Par le terme Fils de Dieu, il exprime le saisissement que lui fait éprouver cette relation intime entre Jésus et Dieu, dont il vient de faire lui-même l'expérience. Lücke, Meyer et la plupart prétendent que ce titre est ici l'équivalent de celui de Messie. Ils croient le prouver par le terme suivant : le roi d'Israël. Mais c'est précisément cette juxtaposition qui implique une différence de sens. En tout cas, si les deux titres avaient exactement le même sens, le second serait joint au premier comme une simple apposition, tandis que la répétition du pronom σύ, tu, et du verbe εἶ, devant celui-là, exclut absolument cette synonymie. D'ailleurs, le terme que Nathanaël emploie ici doit être l'expression vive et fraîche de la commotion morale qu'il vient d'éprouver, et non, comme celui de Messie, le produit de la réflexion. Si ce dernier est ajouté suite, c'est pour faire droit à l'affirmation de Philippe, v. 46 ; mais il ne peut cependant venir qu'en second lieu. En général, nous croyons que l'équivalence du terme de Fils de Dieu et de celui de Messie, même sous la forme ou l'établit Weiss qui entend par Fils de Dieu l'homme bien-aimé de Dieu ne répond jamais entièrement à la réalité. Dans ce passage, en particulier, le titre de Fils de Dieu ne peut qu'être en rapport avec la preuve de savoir surnaturel que Jésus vient de donner, et il renferme par conséquent le sentiment d'une relation exceptionnelle entre Jésus et Dieu. Sans doute, c'est là une impression vague : mais elle n'en est pas moins riche et pleine, comme tout ce qui est affaire de sentiment, plus même que si elle était réduite en formule dogmatique. Comme l'observe Luthardt, « la foi de Nathanaël ne possédera jamais plus que ce qu'elle embrasse en ce moment » (la divine personne de Jésus), elle pourra seulement le posséder plus distinctement. Le chercheur d'or met la main sur un lingot : quand il en a battu monnaie, il possède mieux, mais pas davantage. Les deux titres se complètent : Fils de Dieu porte sur le rapport de Jésus à Dieu ; roi d'Israël, sur sa relation avec le peuple choisi. Le second est la conséquence logique du premier. Le personnage qui vit dans un rapport si intime avec Dieu ne peut être que le roi d'Israël. Ce titre est sans doute la réponse à celui de vrai Israélite, par lequel Jésus avait salué Nathanaël. Le sujet fidèle a reconnu son roi et le salue. - Jésus sent bien qu'il vient de faire le premier pas dans une carrière nouvelle, celle des signes miraculeux dont sa vie avait été complètement dénuée jusqu'alors ; et sa réponse respire le sentiment très élevé de la grandeur de ce moment.