Dans le récit très abrégé de Jean relatif à cet épisode, c'est Pilate qui paraît prendre l'initiative de la proposition vis-à-vis du peuple, tandis que, dans le tableau dramatique de Marc, c'est le peuple qui se précipite avec de grands cris et demande la libération d'un prisonnier. Evidemment il y a ici chez Jean une lacune semblable à celle que nous avons observée entre les v. 32 et 33. L'accord avec Marc est aisé à établir. Le peuple profite d'un moment favorable, peut-être de celui où Jésus avait été envoyé à Hérode, pour demander ce qui lui était toujours accordé. Et au retour de Jésus, Pilate essaie de le faire bénéficier de cette circonstance. - L'origine de la coutume à laquelle se rapporte cette scène est inconnue. On a pensé que, puisque cet usage se rattachait à la fête de Pâques, il renfermait une allusion à la délivrance des Juifs de la captivité égyptienne. C'est possible. En tous cas il convient d'admettre que c'était quelque reste d'une vieille prérogative que le peuple exerçait lui-même au temps de son indépendance nationale (voir Hase). Les mots ἐν τῷ πάσχα, dans la fête de Pâques, ne renferment nullement, comme le prétendent Lange, Hengstenberg, etc., la preuve que le repas pascal était déjà célébré. Le 14 nisan faisait déjà partie de la fête (voir à 13.1). La délivrance du prisonnier devait avoir lieu le 14 et non le 15, afin qu'il pût prendre part au repas pascal avec tout le peuple. En faisant cette proposition aux Juifs, Pilate comptait certainement sur la sympathie du peuple pour Jésus, telle qu'elle s'était manifestée d'une manière éclatante le jour des Rameaux. Car il n'ignorait pas que c'était par envie que les principaux voulaient la mort de Jésus (Matthieu 27.18), et que le sentiment d'une partie du peuple leur était contraire. - Dans la dénomination de roi des Juifs domine, comme au v. 14. l'ironie. Seulement le sarcasme ne s'adresse pas à Jésus, pour qui Pilate éprouve dès le commencement un sentiment d'intérêt et de respect croissant, mais aux Juifs. Leur roi : voilà bien en effet le seul rival qu'ils auront jamais à opposer à César ! Mais, est-il dit Marc 15.11, « les grands-sacrificateurs soulevèrent le peuple, afin qu'il leur relâchât Barabbas. » Les amis de Jésus restèrent muets ou leur faible voix fut étouffée par celle des chefs et de leurs créatures. Quelques agitateurs décidés imposèrent leur volonté à la foule. Ainsi s'explique le πάντες, tous, de Jean, qui répond au παμπληθεί de Luc et qui manque sans doute à tort chez les alex. Car pourquoi l'aurait-on ajouté ? - Jusqu'ici, dans le récit de Jean, les Juifs n'avaient poussé aucune vocifération, et l'on s'étonne d'y lire ces mots : Tous crièrent de nouveau. Mais il en est autrement dans les récits de Marc 15.8 (ἀναβοήσας ὁ ὄχλος), et de Luc 23.5-10 (« Ils étaient disant…, ils l'accusaient avec insistance »). Ici encore le récit de Jean s'emboîte parfaitement dans celui de ses devanciers. - Le mot ληστής ne signifie pas toujours brigand, mais parfois homme violent en général. D'après Marc et Luc, Barabbas avait pris part à une émeute dans laquelle un meurtre avait été commis. Westcott observe avec raison que, dans ces temps de trouble, des actes de violence se commettaient fréquemment sous le masque du patriotisme. - La gravité du choix fait par le peuple est signalée par une de ces courtes propositions par lesquelles Jean caractérise un moment particulièrement solennel. Comparez 11.35 ; 13.30. - Le nom de celui qui fut proposé avec Jésus à l'option du peuple comporte deux étymologies : Bar-abba, fils du père, ou Bar-rabban. fils du rabbin. Dans le premier cas, il doit s'écrire avec une seule r ; dans le second, avec deux. La première manière de l'écrire se trouve dans presque tous les Mss. ; c'est aussi celle du Talmud, où ce nom revient très fréquemment (Lightfoot, p. 489). Mais le terme « fils du » peut signifier deux choses fort différentes ; soit : fils du père, Dieu ; soit : fils du père, le rabbin. Ce second sens s'applique mieux à un nom ordinaire. Que cet incident ait été provoqué ou habilement exploité par Pilate, délivrer Jésus de cette manière, c'était en tout cas commettre à son égard un déni de justice. Car après la déclaration du v. 38, il devait être relâché comme innocent, et non comme un malfaiteur libéré par grâce. Cette première faiblesse de Pilate est bientôt suivie d'une autre plus grave. Nous arrivons au troisième expédient tenté par lui : la flagellation de Jésus.