L'exclamation de Pilate n'est ni l'expression d'une âme avide de la vérité (les Pères), ni celle d'un cœur désespéré, qui l'a longtemps cherchée inutilement (Olshausen). C'est la profession d'un scepticisme frivole, tel qu'on le rencontre fréquemment chez l'homme du monde et particulièrement chez l'homme d'Etat, assez indifférent en général à cet ordre de questions ; qu'on se rappelle la manière dont Napoléon parlait des idéologues ! Si Pilate eût sérieusement cherché la vérité, c'eût été le moment de la trouver et de la saisir. En tous cas, ce dont il est convaincu maintenant, c'est que le personnage qu'il a devant lui, qu'il soit un rêveur ou un sage, n'est pas un rival de César. Aussi, avec « ce large sentiment de justice et de gouvernement civil que, comme le dit Renan, le Romain le plus médiocre portait partout avec lui, » il déclare aux Juifs sa conviction de l'innocence de Jésus, quant à l'accusation politique élevée contre lui.
Après cela, quel était son devoir ? De renvoyer Jésus purement et simplement. Mais, craignant de mécontenter les Juifs, qui avaient bien des motifs fondés de l'accuser auprès de ses supérieurs, il veut éviter de prendre une mesure qui ferait d'eux ses ennemis jurés, et il a recours à une série d'expédients. Le premier n'est pas raconté par Jean ; c'est le renvoi de l'affaire à Hérode, à l'occasion de la mention qui avait été faite de l'origine galiléenne de Jésus dans l'accusation des chefs (Luc 23.5) ; cette scène, décrite par Luc 23.6-12, est omise par Jean comme connue et n'ayant amené aucun résultat. C'était la comparution devant Pilate que Jean tenait surtout à reproduire. Dans la déclaration qui termine chez celui-ci le v. 38, sont réunies les deux paroles de Pilate rapportées par Luc 23.4,14, qui précédèrent et suivirent l'envoi de Jésus à Hérode. - Le second expédient est celui dont Jean rend compte très sommairement dans les v. 39 et 40, et qui est raconté en détail par les synoptiques.