie de Jean (Preuschen. p.14). C'est aussi la conclusion à laquelle conduit le travail d'Achelis (Versuch den Charfreitag zu datieren, 1902), basé sur des calculs de l'observatoire de Berlin, et qui établit que, dans les années 26 à 35, le 15 nisan n'a jamais été un vendredi, mais bien le 14, deux fois, en 30 et en 33.].
[22] Des découvertes récentes, dues surtout à M. Waddington, paraissent prouver que le martyre de Polycarpe a eu lieu en 155 ou 156, et non pas plus tard, comme on l'admettait.
[23] Lettre à Victor (Eus., H. E. V, 24).
[24] Voici la parole qu'Hippolyte, dans les Philosophoumena, met dans la bouche de ces gens : « Le Seigneur a fait la Pâque et a souffert en ce jour-là ; c'est pourquoi je dois faire comme il a fait. » Comparez aussi cette réponse que leur fait Apollinaire, que « dans ce cas-là les évangiles se contrediraient. » (Voir ⇒.)
[25] C'est à l'un de ces quarto-décimans opiniâtres et désormais schismatiques qu'il faut appliquer ces mots d'Eusèbe, dans l'écrit cité plus haut (Schürer, p. 40) : « Que si quelqu'un dit qu'il est écrit : Au premier jour des pains sans levain… » - Il est visible que cette objection embarrasse Eusèbe autant qu'Athanase.
[26] Schürer nous paraît avoir jeté une vraie clarté sur ce point important et difficile, p. 61 et suiv.
[27] Voilà comment il se trouve, observe avec raison Schürer, que le nom de Pâques se trouve aujourd'hui appliqué au jour de la résurrection plutôt qu'à celui de la mort.