La conduite de Jésus est commandée par la nature des choses. Puisqu'il veut aujourd'hui accepter cet hommage, il ne peut rester confondu avec la foule. Il doit en quelque sorte se mettre en scène ; mais il ne veut le faire que de la manière la plus humble et la mieux appropriée à la nature spirituelle de sa royauté. Dans les temps anciens, l'âne ne paraît point avoir été en Israël une monture méprisée ; comparez Juges 5.9-10 ; 10.4 ; 2 Samuel 17.23. Plus tard, le cheval et le mulet lui furent préférés ; comparez Sirach 33.25 (36.24). Le prophète Zacharie indique lui-même le sens qu'il attache ici à ce symbole quand il dit (9.9 :« Voici ton roi qui rient à toi juste, sauvé et humble. » L'ânon représente pour lui l'humilité du Messie et par conséquent la nature pacifique de son règne : « Je retrancherai les chariots de guerre… et le roi parlera de paix aux nations » (Zacharie 9.10). Les deux notions d'humilité et de paix se lient facilement, comme se lient d'autre part celles de richesse et de puissance militaire. L'expression εὑρών, ayant trouvé, paraît au premier coup d'œil incompatible avec le récit des synoptiques d'après lequel Jésus envoie devant lui deux disciples avec l'ordre exprès de lui amener l'ânon. Mais εὑρών ne signifie pas nécessairement : ayant trouvé sans chercher ; qu'on se rappelle le εὕρηκα, d'Archimède ! Ce mot peut se traduire par : s'étant procuré, comme dans les locutions εὑρίσκειν δόξαν, κέρδος, βίον, se procurer gloire, gain, subsistance, (voir Passow). On ne saurait donc rien inférer de ce terme sur le comment de la trouvaille : selon nous Jean résume simplement dans cette expression sommaire le récit des synoptiques, suffisamment connu dans l'Église. Il abrège également la citation de Zacharie ; car il lui importe uniquement de constater le rapport général entre la prophétie et son accomplissement. L'expression fille de Sion désigne la population de la ville personnifiée. Jean substitue : Ne crains pas, au : « Réjouis-toi, » de la prophétie : c'est le même sentiment, mais à un degré moins fort : « Ne crains pas ; un roi qui vient de la sorte ne saurait être un tyran. » - Si Jésus n'était jamais entré de cette manière dans Jérusalem, la prophétie n'en aurait pas moins été réalisée. Tout son ministère en Israël en était l'accomplissement. Mais, en réalisant à la lettre l'image employée par le prophète, Jésus a voulu rendre plus sensible l'accomplissement spirituel et vrai de la prophétie. Cependant tout s'était passé si simplement, si naturellement, qu'au moment même les disciples ne pensèrent point à cette prophétie et n'en saisirent pas le rapport avec ce qui venait d'avoir lieu :