Remarquez le cachet entièrement hébraïque des premiers mots (vajehi, hajom, vajéred… vajjomer…). Et Luc aurait pour source l'un des deux autres qui ne présentent rien de semblable ! D'après le récit de Matthieu.8.18, cette excursion aurait eu lieu le soir du jour où fut prononcé le sermon sur la montagne. Mais ne s'était-il pas passé trop de choses en ce jour-là, d'après Matthieu lui-même, pour une seule journée ? Comp. Matth.8. Marc, (Marc.4.35) place ce départ le soir du jour où Jésus raconta la parabole du semeur ; cette date est plus vraisemblable. Celle de Luc, plus vague : en un de ces jours-là, ne la contredit point. Jésus, conformément au plan tracé 8.4, voulait évangéliser aussi la contrée située de l'autre côté de la mer de Galilée, la Décapole ou le pays des dix villes. Il était fatigué, tellement, que, d'après le récit très détaillé de Marc, il ne sortit pas même du bateau d'où il avait enseigné et que ses disciples, après avoir congédié eux-mêmes le peuple, emmenèrent Jésus tel qu'il était là, c'est-à-dire assis dans la barque. D'autres bateaux partirent avec eux. C'était une petite flottille qui prenait le large. Le temps était calme ; bientôt Jésus, cédant à la fatigue, s'endormit. Le fidèle pinceau de Marc nous le représente couché à la poupe, la tête sur un oreiller peut-être placé là pour lui par une main amie. Le verbe ἀφυπνοῦν signifie ici, non sortir du sommeil, mais tomber endormi. Il appartient au grec postérieur. - Il arrive souvent, sur les lacs entourés de montagnes, que des coups de vent violents et subits descendent des hauteurs voisines, surtout vers le soir dans les jours chauds. C'est ce phénomène connu que désigne le mot κατέβη, descendit - Dans l'expression : συνεπληροῦντο, littéralement ils étaient remplis, il y a confusion du bateau avec ceux qu'il porte.
Sur ces ouragans auxquels est exposé, en particulier, le lac de Génézareth, comp. W. Thompson, The Land and the Book, London 1868, p. 375 : « Les coups de vent se déchaînent par les gorges profondes qui descendent du nord et du nord-est, et sont non seulement violents, mais subits ; ils surviennent souvent quand le temps est parfaitement clair. » - Mac-Gregor, cité par Morison dans son Commentaire sur Marc, s'exprime ainsi (Rob-Roy on the Jordan, p. 736-739) : « Sur la mer de Galilée le vent possède une force et une soudaineté extraordinaires. Cela tient à ce que cette mer est située à une si grande profondeur de l'écorce terrestre (180 m au-dessous du niveau de la Méditerranée), que l'air y est énormément raréfié par le soleil. Lorsque le vent, après avoir glissé rapidement sur le vaste plateau qui l'entoure, a acquis une force extraordinaire, au moment où il arrive au bord de cet immense enfoncement, il s'y précipite avec une incroyable violence. On voit alors, pour ainsi dire à l'œil, les tourbillons se ruer sur le lac, comme les flots pressés d'une cascade. » Voici la description d'un ouragan dont Mac-Gregor fut témoin vers l'embouchure du Jourdain dans cette mer : « Une forte brise de Basan (nord-est) rafraîchissait l'air… La mer grossissait de plus en plus ; les vagues écumaient en glissant rapidement sur les eaux qui avaient pris une couleur verdâtre comme celle de l'Océan. L'autre rive était plongée dans l'obscurité… L'ouragan dura ainsi tout le jour suivant. »