A ce point du récit l'auteur nomme son compagnon, André. C'est que le moment est venu de signaler sa relation avec Simon Pierre relation qui a exerce une influence si décisive sur ce dernier et sur l'œuvre qui commence. - La désignation d'André comme frère de Simon Pierre est d'autant plus remarquable que Simon Pierre n'a point encore figuré dans le récit et que le surnom de Pierre ne lui appartenait même pas encore à ce moment. Cet apôtre futur est ainsi traité dès l'abord comme le personnage le plus important de cette histoire. Cette manière de désigner André suppose déjà la pleine connaissance de l'histoire évangélique chez les lecteurs. - La visite de Pierre à Jésus eut-elle lieu le même soir ? Weiss et Keil déclarent que cela est impossible, en raison de l'expression ce jour-là (v. 40), qui ne laisse pas de place pour cette nouvelle visite. Westcott dit au contraire : « Tout cela arriva évidemment le même jour. » Cette seconde manière de voir, qui est celle de Meyer, Brückner, me paraît seule admissible. Elle résulte avec une sorte de nécessité de l'énumération exacte des jours dans ce morceau. Voyez : le lendemain, v. 29, 35, 44, et de plus 2.1. Vers le soir, les deux disciples quittèrent donc Jésus pour quelques instants, et Pierre lui fut amené par André encore avant la nuit.
Comment expliquer les expressions : le premier (ou premièrement) et son propre frère ? De tout temps ces mots ont offert une difficulté aux interprètes. Ils renferment en effet un de ces petits mystères, dont est rempli le récit de Jean, à la fois si fin et si naïf. Les Mjj. qui lisent l'adverbe ou l'accusatif, πρῶτον, sont au nombre de six, parmi eux le Vaticanus : « Il trouve son propre frère en premier (ou premièrement). » Mais à qui ce frère serait-il opposé par ce : en premier ? Aux disciples qui furent trouvés plus tard, Philippe, Nathanaël ? Mais ce ne fut pas André qui trouva ceux-ci ; Jésus trouva Philippe et Philippe Nathanael. Et pourtant ce serait le seul sens possible de l'accusatif ou de l'adverbe πρῶτον. Il faut donc nécessairement lire le nominatif πρῶτος avec le Sinaït. et la majorité des Mjj. : « Le premier, André trouve son propre frère. » Cela pourrait à la rigueur signifier qu'André et l'autre disciple se mirent tous deux à la recherche de Simon et qu'André le trouva le premier, parce que, Simon étant son frère, il savait mieux ou le chercher ; cela expliquerait en quelque manière le τὸν ἴδιον, son propre, mais d'une manière bien recherchée. Comme il est impossible de faire de cette forme si accentuée une simple périphrase du pronom possessif son, il faut reconnaître que la pensée de l'auteur a été celle-ci : « En sortant, chacun des deux cherche son propre frère : André cherche Simon, et Jean son frère Jacques ; et c'est André qui le premier réussit à trouver le sien. » Le πρῶτον a pu être substitué au πρῶτος sous l'influence des quatre mots suivants en on. - Si cette interprétation est juste, nous devons en conclure que Jacques, le frère de Jean, se trouvait aussi parmi les jeunes disciples galiléens de Jean-Baptiste et que Jean ne veut pas plus le nommer qu'il ne s'est nommé lui-même et qu'il n'a nommé plus tard sa mère (19.25).
Le terme de Messie, c'est-à-dire l'Oint, de maschach, oindre, était très populaire ; il était usité même en Samarie (4.25). - La traduction grecque de ce titre, Χριστός, suppose de nouveau des lecteurs grecs. Jean avait employé deux fois dans le récit précédent le terme grec (v. 20 et 23) ; mais ici, dans cette scène d'une empreinte si personnelle, il aime à reproduire le terme hébreu (comme il l'avait fait au v. 30, comme il le fera de nouveau 4.25), afin de conserver au récit son caractère dramatique.