La parole de Jésus, qu'ils ont fidèlement reçue, a fait d'eux des étrangers dans le monde, autant que l'était Jésus lui-même. Ils sont devenus par là, comme lui, des êtres antipathiques à l'humanité purement terrestre. Jésus pourrait donc facilement se laisser aller à demander à Dieu de les retirer d'ici-bas avec lui. Mais non ; car il les a précisément tirés du monde pour les préparer à une mission à remplir auprès du monde. Il faut qu'ils y demeurent pour remplir cette tâche ; seulement il ne faut pas que la ligne de démarcation qu'il est parvenu à tracer entre le monde et eux, en mettant en eux sa parole, vienne à s'effacer. Tout en restant dans le monde, il faut qu'ils soient préservés du mal qui y règne. Jésus termine ainsi ce passage en reproduisant la prière qui en a été le texte. Le régime τοῦ πονηροῦ doit, me paraît-il, être pris ici dans le sens neutre : du mal, et non : du malin ; car la préposition ἐκ, hors de, se rapporte plutôt à un domaine, du sein duquel on est tiré, qu'à une personne à la puissance de laquelle, on échappe, il en est autrement dans l'oraison dominicale, où sont employés la préposition ἀπό et le verbe ῥύεσθαι, deux expressions qui se rapportent plutôt à un ennemi personnel (Matthieu 6.13). C'est donc à tort que Reuss, Weiss, etc., expliquent ici : « du pouvoir du diable. » Hengstenberg fait observer que la forme τηρεῖν ἐκ ne se retrouve que dans l'Apocalypse (3.10). - De la prière : Garde-les, qui a plutôt un but négatif (empêcher leur retour au monde) et qui se rapporte surtout à leur propre salut. Jésus passe à la seconde demande, qui a en vue un but positif et qui se rapporte plutôt à leur mission : Sanctifie-les. Elle est préparée v. 16, énoncée v. 17, puis justifiée et développée v. 18 et 19.