Les versets 12-15 justifient la demande : Garde-les, en en développant le motif, tel qu'il avait été brièvement indiqué v. 11a : Ils ont besoin de ta protection. - « Quand j'étais avec eux » reprend l'idée du : Je ne suis plus… (v. 11). Les mots du T. R. : dans le monde, sont probablement une glose. - Le ἐγώ, moi, oppose celui qui a gardé jusqu'ici à celui qui doit le faire à l'avenir. Le ἐφύλαξα, je les gardais, indique le résultat obtenu (conservabam) ; le ἐφύλαξα, j'ai veillé, se rapporte à l'action déployée pour cela (custodivi). - La leçon ᾧ est plus inadmissible encore dans ce verset que dans le précédent. Elle n'a plus pour elle que 3 Mjj. au lieu des 16 du v. 11. La leçon ὅ est aussi abandonnée par les trois Mjj. qui l'appuyaient et n'a guères ici pour elle que les versions égyptiennes. Il ne reste qu'à lire οὕς, ceux que, avec le T. R. et la majorité des Mjj., ce qui convient au sens du v. 11. - Par le mot fils de perdition et par la citation de la prophétie, Jésus dégage sa propre responsabilité, sans atténuer celle de Judas. Quant à celui-ci, c'est librement qu'il s'est prêté à jouer le rôle tracé d'avance par la prophétie. On peut comparer ici ce qui est prédit touchant l'Antéchrist. Nous savons par la prophétie que ce personnage existera, et pourtant cela n'empêchera pas l'homme qui acceptera ce rôle, de le faire librement. Comparez ⇒, les remarques sur le rapport entre la prescience divine et la liberté humaine. Dans la locution hébraïque fils de…, le complément abstrait indique le principe moral qui détermine la tendance de l'individu ainsi désigné. Le passage auquel pense Jésus est Psaume 41.10, cité 13.18. Faut-il conclure de l'expression εἰ μή, si ce n'est, que Jésus comptât aussi Judas au nombre de ceux que le Père lui avait auparavant donnés ? Je ne pense pas que cette forme d'expression oblige à tirer cette conséquence ; comparez Matthieu 12.4 ; Luc 4.26-27, etc.
Cette remarque était une parenthèse destinée à justifier, au sujet de la perte de Judas, la vigilance du Seigneur. Après cela Jésus revient (v. 13) à l'idée de son départ prochain ; c'est le fait qui motive sa demande. Et il ajoute que, s'il prononce tout haut (c'est le sens de λαλῶ) ces paroles
devant ses disciples, avant de les quitter, c'est pour les associer à la joie dont il jouit lui-même. Cette joie est celle que lui inspire la certitude de la protection dont le Père le couvre en tout temps, certitude qui doit devenir aussi la leur - Le besoin qu'ils ont d'être gardés est exposé dans les paroles suivantes d'une manière plus pressante encore que précédemment. Ils vont rester non seulement seuls dans le monde, mais comme les objets de sa haine :