Je crois en définitive devoir m'arrêter à cette interprétation en faisant du participe ἐρχομενον, venant, l'attribut du verbe ἦν, était : était venant, pour : venait. Cette forme analytique implique une idée de durée. Au moment où Jean témoignait de la lumière, elle était en marche pour venir ; elle venait justement ; ainsi Bengel, Lücke, de Wette, Weiss. Ce verset ainsi compris laisse à l'expression venir au monde le sens habituel et en quelque sorte technique qu'elle a chez Jean (3.19 ; 6.14 ; 9.39 ; 18.37, etc.). Quelques interprètes, tout en admettant la même construction, rapportent ce terme : venait au monde, à la longue venue du Logos à travers les siècles, au moyen de ses révélations dans tout le cours de l'ancienne alliance (Keim, Westcott). Mais ce sens conduirait, comme nous le verrons, à une tautologie avec la première proposition du verset suivant. D'autres sens donnés à ἦν ἐρχόμενον par Tholuck : « il allait venir, » par Luthardt : « il devait venir, » sont peu naturels. - Meyer, avec plusieurs interprètes anciens et modernes (Origène, Chrysostome, Augustin, Calvin, Bèze, Schanz, Wahle, etc.), admet une construction toute différente ; il lie le ἐρχόμενον au substantif ἄνθρωπον : « qui éclaire tout homme venant au monde. » On prend alors τὸ φῶς, la lumière, comme sujet de ἦν quoi traduit dans le sens de « était là » (aderat) : « La vraie lumière, qui éclaire tout homme venant au monde, était là ; » ou bien on fait de τὸ φῶς l'attribut de ἦν, en donnant pour sujet à ce verbe un φῶς sous-entendu à tirer du verset précédent : « Cette lumière (à laquelle Jean rendait témoignage, v. 8) était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant au monde. » On a allégué, contre cette liaison du ἐρχόμενον, venant, avec le substantif tout homme, l'inutilité de cet appendice qui s'entend de lui-même ; mais à tort, comme je l'ai montré dans la 1re éd. où j'admettais cette explication. Car ces mots ainsi compris signifieraient que la lumière du Logos est une dotation divine que chaque homme apporte avec lui en naissant, qu'il s'agit donc d'une lumière innée. Cependant cette idée n'est pas perdue dans l'autre construction ; elle se retrouve toujours, quoique moins clairement énoncée, dans les mots : qui éclaire tout homme. Les deux constructions du ἦν, soit dans le sens de était là, soit en lui sous-entendant un sujet tiré du verset précédent, ne sont pas très naturelles. Enfin la liaison logique avec le v. 8 est plus étroite dans le premier sens : Jean venait pour témoigner de la lumière (v. 8) ; car à ce moment même celle-ci était sur le point d'apparaître dans le monde (v. 9). Dans la 2e éd. j'avais essayé une troisième ou même quatrième construction, en rattachant le participe ἐρχόμενον, non à ἦν, ni à ἄνθρωπον, mais à φωτίζει, éclaire, comme une sorte de gérondif latin : « qui éclaire tout homme en venant (elle-même) au monde. » Mais cet emploi du participe peut difficilement se légitimer par des exemples suffisants.
Le mot ἀληθινός, véritable, paraît ici pour la première fois. C'est un des termes caractéristiques du style de Jean. Sur 28 passages où il se rencontre dans le N. T., 23 appartiennent à Jean ; 9 dans l'évangile, 4 dans la 1re épître, 10 dans l'Apocalypse (Milligan). Il est employé aussi chez les classiques. Il désigne, le fait comme la réalisation adéquate de l'idée. Il oppose donc, non le vrai au faux, mais l'apparition normale à la réalisation imparfaite. La lumière dont parle Jean est par conséquent caractérisée ainsi comme la lumière essentielle, en opposition à toute lumière d'ordre inférieur. - L'expression : qui éclaire tout homme, si on l'appliquait à la révélation évangélique, désignerait le caractère universaliste de l'Evangile ; le présent éclaire serait celui de l'idée. Cependant il est plus naturel de retrouver ici la notion énoncée au v. 4 : le Logos, comme la lumière interne, éclairant tout homme, l'illuminant par les intuitions sublimes du bon, du beau et du vrai. - Le terme tout homme, donne de nouveau un démenti formel à l'assertion de l'école de Baur qui fait de Jean un philosophe dualiste.
Le Logos, en venant dans le monde, n'y arrivait pas en étranger. Par de profondes et intimes relations avec l'humanité, il avait préparé son avènement ici-bas et semblait s'être assuré un accueil favorable :