Luc dit : un autre (individu) ; Matthieu : « un autre d'entre les disciples, » ce qui à la rigueur pourrait signifier « un autre homme, d'entre les disciples, » et n'impliquerait pas que le précédent fût aussi un disciple. Cependant ce sens est moins naturel. - C'est Jésus qui prend cette fois l'initiative ; il a reconnu dans ce disciple un caractère solide, un esprit réfléchi, circonspect même jusqu'à l'excès ; c'est le cas non d'arrêter, mais de stimuler. Il veut mettre fin à son hésitation et l'appelle à le suivre. L'excuse qu'allègue cet homme paraît fondée, et la réponse de Jésus contraire à un sentiment de convenance naturelle et à l'obligation filiale. Et certainement, s'il ne s'agissait que d'une excursion d'un ou deux jours, je renoncerais à justifier cette parole, même ou surtout si on l'entendait dans le sens impossible qu'y donne Hase : « Permets qu'avant de te suivre je ferme les yeux de mon père qui est près de mourir. » Il en est autrement si Jésus quitte pour jamais le théâtre de son activité précédente et part pour ne plus revenir. Si en ce moment décisif cet homme reste en arrière, viendra-t-il jamais le rejoindre ? Une fois rentré dans le milieu de sa famille et de ses affaires, il se trouvera de nouveau enlacé et n'aura plus la force de tout quitter. Il est dans la vie morale des heures critiques où ce qui ne se fait pas au moment même ne se fera jamais. Le vent souffle ; une fois qu'il sera tombé, le navire ne pourra plus sortir du port. Mais enterrer un père, n'est-ce pas un devoir sacré ? Il est vrai… si un devoir supérieur ne s'y oppose pas. Courir immédiatement à la frontière menacée par l'ennemi est un devoir qui prime même celui d'inhumer un père. Il y aura toujours assez de gens pour accomplir ce dernier office ; mais y aura-t-il assez de bras pour défendre la patrie ? La loi elle-même exemptait le grand-prêtre et les Naziréens des obligations envers les morts, fût-ce pour un père ou une mère (Lévit.21.41 ; Nomb.6.6-7). Le règne de Dieu est plus que la patrie et que le culte du temple. Les cérémonies funèbres, en raison de la souillure contractée par le contact d'un mort, duraient sept jours. Jésus serait déjà bien éloigné quand elles seraient terminées ; une décision prompte était ici une condition de salut et de vie. - Le double sens du terme : les morts, sur lequel roule la réponse de Jésus montre l'impression que produisait sur lui la vie humaine tant qu'elle n'a pas été renouvelée par l'Evangile. Cette déclaration marche de pair avec cette autre : « Si vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants. » Paul dit de même : « Vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés. » « Leurs morts, » dit Jésus. Par cet adjectif leurs, il veut dire que ceux qui sont morts, au sens propre, appartiennent au même ordre de choses que ceux des leurs qui ne connaissent rien de plus élevé que les intérêts et les biens de la vie naturelle. - L'appel à annoncer le royaume de Dieu justifie par la sublimité de ce but nouveau le sacrifice social réclamé de cet homme. Le διά, dans διάγγελλε, indique la diffusion, et le σύ, toi, fait sentir toute la distance que l'attachement à Jésus a mise désormais entre cet homme et tout ce passé avec lequel il doit rompre.
3o Versets 61 et 62.