Le texte reçu porte : quand j'étais avec eux dans le monde ; les mots soulignés sont omis dans Sin., B, C, D, Itala.
D'après B, C, il faudrait traduire : "je les gardais en ton nom que tu m'as donné, et j'ai veillé sur eux." (Voir la note précédente.)
- En disant : Quand j'étais...Jésus reprend la pensée du verset 11 : je ne suis plus ; il considère son départ comme déjà accompli.
Un regard en arrière réveille en lui la conscience d'avoir fidèlement gardé les siens jusqu'à ce moment suprême où il les recommande à Dieu. Mais cette parole qu'il prononce avec bonheur : Aucun d'eux n'a péri, lui rappelle une douloureuse exception, celle de Judas, qu'il évite de nommer, mais qu'il désigne de manière à montrer que sa responsabilité à cet égard est couverte par une autorité souveraine, celle de l'Ecriture qui devait être accomplie.
ils de la perdition est un hébraïsme dans lequel le terme abstrait (perdition) indique le principe qui détermine la vie morale d'un homme ; ainsi : Fils de la lumière, des ténèbres, etc. La même désignation : Fils de la perdition, se retrouve 2Thessaloniciens 2.3, appliquée à l'Antéchrist, dont Judas était en quelque sorte le symbole et le précurseur : ce que celui-ci fit à l'égard de la personne du Sauveur, celui-là le tentera contre son royaume.
Si la trahison de Judas a été l'objet d'une prévision divine, cela ne veut point dire que ce crime ne fût pas l'acte libre de sa volonté et qu'il n'en dut pas porter toute la responsabilité. Le mal une fois vivant dans son cœur, Dieu en dirigea les effets de manière que, selon son insondable sagesse, il en résulta le salut du monde.
Rien ne prouve mieux la liberté et la responsabilité de Judas que les nombreux avertissements que Jésus lui adressa jusqu'au dernier moment, afin de le ramener de son égarement et de le sauver. Si ce disciple les avait entendus, et se fût repenti, même après son crime, il en aurait obtenu le pardon.
Ces deux vérités, la prescience de Dieu et la liberté morale de l'homme, nous paraissent être en contradiction, mais elles ne le sont nullement pour Dieu qui, aussi bien pour la réprobation que pour le salut, possède le moyen de concilier cette prescience avec cette liberté : il tient le milieu de cette chaîne dont nous ne voyons que les deux bouts.
Et de fait, dans la vie pratique, il n'est aucun homme qui, après avoir commis un acte mauvais, ne doive se dire : J'aurais pu l'éviter, si je l'avais voulu. Judas, malgré ce qu'il l'y a de mystérieux dans son existence, n'est point une exception. (Comparer Jean 6.64,70 ; 13.11,18 ; Actes 1.16-20, notes.)