De la valeur infinie que ces antécédents donnent à la personne des disciples, Jésus tire cette conclusion : « Je prie, pour eux. » Ἔγώ, moi, en tête : « Moi, qui ai tant travaillé pour les amener à ce point et à qui ils appartiennent maintenant. » Puis, immédiatement après, et avant le verbe, le régime περὶ αὐτῶν, pour eux : « Pour eux, ce fruit de mes labeurs, ce présent que tu m'as fait. » Cette prière générale équivaut à un : « Je te les recommande. » Ainsi s'explique l'antithèse : Je ne prie pas pour le monde. Jésus n'a pas les mêmes motifs de recommander le monde à Dieu ; s'il voulait ici prier pour le monde, il formulerait ses demandes en sa faveur tout autrement. Luther dit avec raison : « Ce qu'il faut demander pour le monde, c'est qu'il se convertisse, non qu'il soit gardé ou sanctifié. » Assurément le refus de Jésus de prier pour le monde n'est pas absolu. Il dit lui-même sur la croix : « Père, pardonne-leur ! » N'est-ce pas là prier pour le monde ? Seulement il n'allègue pas, comme ici, ce motif : Ils ont connu (v. 8) ; il dit, au contraire : « Car ils ne savent ce qu'ils font. » Il ne peut faire appel à Dieu pour le monde, comme pour un être précieux qui lui appartient, ainsi qu'il le fait ici pour ses disciples. Tout ce qu'il peut faire sur la croix, c'est de faire appel à sa compassion envers un être coupable et qui se perd. La parole du v. 21 d'ailleurs : « Afin que le monde connaisse que tu m'as envoyé, » renferme une prière implicite en faveur du monde. Comparez 3.15. Le refus de Jésus de prier pour le monde ne devient absolu que quand son caractère moral d'opposition à Dieu est irrévocablement fixé et quand il est devenu la société « de ceux qui non seulement sont ennemis de Dieu, mais qui veulent le rester » (Gess). - Avant d'énoncer les demandes plus spéciales renfermées dans cette prière générale, Jésus reproduit les deux titres principaux que les disciples possèdent à l'intérêt divin : 1o Dieu les a lui-même donnés à Jésus, et il doit lui conserver ce don. Bien plus, en devenant ainsi la propriété de Jésus, ils n'ont pas cessé d'être celle de Dieu. Car toute propriété est commune entre eux, et ce lien avec Jésus affermit à jamais celui qui les liait à Dieu. Une simple créature s'exprimerait-elle de la sorte ? Luther dit : « Chaque homme peut bien dire : Ce que j'ai, est à toi ; mais le Fils seul peut dire : Ce qui est à toi, est à moi. » Le présent, « sont à toi, » est substitué à dessein à l'imparfait, « étaient à toi, » v. 6, afin d'exprimer ce sentiment que le don fait à Jésus n'a servi qu'à confirmer leur : être à Dieu. 2o Le second motif qui les recommande désormais à l'intérêt du Père, c'est qu'ils sont devenus les dépositaires de la gloire du Fils (parfait δεδόξασμαι). Il ne faut pas faire dépendre cette proposition du ὅτι v. 9, ce qui rendrait la phrase traînante et forcerait à faire une parenthèse de la première partie du v. 10. - Cette expression : Je suis glorifié en eux, a été comprise de diverses manières. Il n'y a aucune raison de s'éloigner du sens constant du terme : être glorifié. Malgré sa forme de serviteur, Jésus leur est apparu intérieurement dans son caractère divin ; avant même que d'avoir été réintégré dans sa gloire, il l'a recouvrée au-dedans d'eux par le fait qu'ils l'ont reconnu pour le Fils de Dieu. C'est le témoignage que Jésus leur a rendu, v. 7. 8. - A cette recommandation générale, se rattachent deux demandes plus précises. La première : garde-les, est préparée par v. 11a, expressément énoncée v. 11b, et motivée v. 12-15 :