L'idée générale exprimée dans ces paroles est celle de la valeur que les apôtres ont acquise par le ministère de Jésus auprès d'eux et par le succès de ce travail. Ainsi est préparée la prière par laquelle Jésus va les recommander aux soins de son Père. Et d'abord, ce que Jésus a fait pour eux. L'aoriste ἐφανέρωσα, j'ai manifesté, se lie aux aoristes semblables du v. 4. La portion la plus importante de l'œuvre que Jésus se félicitait, au v. 4, d'avoir accomplie, était précisément la préparation et l'éducation de ces onze. - Le nom de Dieu, qu'il leur a révélé, désigne le caractère divin pleinement manifesté à la conscience de Jésus lui-même et par lui aux disciples, à mesure que la conscience de leur Maître est devenue la leur (Matthieu 11.25-26). C'est en se révélant lui-même comme Fils que Jésus leur a révélé Dieu comme le Père. Voilà pourquoi il a dû témoigner de lui-même, comme il le fait dans le quatrième évangile ; c'était un élément essentiel de son enseignement sur Dieu. - Après avoir rappelé son travail en leur faveur, Jésus rappelle au Père ce qu'il a fait lui-même pour eux. Les apôtres étaient à lui et il les a donnés à Jésus. Il s'agit ici non de ce qu'ils étaient comme hommes et comme Juifs, mais de la relation qu'ils soutenaient avec Dieu par leur disposition intérieure, comme Juifs fidèles ; comparez les expressions : être de Dieu (7.17 ; 8.47), être de la vérité (18.37), faire la vérité (3.21). Ces expressions désignent l'état moral des Israélites ou des païens qui obéissent aux lumières de la loi ou de la conscience. Ces êtres, qui appartenaient à Dieu, Dieu les a conduits à Jésus par l'attrait et par l'enseignement intérieur dont il a été parlé 6.37,44,65. Et il les possède maintenant comme des dons du Père. - Puis, à ce que Dieu et Jésus ont fait pour les disciples, Jésus ajoute ce que les disciples ont fait eux-mêmes. Ce don d'eux-mêmes une fois accompli, ils l'ont fidèlement maintenu. Malgré toutes les tentations d'infidélité qui les ont assaillis pendant ces années (Luc 22.28), ils ont gardé dans leur cœur l'enseignement de Jésus ; ils ont conservé intact et pur de toute altération ce nom de Dieu gravé, par lui dans leur conscience. Le mot « ta parole » au lieu de « ma parole » est expliqué au v. 7 : la parole de Jésus n'a été qu'une reproduction de celle du Père. Enfin Jésus expose au Père tout ce que les disciples sont devenus par cette communication qu'il leur a faite de sa Parole. Ils en ont discerné l'origine divine, et ils l'ont reçue en cette qualité. Il y a, au premier coup d'œil, une tautologie entre ces deux expressions : que tu m'as donné, et : est de toi. Mais la première est tirée de la conscience de Jésus ; la seconde est empruntée à celle des apôtres : « Ils ont reconnu que tout ce que je leur donnais de ta part, venait réellement de toi. » C'est qu'en effet (v. 8), Jésus n'y ajoutait jamais rien de son propre fonds. Puis, de la reconnaissance du caractère absolument divin de sa parole, ils se sont élevés enfin à la foi en l'origine divine de sa personne (je suis sorti) et de sa mission (c'est toi qui m'as envoyé). Dans ces paroles respire encore le sentiment de joie intime et de vive reconnaissance que Jésus vient d'éprouver, il n'y a que quelques instants : car c'est tout récemment que ce résultat, dont il bénit en ce moment son Père, a été obtenu (16.29-31). La moisson paraît chétive sans doute : onze artisans Galiléens après trois ans de labeur ! Mais cela suffit à Jésus : car dans ces onze il contemple le gage de la continuation de l'œuvre divine sur la terre. - Il y a gradation entre les trois verbes de ces deux versets : « ils ont reconnu » : sur l'autorité de leur conscience ; « Ils ont reçu » : par la soumission à ce témoignage ; « ils ont cru » : par l'abandon de tout leur être à celui qui leur manifestait ainsi son caractère divin. Les formes ἔγνωκαν, τετήρηκαν, sont alexandrines, et la question est de savoir, comme dans tant d'autres cas semblables, si les apôtres les employaient eux-mêmes ou si elles ont été introduites par les copistes alexandrins. - Après avoir ainsi préparé sa demande, Jésus l'énonce, et il achève de la motiver :