Cette foule est plus considérable que celle dont il avait été parlé v. 9-11 ; elle comprend une grande partie des pèlerins de toutes contrées venus à la fête. Ils avaient appris par ceux s'étaient rendus à Béthanie le soir précédent que Jésus se trouvait réellement là et qu'il se préparait à venir lui-même à Jérusalem. Ils sortaient donc en grand nombre au-devant de lui pour aller à sa rencontre et lui faire cortège à son entrée dans la ville. Ceux qui étaient partis le plus tôt allaient jusqu'à Béthanie ; les autres devaient successivement le rencontrer en chemin. Ainsi, à mesure qu'il avançait entouré déjà de beaucoup de disciples et d'amis, il trouvait de distance en distance des groupes joyeux sur la route. Par là s'explique aisément l'ovation de ce jour qui, dans la narration synoptique, a un caractère un peu brusque et reste jusqu'à un certain point inexpliquée. N'ayant point mentionné l'arrêt de Jésus à Béthanie, les autres évangiles le représentent naturellement entrant dans la ville avec la caravane des pèlerins qui arrivent de Jéricho.
Tout à coup un souffle de joie céleste passe sur cette multitude. Leur allégresse et leurs espérances éclatent dans des chants et des symboles significatifs. Luc en particulier décrit admirablement ce moment : « Et comme il approchait de la descente de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, transportée de joie, se mit à louer Dieu pour tous les miracles qu'ils avaient vus. » (19.37). Jean nous fait comprendre quel était entre tous ces miracles, celui qui jouait le plus grand rôle dans l'enthousiasme de la multitude et qui avait produit cet effet si général, soit sur ceux qui accompagnaient, soit sur ceux qui rencontraient le Seigneur : la résurrection de Lazare. - Le palmier, par la beauté permanente de sa magnifique couronne de feuilles, est l'emblème, non seulement de la force, de la beauté et de la joie, mais du salut (voir Keil). 1 Maccabées 13.31, Simon rentre à Jérusalem « avec des hymnes et des branches de palmier, au son de la guitare et des cymbales, parce que l'ennemi a été chassé d'Israël. » Lévitique 23.40, dans l'institution de la fête des Tabernacles, il est dit : « Vous prendrez… des branches de palmes… et vous vous réjouirez pendant sept jours devant l'Éternel. » Chaque jour, pendant cette dernière fête, avait lieu une procession autour de l'autel des holocaustes, dans laquelle on portait des branches de palmier ; comparez Apocalypse 7.9. En ce jour-ci tout se fait spontanément. - On a vu dans les articles τά et τῶν devant βαΐα et φοινίκων (« les branches des palmiers ») une allusion aux rameaux connus par la tradition, et qui ont donné le nom à ce jour ; il est plus simple d'entendre par là : « les branches des palmiers qui se trouvaient là sur le chemin, » comme si Jean eût dit : « Ayant dépouillé les palmiers de leurs rameaux. » - Le terme βαΐον signifie déjà par lui-même : branche de palmier. Mais le complément τῶν φοινίκων est ajouté par Jean pour les lecteurs qui ne connaissaient pas ce terme technique.
Les cris de la multitude, ainsi que les termes : fils de David (Matthieu), Roi d'Israël (Jean), ne laissent aucun doute sur le sens de cette manifestation : c'était bien le Messie que le peuple entendait saluer en la personne de Jésus. Les acclamations rapportées par Jean (v. 13) et dont l'équivalent se trouve dans les synoptiques, sont tirées du psaume 118 particulièrement des v. 25-26. C'était un cantique probablement composé pour l'inauguration du second temple, et les paroles citées se rapportaient au cortège reçu par les sacrificateurs à son arrivée dans le temple. De nombreuses citations rabbiniques prouvent que ce psaume était envisagé comme messianique. Chaque Israélite savait par cœur ces paroles : elles étaient chantées à la fête des Tabernacles, dans la procession qui se faisait autour de l'autel, et à la Pâque, dans le chant du grand Hallel (Psaumes 113 à 118), pendant le repas pascal. Hosanna (de הושיעה נא, sauve, je te prie) est une prière adressée à Dieu par le peuple théocratique en faveur de son Roi-Messie : c'est, si l'on peut ainsi dire, le God save the King israélite. - Il nous semble plus naturel de rapporter les mots au nom du Seigneur au verbe venir qu'au participe béni. L'expression : celui qui vient au nom du Seigneur, désigne d'une manière générale et encore assez vague l'envoyé divin par excellence, sur la personne et l'œuvre duquel Israël implore les bénédictions du ciel ; puis vient après cela le grand mot dont chacun comprend la portée, le terme nullement équivoque de Roi d'Israël. - Naturellement, tous, dans cette foule, ne criaient pas exactement de la même manière : c'est ce qui explique les différence. dans les acclamations populaires rapportées par les évangélistes. - Comme, 6.5 Jésus avait vu dans l'arrivée des foules au désert un appel du Père à donner une fête à son peuple, ainsi dans l'élan de la multitude, qui accourt au-devant de lui avec ces acclamations triomphales, il reconnaît un divin signal ; il comprend que, selon la parole du psaume même auquel le peuple emprunte ses chants, c'est ici « la journée, que l'Éternel a faite, et qu'il faut se réjouir en elle » (Psaume 118.24) ; et à la salutation de son peuple, il répond par un véritable signe messianique :