Les versets 17 et 18 faisaient ressortir l'influence de Lazare sur la scène du jour des Rameaux : le v. 19 signale celle de cette scène sur la catastrophe finale. - Πρὸς ἑαυτούς, au lieu de Πρὸς ἀλλήλους, parce qu'appartenant au même corps, c'est comme s'ils se parlaient à eux-mêmes. - Ἴδε, voici, fait allusion au spectacle inattendu dont ils viennent d'être témoins. - Il y a de la détresse dans ce terme ὁ κόσμος, le monde, « tout ce peuple indigène et étranger » et dans cet aoriste ἀπῆλθεν, s'en est allé : « C'est une affaire faite : nous voilà seuls ! » - On peut expliquer θεωρεῖτε comme impératif : mais il vaut mieux le prendre comme indicatif présent. Ces gens s'invitent mutuellement avec une sorte d'amertume à constater l'inefficacité de leurs demi-mesures ; c'est une manière de s'encourager à employer sans tarder le moyen suprême conseillé par Caïphe. Ces derniers mots surtout servent à mettre tout le morceau en rapport avec le but général de cette partie de l'évangile.
Plus on étudie de près la narration de Jean, moins il est possible d'y voir le produit accidentel de la tradition ou de la légende. Au lieu de la juxtaposition anecdotique qui fait le caractère des synoptiques, nous-rencontrons à chaque pas les traces d'un enchaînement intime qui relie jusqu'aux moindres détails du récit. Histoire réelle, profondément saisie et reproduite, ou roman très habilement conçu et exécuté : c'est, comme l'a bien vu Baur, le dilemme qui s'impose ici.
III. La dernière scène dans le temple : v. 20 à 36.
De tous les faits qui se sont passés depuis le jour des Rameaux jusqu'au jeudi soir, veille de la Passion, Jean n'en mentionne qu'un, omis chez les synoptiques : la tentative de quelques prosélytes grecs de s'approcher de Jésus et le discours dans lequel il exprima les sentiments que fit naître en lui cette circonstance inattendue.
Si Jean relève spécialement ce fait, ce n'est pas simplement pour raconter une scène omise par ses devanciers c'est parce qu'elle a selon lui une importance propre et qu'elle est en rapport direct avec le but de tout son récit. Il y avait contemplé, outre la clôture de l'activité publique de Jésus, le prélude des angoisses de la Passion. Elle constitue donc un jalon essentiel dans sa narration. Il ne dit pas à quel moment il faut placer ce fait. D'après la parole de Marc 11.11, il ne peut avoir eu lieu le jour des Rameaux. Il aboutit d'ailleurs à la rupture définitive de Jésus avec le peuple ; or nous savons que, durant les jours qui suivirent celui des Rameaux, Jésus résida dans le temple comme dans son palais et y exerça une sorte de souveraineté messianique. Le lendemain de son entrée à Jérusalem, le mardi, Jésus purifia le temple par l'expulsion des vendeurs. Le jour suivant, le mercredi, il tint tête à l'autorité officielle qui réclamait une explication sur l'origine du pouvoir qu'il s'arrogeait ; puis, successivement, aux pharisiens, aux sadducéens, aux scribes, qui s'approchèrent de lui avec des questions captieuses ; et il leur présenta à son tour, d'après le psaume 110, la grande question de la divinité du Messie qui devait être le sujet de son jugement ; enfin, après avoir prononcé la malédiction des chefs du peuple, il se retira, vers le soir, sur la montagne des Oliviers, où il déroula aux regards de quatre de ses disciples (Marc) le tableau du jugement de Jérusalem, de l'Eglise et de l'humanité. Les derniers mots de notre récit (v. 36) : « Jésus dit ces choses ; puis s'en allant, il se cacha d'eux, » peuvent donc faire supposer que la scène racontée par Jean s'est passée ce même mercredi soir, au moment où Jésus quittait le temple pour se rendre à Béthanie (comparez l'adieu solennel, Matthieu 23.37-39). Dans ce cas, il faut admettre que Jésus ne revint point à Jérusalem le jeudi matin, au moment où tout le peuple l'attendait dans le temple, et qu'il passa toute cette journée dans la retraite, à Béthanie ; c'est ce qu'indiquerait fort bien l'expression : il se cacha d'eux. Mais peut-être trouvera-t-on de cette manière la journée du mercredi trop remplie. Il serait possible aussi que Jésus fût revenu encore pour quelques moments le jeudi matin à Jérusalem : ce serait alors qu'aurait lieu la scène racontée ici par Jean. Néanmoins l'expression : il se cacha d'eux, se justifie mieux dans la première supposition.