Les disciples s'informaient de sa demeure pour pouvoir l'y visiter plus tard ; Jésus les invite à l'y suivre à l'instant même : « Venez, de ce pas. » C'est bien là ce qu'indique le présent ἔρχεσθε : la continuation de la marche. On a dit que dans ce sens il faudrait l'aoriste. C'est une erreur. L'aoriste signifierait : Mettez-vous en marche. - La leçon du Vaticanus : « Venez et vous verrez, » est-elle préférable, à celle de la plupart des autres documents ? On peut supposer que celle-ci provient du v. 47. - Où Jésus demeurait-il ? Etait-ce dans un caravansérail, ou dans une maison amie ? Nous l'ignorons. Nous ne savons pas davantage quel fut le sujet de leur entretien. Mais nous en connaissons le résultat. L'exclamation d'André au v. 42 est l'expression enthousiaste de l'effet produit sur les deux disciples. Quand on se rappelle ce qu'était le Messie dans la pensée d'un Juif, on comprend combien dut être puissante et profonde l'impression produite sur eux par Jésus, pour qu'ils n'hésitassent pas à proclamer Messie cet homme pauvre et sans apparence. - Dans la remarque : « Et ils restèrent auprès de lui ce jour-là, » s'exprime toute la douceur d'un souvenir encore vivant dans le cœur de l'évangéliste au moment où il écrit. - La dixième heure peut s'entendre de deux manières : ou de 4 h. de l'après-midi ; Jean compterait les heures comme on comptait en général chez les anciens, en partant de 6 h. du matin, - nous verrons que c'est l'interprétation la plus naturelle des passages 4.6,52 et même 19.14 ; - ou de 10 h. du matin ; il adopterait ainsi la manière de compter du Forum romain, qui est devenue celle des peuples modernes, et d'après laquelle on compte dès minuit. Rellig, Ebrard, Westcott, etc., pensent que l'auteur de notre évangile compte tout du long de cette manière. Elle rendrait bien compte de l'expression ce jour là. Mais cette expression s'explique aussi fort bien s'il s'agit de 4 h. après-midi ; et cela par le contraste avec l'idée de la simple visite que les deux jeunes gens avaient pensé faire. Au lieu de durer quelques moments, l'entretien se prolongea jusqu'à la fin du jour. Comparez les remarques 4.6,52 et 19.14[1]. On a parfois appliqué cette indication de la dixième heure, non au moment où les disciples arrivèrent, mais à celui où ils quittèrent Jésus. Cependant Jean eut dans ce cas ajouté une détermination, comme ὅτε ἀπῆλθον, lorsqu'ils partirent. C'est l'heure où il trouva, non celle où il quitta, que l'auteur a voulu signaler. - La foi n'est pas plus tôt née du témoignage, qu'elle se propage par le même moyen :
Notes
[1] Nous devons à l'obligeance de M. André Cherbuliez les renseignements suivants : Ælius Aristide, sophiste grec du IIe siècle, contemporain de Polycarpe, avec lequel il a pu se rencontrer dans les rues de Smyrne, raconte dans ses Discours sacrés (Ve livre) qu'arrivé dans cette ville il eut pendant la nuit un rêve dans lequel le soleil, se levant sur la place publique, lui ordonna de tenir le jour même une séance de déclamation dans la salle du Conseil à la quatrième heure. Cette heure ne pouvait être dans les mœurs anciennes que 10 heures du matin, l'heure que Xénophon appelle celle de la πλήθουσα ἀγορά, où toute la population fréquente la place publique. Aussi trouva-t-il la salle toute remplie. Au Ier livre, le dieu lui ayant ordonné de prendre un bain, il choisit la sixième heure, comme la plus favorable à la santé. Or c'était l'hiver et c'était d'un bain froid qu'il s'agissait. L'heure était donc celle de midi. Ce qui ne permet aucun doute à cet égard c'est qu'il a dit à son ami Bassus qui le fait attendre : « Vois-tu, l'ombre tourne déjà. » On comptait donc en Asie depuis 6 h. du matin. - Langen a allégué en faveur de l'usage opposé un passage des Actes du martyre de Polycarpe (ch. 7). Mais ce passage nous paraît insuffisant pour prouver le contraire de ce qui résulte si clairement des paroles du rhéteur grec.