Ce récit est lié au précédent dans Marc (Marc.6.14 et suiv.), comme dans Luc ; il en est entièrement séparé chez Matthieu (ch. 14). Il paraît qu'aux yeux de Marc et de Luc ce fut le bruit produit par la mission des Douze qui fit parvenir la réputation de Jésus jusqu'à Hérode. Comp. Marc.6.14 : « Son nom devenait célèbre. » On s'explique que ce roi n'eût pas encore entendu parler de Jésus, si l'on tient compte de la circonstance, rappelée par Keil, qu'il était alors au milieu des terribles complications de sa guerre avec Arétas, roi d'Arabie. - Si cette mention tout, à fait accidentelle du meurtre de Jean-Baptiste ne se trouvait ici chez Luc, la critique, d'après ses procédés habituels, ne manquerait pas de dire que Luc ignore, nie même ce fait dont il ne parle nulle part ailleurs. - Elie…, l'un des prophètes… : tout cela ne signifiait rien moins que : le Messie est proche (Matth.16.14 ; Jean.1.20 et suiv.). - D'après Marc et surtout Matthieu, Hérode se prononce nettement en faveur de la première des trois opinions émises : Jésus est Jean ressuscité. La vérité psychologique est certainement du côté de Luc qui ne met cette opinion dans la bouche du roi que d'une manière dubitative : « Pour Jean, nous savons bien ce qui en est de lui ; mais quel est donc celui-ci qui surgit à sa place ? » Et il restait perplexe (διηπόρει) devant celle question, qui lui remuait la conscience. - Quoi de plus naturel que ce récit ? Weiss suppose que Luc a modifié la narration des deux autres, afin de ne pas prêter à un homme cultivé, tel qu'Hérode, une superstition aussi grossière. C'est une explication bien recherchée et bien peu vraisemblable chez les Juifs, où l'idée de la résurrection était si généralement répandue. - Ce détail : « Hérode désirait voir Jésus, » rappelle celui, tout semblable, que nous a conservé Marc.6.20 : « Hérode aimait à entendre Jean-Baptiste et faisait bien des choses d'après ses avis. » Le trait, de nature intime, rapporté par Luc suppose non seulement qu'il suit une source qui lui est propre, mais encore que cette source provenait du milieu même qui entourait le roi. Ce pouvait être, soit Chuza, intendant d'Hérode, soit Manahen, élevé avec lui, deux chrétiens mentionnés Luc.8.3 et Act.13.1.
2. La multiplication des pains. (9.10-17)
Ce récit est, dans tout le ministère galiléen, le seul qui soit commun aux quatre évangiles (Matth.14.13 et suiv. ; Marc.6.30 et suiv. ; Jean.6). Il forme donc un point de repère important entre la narration synoptique et celle de Jean. Ce miracle est placé, dans les quatre évangiles également, à l'apogée du ministère galiléen. C'est peu de temps après, que dans les synoptiques Jésus commence à dévoiler à ses apôtres ses prochaines souffrances (Luc.9.18-27 ; Matth.16.13-28 ; Marc.8.27-38) ; chez Jean, ce fait, détermine une crise importante dans l'œuvre de Jésus en Galilée, et le discours qui le suit, fait allusion à la mort violente et prochaine du Seigneur (6.53-56).
1o Versets 10 et 11. L'occasion :