Le parallélisme entre les deux conditions indiquées, v. 7, ferait attendre comme formule de la seconde les mots : « Et que je demeure en vous, » plutôt que ceux-ci : « Et que mes paroles demeurent en vous. » Jésus veut faire comprendre aux siens, par ce changement d'expression, que c'est le souvenir constant et la méditation habituelle de ses paroles qui est la condition à laquelle il pourra continuellement faire habiter en eux sa force et agir par eux. Dans cette relation, le disciple ne commencera pas par agir, mais simplement par demander. Car il sait que c'est la force divine ainsi obtenue qui doit tout faire. Les paroles de Jésus, méditées avec recueillement, deviennent chez le fidèle l'aliment des saintes pensées et des pieux desseins, des célestes aspirations, et par là la source des vraies prières. En les méditant, il comprend l'œuvre de Dieu ; il en mesure la profondeur et la hauteur, la longueur et la largeur, et il réclame avec ardeur l'avancement de cette œuvre, sous la forme déterminée qui répond aux besoins actuels. Une prière ainsi formée est fille du ciel ; c'est la promesse de Dieu (la parole de Jésus) transformée en supplication : dans cette condition son exaucement est certain, et la promesse si absolue : Cela vous sera fait, n'a plus rien qui étonne. - Les alex. lisent l'impératif demandez, les autres le futur vous demanderez. Le premier a plus de vivacité.
Le résultat de cette fécondité des disciples sera la glorification du Père (v. 8). Qu'est-ce qui honore davantage le vigneron que la fertilité extraordinaire du cep dont il s'est occupé avec prédilection ? Or, le vigneron, c'est le Père (v. 1). Le ἐν τούτῳ, en ceci, porte évidemment sur le ἵνα afin que ou que, qui suit : cette conjonction remplace ici ὅτι, parce que l'idée de porter du fruit se présente à l'esprit comme un but à atteindre. - L'aoriste ἐδοξάσθη proprement a été glorifié, caractérise ce résultat comme immédiatement acquis au moment où la condition, la production du fruit, se réalise. Winer et d'autres préfèrent voir dans cet aoriste une anticipation du résultat final. - En contemplant, avec une satisfaction filiale, la gloire de son Père, qui résultera de moment en moment de l'activité des disciples, Jésus semble presser sur son cœur avec un redoublement d'amour ces êtres précieux. Ils continueront ainsi l'œuvre de leur Maître qui n'a pensé qu'à glorifier le Père, et mériteront de plus en plus le titre de ses disciples. Καί : et ainsi. Au lieu du futur : et vous deviendrez, les alex. lisent le conjonctif : et que vous deveniez (γένησθε dépendant de ἵνα). Tischendorf lui-même rejette cette leçon, qui n'est qu'une correction d'après φέρητε. - Le datif ἐμοί est plus pressant et plus tendre que ne le serait le génitif ἐμοῦ : « Vous m'appartiendrez plus étroitement comme disciples. » Il faut toujours devenir disciple ; on n'est pas tel une fois pour toutes. - Comme le cep ne porte lui même aucune grappe et n'offre ses fruits au monde que par l'intermédiaire des sarments, ainsi Jésus ne répandra la vie spirituelle ici-bas que par l'organe de ceux qui l'auront reçue de lui. En formant une Eglise, il se crée un corps pour l'effusion de sa vie et pour la glorification de Dieu sur la terre. Le cep s'efface lui-même dans cette grande œuvre pour ne laisser paraître que les sarments : à ceux-ci de s'effacer à leur tour, pour rendre hommage au cep de tout ce qu'ils opèrent. Les épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens exposent, sous une forme complètement originale, cette même relation entre le Christ et les croyants. Les images de tête et de corps correspondent absolument dans ces lettres à celles de cep et de sarment dans ce morceau. Quand Paul dit du Christ glorifié « que toute la plénitude de la divinité habite corporellement en lui » et « que nous avons tout pleinement en lui, » il ne fait que formuler le sens de la parabole du cep et du sarment, tel qu'il vient de s'offrir à nous. Et cela même explique pourquoi la propagation de la vie spirituelle avance si lentement dans l'humanité. Le cep n'opère rien que par les sarments ; et ceux-ci paralysent trop souvent l'action du cep au lieu de la propager !
La condition pour demeurer en Christ, c'est de rester sous l'action de sa parole (v. 7) dans la jouissance de son amour, et celle-ci dépend de l'obéissance à ses commandements et surtout à celui de l'amour fraternel : versets 9 à 17.