Le malade guéri sentait son existence morale comme liée à la personne de Jésus ; il tremble d'être séparé de lui ; car il craint une rechute. Jésus, qui était déjà dans la barque (Marc), n'agrée point cette demande. En Galilée, où il fallait se garder d'accroître l'effervescence populaire, il interdisait, aux malades de publier leur guérison. Mais dans cette contrée reculée, si rarement visitée par lui et qu'il devait si brusquement quitter, il avait besoin d'un missionnaire qui rendit témoignage de la grandeur de l'œuvre messianique que Dieu accomplissait en ce moment pour son peuple. Il y a un beau contraste entre l'expression de Jésus : « les choses que Dieu t'a faites, » et celle de cet homme : « les choses que Jésus lui avait faites. » Jésus rapporte tout à Dieu ; mais le malade ne saurait oublier l'instrument. Toute la dernière partie du récit est omise par Matthieu. Marc désigne comme champ de travail de ce nouvel apôtre non seulement sa ville, mais encore toute la Décapolis.
Volkmar applique ici son système d'interprétation allégorique. Ce fait représenterait l'œuvre de Paul chez les Gentils ; le démoniaque, le monde païen ; les chaînes dont on a tenté de le lier, les législations, telles que celles de Lycurgue et de Solon ; les pourceaux, les ordures de l'idolâtrie ; l'invitation adressée à Jésus de se retirer, l'irritation provoquée en pays païen par les succès de Paul (l'émeute d'Ephèse, par ex.) ; le refus de Jésus d'obtempérer au désir du démoniaque guéri, les obstacles que mettaient les judéo-chrétiens à l'entrée des païens convertis dans l'Eglise. Keim rejette cette allégorisation effrénée. Il objecte avec raison que le démoniaque n'est pas même (comme cela a lieu dans le cas de la femme cananéenne) désigné comme païen ; que la localité précise et peu connue à laquelle le fait est rattaché, est un indice de sa réalité historique ; que l'invitation adressée à Jésus de quitter la contrée est un trait sans exemple, qui ne sent pas l'imitation et qui a le caractère de la vérité. En définitive, il n'a d'objection que contre l'épisode des pourceaux qui lui paraît une amplification légendaire. Mais comment un fait si marquant, contre lequel pouvait s'inscrire en faux la population de toute une contrée nettement désignée, serait-il entré dans la tradition orale et cela sous les yeux des apôtres, s'il n'était point historique ? Le tableau forme un tout dans lequel chaque trait suppose tous les autres. L'invitation à Jésus de quitter la contrée, dans laquelle Keim reconnaît une preuve d'authenticité, ne s'explique que par la perte des pourceaux. Keim admet trop ou trop peu. Ou Volkmar et ses extravagances, ou l'acceptation franche du récit : voilà la seule alternative. Ne peut-on pas reconnaître dans le phénomène des possessions, si fréquent à cette époque dans le monde juif et dans la partie du domaine païen qui en était la plus rapprochée, le commencement d'un jugement qui se serait étendu successivement et qui, par l'invasion croissante de la puissance diabolique, aurait conduit l'humanité à une complète dissolution morale et sociale, - si le destructeur des œuvres du diable n'avait paru pour la sauver pendant qu'il était temps encore (κατὰ καιρόν Rom.5.6) ?
11. Résurrection de la fille de Jaïrus.(8.40-56)
Chez Marc et Luc, le fait suivant se rattache immédiatement au retour de la Décapolis. D'après Luc, la foule que Jésus avait quittée en partant, ne s'était point séparée ; elle l'attendait et le reçut au débarquement, tandis que d'après, Marc, elle se reforma dès que son arrivée fut connue. Dans le premier évangile (9.1 et suiv.), deux faits sont intercalés entre l'arrivée et la résurrection de la fille de Jaïrus : la guérison du paralytique de Capernaüm et la vocation du péager Matthieu. Comme la maison de péage était probablement située près du port, le second de ces faits pourrait avoir suivi immédiatement le débarquement ; seulement dans ce cas le repas donné par l'ancien péager n'aurait eu lieu qu'après ce qui se passa chez Jaïrus. Mais cette dernière supposition ne peut s'appliquer à la guérison du paralytique, qui doit être placée, comme chez Marc et Luc, à un tout autre moment (Luc.5.17 et suiv. ; Marc.2.1 et suiv.).
Versets 40 à 42. La demande :