L'œuvre de la création a été le premier acte de la révélation divine ad extra. - La préposition διά, par, ne rabaisse pas le Logos au rang de simple instrument. Car cette préposition est souvent appliquée à Dieu lui-même (Romains 11.36 ; Galates 1.1 ; Hébreux 2.10). Néanmoins elle a bien pour but de réserver la place de Dieu à côté et au-dessus du Logos. Cette même relation est expliquée et plus complètement développée par Paul, 1 Corinthiens 8.6 : « Nous n'avons qu'un Dieu, le Père, de qui (ἐκ) sont toutes choses et nous sommes pour lui (εἰς) et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par (διά) qui sont toutes choses, et nous sommes par lui. » Ainsi donc nul être n'est arrivé à l'existence sans avoir passé par l'intelligence et la volonté du Logos. Mais aussi le Logos puise tout dans le Père et rapporte tout au Père. C'est là ce qu'indique en même temps le διά, par, qui laisse place au ἐκ relatif au Père. - Le mot πάντα, toutes choses, diffère de τὰ πάντα, toutes les choses, en ce que le second pourrait désigner une totalité particulière qu'il faudrait déterminer d'après le contexte (comparez 2 Corinthiens 5.18), tandis que le premier indique l'universalité la plus indéterminée. - Le terme γίνεσθαι, devenir, fait contraste avec celui de εἶναι, être, dans les v. 1 et 2 ; il indique le passage du néant à l'existence, en opposition à l'existence éternelle ; comparez le même contraste 8.58 : « Avant qu'Abraham devint, je suis. »
La seconde proposition répète sous forme négative l'idée énoncée affirmativement dans la première. Cette manière de s'exprimer se retrouve souvent chez Jean, surtout dans la première épître ; elle est destinée à exclure toute exception. - La leçon οὐδέν, rien, au lieu de οὐδὲ ἕν, pas même une chose, n'est pas suffisamment appuyée. Elle est sans doute en relation avec l'explication qui ponctue immédiatement après ce mot ἕν (voir au v. 4). - Quelques modernes, Lücke, Olshausen, de Wette, Bæumlein, supposent que par cette expression : pas même une chose, Jean a voulu écarter l'idée platonicienne de la matière éternelle (ὕλη). Mais la matière éternelle ne serait point un ἕν, une chose ; ce serait le fond de toute chose. Il n'est pas moins arbitraire de prétendre, comme on l'a fait, que dans ce passage l'apôtre tend à faire sortir le monde d'une matière éternellement préexistante. Où trouver dans le texte la plus légère trace d'une telle idée ? Bien loin d'admettre qu'un principe aveugle, tel que la matière, ait coopéré à l'existence de l'univers, Jean veut dire, au contraire, que toute existence provient de cet être intelligent et libre qu'il a désigné par cette raison du nom de Parole. Pas un insecte, pas un brin d'herbe, qui ne porte la trace de cette médiation divine, le sceau de cette sagesse. « Le fond de l'univers, comme le dit Lange est lumineux. » C'est la Parole !
Nous avons rattaché dans la traduction les derniers mots de la phrase grecque : ὃ γέγονεν, ce qui est là, au v. 3 et non, comme plusieurs interprètes, au v. 4 (voir à ce verset). Ces mots semblent, il est vrai, faire double emploi avec le verbe ἐγένετο, est devenu. On a expliqué cette répétition apparente par une redondance propre au style de Jean. Mais il ne faudrait pas oublier que le parfait grec est, en réalité, un présent, et que le sens de ce ὃ γέγονεν est par conséquent, non : Rien de ce qui est devenu, n'est devenu sans elle ; mais : « Rien de ce qui subsiste, de ce qui est là actuellement (γέγονε), n'est devenu (ἐγένετο) sans elle. » Il n'y a donc là ni redondance, ni tautologie. - L'apôtre ne fait point ici de la spéculation théologique ; son but est pratique. Il a en vue l'œuvre rédemptrice (v. 14) : il veut faire comprendre que celui qui est devenu notre Sauveur n'est rien moins que l'être divin et personnel qui a été l'associé de Dieu dans l'œuvre de la création. Mais la Parole n'a pas été l'organe de Dieu uniquement pour faire passer tous les êtres du néant à l'existence : c'est elle encore qui, une fois le monde créé, reste le principe de sa conservation et de son développement ultérieur, physique et moral :