Grec : Moi, c'est pour eux que je prie ; moi, ton bien-aimé, que tu exauces toujours, (Jean 11.42) pour eux que tu m'as donnés et qui sont à toi.
Quel plaidoyer intime et plein d'amour ! Comment ne serait-il pas entendu ? Mais, en outre Jésus dit à Dieu que, dans ce moment suprême, eux seuls remplissent sa pensée et que c'est pour eux seuls qu'il prie, non pour le monde.
Méconnaissant le sens si simple et si intime de cette parole, plusieurs exégètes y ont vu une exclusion absolue et une condamnation du monde.
Cette opinion est en contradiction directe avec l'esprit et l'exemple de Jésus, qui nous ordonne de prier même pour ceux qui nous outragent et nous persécutent, (Matthieu 5.44) et qui lui-même pria pour ses bourreaux. (Luc 23.34) Dans la prière sacerdotale même, il comprend le monde parmi ceux qui, un jour, le connaîtront. (verset 21)
Luther fait une distinction entre"les hommes qui doivent être convertis du milieu du monde et pour lesquels il faut prier, etle mondetel qu'il est, tel qu'il se montre, l'ennemi et le persécuteur de l'Evangile, or pour ce monde-là, Jésus ne nous dit pas de prier pas plus qu'il ne prie lui-même."
Mais une telle distinction est pour nous parfaitement illusoire parce que, dans notre ignorance, nous ne pouvons pas tracer avec certitude la ligne de démarcation entre amis et ennemis du Christ. (Matthieu 13.29) Et même si nous le pouvions, la conclusion qu'en tire Luther serait fausse.
De son côté, Calvin admet que"nous, nous devons prier pour tous les hommes créés à l'image de Dieu, mais que la prière de Jésus-Christ, ici rapportée, avait une raison spéciale que nous ne pouvons pas imiter : il ne prie pas dans le simple sens de la foi et de la charité, mais comme au sein du sanctuaire céleste, et ayant sous les yeux les jugements de son Père qui nous sont cachés aussi longtemps que nous marchons ici-bas par la foi."
Ce serait certainement là le sens le plus naturel de cette parole de Jésus, s'il fallait y chercher une révélation des mystères du salut ; mais nous admettons, avec la plupart des commentateurs modernes, que Jésus, en s'exprimant ainsi, a voulu seulement rendre plus intense sa supplication actuelle pour ses disciples qui lui apparaissent bien différents du monde, en ce qu'ils sont à Dieu et que Dieu les lui a donnés.
Cette dernière pensée, qui inspire sa requête, explique la restriction : non pour le monde, car remarque M. Godet,"il ne peut faire appel à Dieu pour le monde, comme pour un être précieux qui lui appartient."