Jean n'a pas pour but de présenter le tableau complet de l'entrée de Jésus, mais plutôt de mettre en lumière la double relation de cet événement d'une part avec sa cause (la résurrection de Lazare), de l'autre avec sa conséquence (la condamnation de Jésus). C'est cet enchaînement qu'il fait ressortir dans les v. 17-19. Si on lit au v. 17 ὅτι, que, avec cinq Mjj. et les plus anciennes traductions, le sens est : qu'en avançant la foule rendait témoignage qu'il avait opéré la résurrection de Lazare. Rien n'empêche dans ce cas que la foule du v. 18 ne soit la même que celle du v. 17. Jean dirait simplement que le prodige qu'elle célébrait en accompagnant Jésus (v. 17), était celui-là même qui l'avait engagée à venir à sa rencontre (v. 18). Mais la réflexion du v. 18 dans ce sens est assez oiseuse. Il s'entend de soi-même que le fait qu'elle célébrait était aussi celui qui l'avait fait accourir. Si on lit ὅτε, quand, avec les plus anciens Mjj., il en est tout autrement. Jean raconte que la foule qui s'était trouvée avec Jésus au tombeau de Lazare et qui avait assisté à sa résurrection, rendait témoignage, en accompagnant Jésus, de ce grand miracle dont elle avait elle-même été témoin. Et voilà les vrais auteurs de l'ovation du jour des Rameaux. Ils étaient là, racontant aux nombreux pèlerins étrangers ce qu'ils avaient eux-mêmes entendu et vu. On comprend mieux ainsi cette ; amplification dramatique, qui dans l'autre leçon fait l'effet assez prolixe : « Quand il avait rappelé Lazare du sépulcre et qu'il l'avait réveillé d'entre les morts. » La mention abstraite du fait, avec le ὅτι, eût suffi. - Si on lit ὅτε, quand, le participe ὁ ὤν est un imparfait : « qui était arec lui quand… » (11.42).
Dans le v. 18. Jean parle de la seconde foule, de celle qui venait à la rencontre de Jésus sur le chemin de Béthanie. Le διὰ τοῦτο, à cause de cela, porte sur le ὅτι, parce que, suivant : Et c'était aussi pour cela que la foule venait à sa rencontre, à savoir parce que. Non seulement ce miracle faisait le sujet principal des entretiens de ceux qui venaient ; mais c'était aussi (καί) ce même prodige qui, parvenu à la connaissance de toute la multitude des pèlerins, les poussait à venir à sa rencontre. - La comparaison de la parole de Luc 19.37 que nous avons déjà citée, montre ce que nous avons tant de fois constaté : c'est combien sont souvent vagues et indécis les contours du tableau synoptique, comparés aux traits si nettement accusés de la narration johannique.