La demande des Juifs, v. 31, se rapportait aux trois condamnés ; mais, comme Jean l'a fait remarquer, l'ordre de Pilate n'avait été exécuté que par rapport à deux d'entre eux. Joseph se présente alors devant lui avec une demande toute nouvelle qui ne s'applique qu'a Jésus seul. Bæumlein : « Quelquefois, surtout à l'occasion d'une fête le cadavre des suppliciés était livré aux parents. Philon, in Flacc. § 10. » Marc raconte que Pilate, en entendant cette demande, s'étonna de ce que Jésus fût déjà mort ; ce qui selon Strauss, contredit la permission qu'il venait de donner pour le brisement des jambes. Mais cette opération n'entraînait pas immédiatement la mort, comme le reconnaît Strauss lui-même ; elle ne servait qu'à l'assurer. Pilate put par conséquent s'étonner de la fin si promptement arrivée. Peut-être aussi sa surprise fut-elle causée par la nouvelle que Jésus était déjà mort avant l'accomplissement de cette opération : car, comme l'atteste également Marc 15.44, il se fit rendre, par le centurion qui avait présidé au supplice, un compte détaillé de la manière dont les choses s'étaient passées. - Arimathée désigne sans doute la ville de Rama ou Ramathaïm (au nom s'ajoute l'article, représenté par la syllabe ar), à 2 lieues au nord de Jérusalem, en Ephraïm[1], la patrie de Samuel (1 Samuel 1.1). En tous cas, Joseph était maintenant établi à Jérusalem avec sa famille, puisqu'il y possédait un caveau mortuaire, mais depuis peu de temps, car le sépulcre n'avait pas encore été employé. - En mentionnant Joseph et Nicodème, Jean fait ressortir le contraste entre leur hardiesse actuelle et la circonspection de leur conduite précédente à tous deux. Ce qui semblait devoir achever de les abattre, la mort ignominieuse de Jésus, fait éclater la foi de ces membres de l'aristocratie juive, et les affranchit de toute crainte humaine. Sans doute, en voyant le Seigneur suspendu à la croix, Nicodème se rappelle ce type du serpent d'airain que Jésus lui avait fait contempler à l'avance (3.14). - τὸ πρῶτον désigne ici, comme 10.40, le commencement du ministère de Jésus. Si Nicodème n'avait été pour Jean, comme semble le prétendre Reuss, qu'un type fictif, comment le ferait-il reparaître ici comme un personnage réel et agissant, et en se rappelant expressément la scène du ch. 3 ? - La myrrhe est une gomme odoriférante ; l'aloès, un bois de senteur. Après les avoir triturés, on en faisait un mélange dans lequel ou enveloppait le cadavre. Probablement on coupait ce drap par bandes pour envelopper les membres à part. C'est ce que paraît indiquer le pluriel ὀθόνια[2]. Les mots : « Comme les Juifs ont coutume…, » opposent ce mode d'embaumer à celui des Egyptiens, qui enlevaient les intestins et obtenaient par des procédés beaucoup plus longs et compliqués la conservation de l'enveloppe corporelle. - Les cent livres rappellent la profusion avec laquelle Marie avait répandu le nard sur les pieds de Jésus, ch. 12 ; c'est un hommage vraiment royal. Les synoptiques nous apprennent que les saintes femmes avaient l'intention de compléter aussi pour leur part cet embaumement provisoire, mais après le sabbat seulement.
Notes
[1] Plus exactement en Benjamin, mais « sur la montagne d'Ephraïm » (voir Bible annotée, à 1 Samuel 1.1). Il ne s'agit en tous cas pas de la ville actuelle de Ramleh, à 8 lieues de Jérusalem, près de Lydde, sur la route de Jaffa.
[2] Ὀθόνιον (diminutif de ὀθόνη, toile fine) : « Petit morceau de toile, charpie, dont on se sert pour bander les plaies. » (Dictionnaire de Pape.) - A défaut d'autres considérations, ce détail précis suffirait à condamner la thèse sensationnelle lancée par le Dr P. Vignon, d'après laquelle le fameux « suaire de Turin » - le linceul même dans lequel Jésus fut enseveli ( !) - aurait conservé l'empreinte de son corps et reproduirait son image authentique. Voir le résumé de la question donné par M. F. Puaux. dans la Revue chrétienne, 1902, I, p. 456-464. G. G.