On a appliqué l'apostrophe sévère de Jésus : Race incrédule et perverse, etc., aux disciples (Meyer) ; aux scribes (Calvin) ; au père (Chrysostome, Grotius, Néander, de Wette, Weiss) ; au peuple, au père et aux scribes (Reuss) ; au père et au peuple (Keim) ; à toutes les personnes présentes, père, peuple, scribes et disciples (Olshausen, Bleek, Keil, Schanz). Toutes ces explications sont vraies. Le père, dans Marc, confesse lui-même son incrédulité ; les disciples avaient échoué par incrédulité, comme Jésus le leur déclare dans Matthieu. Le terme de γενεά, génération, race, ne permet d'exclure ni le peuple, ni les scribes, ses représentants attitrés. Pour bien comprendre cette exclamation, il faut se représenter la situation d'âme du Seigneur en ce moment. Il venait de jouir de la communion avec des êtres célestes, et tout à coup il se retrouve au milieu d'un monde où l'incrédulité règne plus ou moins chez tous. C'est ce contraste, non entre un homme et tel autre, mais entre toute cette humanité éloignée de Dieu, au milieu de laquelle il habite, et les habitants du ciel qu'il vient de quitter, qui lui arrache cette exclamation douloureuse. Διεστραμμένη, pervertie de part en part, expression empruntée à Deut.32.5. - La question deux fois répétée : Jusqu'à quand… ? s'explique également par le contraste avec la scène précédente. Ce n'est pas l'expression de l'impatience. La scène de la transfiguration ne vient-elle pas de prouver que c'est librement que Jésus reste sur la terre ? Le terme de supporter exprime combien, malgré son amour, il se sent étranger dans ce milieu d'incrédulité. Il ne peut s'empêcher de soupirer après le moment où son cœur filial et fraternel ne sera plus froissé par des manifestations opposées à ses plus intimes aspirations. La fête de la veille a comme réveillé chez lui le mal du pays. Πρὸς ὑμᾶς, auprès de vous, dans Luc et Marc, exprime une relation plus active que μεθ’ ὑμῶν, avec vous, dans Matthieu. - L'ordre : Amène ici ton fils, a quelque chose de brusque. Jésus semble vouloir secouer l'impression pénible dont il est obsédé ; comp. une forme semblable Jean.11.34.
Il y a entre les trois récits une sorte de gradation. Matthieu rapporte uniquement la guérison sans faire mention de la crise qui l'a précédée ; l'essentiel, pour lui, c'est l'entretien final de Jésus avec les disciples. Chez Luc, le récit de la guérison est précédé du tableau de la crise. Marc enfin, à l'occasion de la crise, nous rapporte l'entretien remarquable que Jésus eut avec le père de l'enfant. Cet entretien, qui porte au plus haut degré le caractère de l'authenticité, ne permet d'admettre ni que Marc ait puisé son récit chez l'un des deux autres, ni que les deux autres aient eu son récit ou un récit semblable au sien sous les yeux ; comment Luc, en particulier, eût-il omis volontairement de pareils détails ?
Nous n'analyserons pas ici le dialogue que nous a conservé Marc, dans lequel Jésus transforme soudain la question de savoir s'il a la puissance de guérir en celle de savoir si son interlocuteur a celle de croire ; à quoi celui-ci répond avec l'angoisse d'un cœur accablé du sentiment de sa responsabilité. C'est la photographie du cœur humain, du cœur paternel. Ce chef-d'œuvre de Marc, les autres l'auraient eu sous les yeux et supprimé ! - Nous trouvons dans Luc ces deux expressions : fils unique, et : il le rendit à son père, qui rappellent le récit du fils de la veuve de Naïn. « Ils appartiennent à la manière de Luc, » dit la critique. Mais les détails originaux et caractéristiques dont abonde notre évangile (voir le récit précédent) ne devraient-ils pas inspirer un peu plus de confiance en ses récits ? - L'entretien qui suivit ce miracle, est omis par Luc. C'est l'un des passages où l'incrédulité des apôtres est le plus sévèrement réprimandée. Comment s'accorde cette omission avec le sentiment de malveillance pour les Douze qu'une certaine critique attribue à Luc ?
6. La seconde annonce de la Passion. (9.43b à 45)