C'est ici le point culminant de cette scène. - La nuée n'est pas un nuage ; c'est le voile dont Dieu s'entoure quand il apparaît ici-bas. Elle est apparue au désert et à l'inauguration du temple de Salomon ; nous la retrouverons à l'ascension. Matthieu l'appelle une nuée lumineuse, et il dit en même temps, avec les deux autres, qu'elle faisait ombre sur cette scène. C'est que l'éclat du foyer lumineux, qui en formait le centre, perçait à travers l'enveloppe et projetait sur toute la scène une ombre mystérieuse. Si on lit ἐκείνους, avec le T. R., Jésus, Moïse et Elie furent seuls enveloppés dans la nuée, et la crainte qu'éprouvèrent les disciples provenait, non seulement de ce signe de la présence de Dieu, mais aussi de l'inquiétude d'être séparés d'avec leur Maître. Si on lit αὐτους avec les alex., tous les six furent enveloppés un instant par la nuée, et la terreur des apôtres fut causée par la proximité immédiate de Dieu. Il est difficile de se décider entre les deux leçons, du moins pour qui n'a pas un parti pris d'avance en faveur des leçons alexandrines. Le αὐτους des alex. peut avoir été amené par le αὐτοῦ (lui, Pierre) qui précède. Et l'on ne comprend pas bien le ἐκ νεφέλης, du dedans de la nuée, si les disciples, à qui la voix était adressée, étaient eux-mêmes dans la nuée. On pourrait dire cependant en faveur de la leçon alex. que le αὐτούς a été changé en ἐκείνους parce qu'on a trouvé trop honorable pour les disciples d'être enveloppés avec le Seigneur et les habitants du ciel dans cette nuée. Mais les raisons alléguées auparavant me paraissent avoir plus de poids et décider plutôt en faveur de la leçon byzantine.
La forme de la déclaration divine diffère dans nos évangiles. Chez Luc, il faut certainement lire avec les alex. : c'est ici mon Fils, l'Elu. La leçon reçue : c'est ici mon Fils bien-aimé, est tirée soit des deux autres récits, soit de l'allocution divine dans le baptême. Le terme « l'Elu » est employé absolument parlant, en opposition aux serviteurs, tels que Moïse et Elie, élus pour des missions spéciales. Comp. 23.35. L'exhortation : écoutez-le, est la reproduction de celle par laquelle Moïse, Deut.18.15, engageait Israël à accueillir un jour l'enseignement prophétique et messianique qui compléterait le sien. Cette parole finale indique clairement le but de toute cette scène : « Ecoutez-le, quoi qu'il vous dise ; suivez-le, où qu'il vous mène. » Qu'on se rappelle les paroles de Pierre : « A Dieu ne plaise ! Cela ne t'arrivera point, » dans l'entretien précédent (Matth.16.22), et l'on sentira toute la portée de cet avertissement divin. - Nous retrouvons ici la réalisation d'une loi qui se produit dans toute la vie de Jésus : c'est que, à chaque acte d'abaissement volontaire de la part de Jésus, correspond un acte de glorification dont il devient l'objet de la part du Père. Il descend dans l'eau du Jourdain, se consacrant à mourir : Dieu le salue en l'appelant son Fils bien-aimé. Au milieu du trouble de son âme (Jean.12), il renouvelle son engagement de fidélité jusqu'à la mort : la voix du ciel lui répond par la plus magnifique promesse pour son cœur de Fils. Et de même ici.