L'accent n'est pas, comme le pensent Meyer et Weiss, sur l'idée verbale était, mais sur le sujet lui, en opposition à l'autre personnage (v. 9). De là le choix du pronom ἐκεῖνος, qui a toujours chez Jean un sens fortement accentué et même souvent exclusif. C'est en vain que Weiss nie cet emploi spécial du pronom ἐκεῖνος dans notre évangile. Dans une foule de cas, ce commentateur est obligé de recourir à de vrais tours de force pour soutenir que ce pronom désigne toujours un sujet ou un objet plus éloigné, en opposition à un autre plus rapproché ; comparez, par exemple 1.40 ; 5.39 ; 7.45, et beaucoup d'autres passages que nous ferons remarquer et où le sens réclamé par Weiss n'est point applicable. - Le ἵνα, afin que, dépendrait, selon Meyer et Weiss, d'un ἦλθε, vint sous-entendu, ou serait même, d'après Luthardt, indépendant de tout verbe, comme souvent chez Jean (9.3 ; 13.18 ; 15.25). Mais cette indépendance ne peut être jamais qu'apparente ; il faut toujours qu'un but dépende d'une action. Et il est peu naturel d'aller chercher bien loin le verbe ἦλθε, vint, tandis que le verbe ἦν, était, peut aisément prendre le sens de « était là » (aderat) et servir de point d'appui au afin que ; comparez 7.39, où Weiss lui-même rend le ἦν par aderat.
Il ne me semble guère admissible que par cette remarque Jean veuille uniquement faire ressortir la supériorité absolue de Jésus sur Jean-Baptiste (Meyer, Hengstenberg) ; ou que, comme le pense Weiss, nous ayons de nouveau ici un trait caractérisant simplement l'expérience de l'auteur lui-même, comme ancien disciple du précurseur. La forme négative est trop accentuée pour s'expliquer ainsi, et les passages analogues 1.20 ; 3.25 et suiv., comparés avec Actes 3.20 et avec le fait remarquable raconté Actes 19.3-4, font plutôt supposer une intention polémique contre des gens qui attribuaient au précurseur la dignité de Messie. (Comparez ⇒) - Baldensperger (der Prolog des vierten Evangeliums, 1898) a fait ressortir dans plusieurs passages du IVe évangile une intention apologético-polémique à l'égard des disciples de Jean-Baptiste. Ceux-ci, en communion d'esprit dans le commencement avec les disciples de Jésus par leur attente messianique, s'étaient bientôt séparés d'eux et répandus dans les contrées environnantes. Ils étaient même arrivés en Asie Mineure, où Jean écrivait son évangile (Actes 20.1 et suiv.), et il n'y a par conséquent rien d'étonnant à ce que Jean se fît un devoir de les combattre, ainsi que d'autres sectes pullulant dans cette contrée. C'est ce qu'il paraît faire dans plusieurs passages, en particulier 3.22-36 et 5.33.
Le témoignage de Jean devait ouvrir à tous l'accès à la foi, et rendre l'incrédulité impossible. Et pourtant l'impossible s'est réalisé, et même sous la forme la plus monstrueuse. C'est ce qui est développé dans les v. 9-11.