Verset 20. Le mot dehors pourrait fort bien signifier ici : « hors du cercle qui entourait Jésus. » Mais Marc parle en toute lettre à cette occasion de la maison où il recevait l'hospitalité (v. 20 et 21) et d'une grande foule « qui était là assise autour de lui » (v. 32 et 34). - Par les frères de Jésus faut-il entendre des frères aînés de Jésus, nés d'un premier mariage de Joseph, ainsi que le dit une très antique tradition ? Ou bien des cousins-germains de Jésus, enfants de Clopas, le frère de Joseph, et élevés dans la maison de leur oncle et de leur tante, Joseph et Marie, comme on l'a admis depuis Jérôme ? Ou enfin tout simplement des fils de Joseph et de Marie, cadets de Jésus ? Nous ne saurions discuter ici cette question. (Voir notre Commentaire sur l'évangile de Jean, à 2.12.) Ce qui est certain, c'est que le sens littéral du mot frère placé, comme il l'est ici, à côté du mot mère, est le seul vraisemblable. - La réponse de Jésus ne renferme point, comme le croit M. Renan, un reniement du sentiment de la famille. Mais pour un cœur chrétien, il y a des liens plus étroits que ceux du sang ; ce sont ceux de la communion spirituelle. Pour Jésus, en particulier, qui était chargé d'une mission envers toute l'humanité, la vie de famille ne pouvait plus dès son baptême avoir qu'une valeur subordonnée. En général les liens du sang, s'ils ne se transforment pas en relations d'une nature spirituelle et supérieure, ne sont qu'une fleur qui se flétrit. Comp. Jean2.4 ; 19.26. Dans ces femmes qui l'accompagnent, prenant de lui des soins maternels (v. 2 et 3), et dans ces disciples qui s'associent avec dévouement à son œuvre, n'a-t-il pas dès longtemps retrouvé une famille qui lui remplace celle qu'il a dû quitter ? Et cette relation nouvelle, spirituelle, éternelle comme Dieu même, n'est-elle pas le vrai lien, tandis que celui du sang n'est qu'extérieur, passager et accidentel ? Dans cette parole s'expriment une tendresse et une reconnaissance profondes pour ces êtres dévoués, dont l'amour lui tenait lieu chaque jour des affections domestiques les plus chères. Il ne parle pas d'un père, dans ce sens spirituel ; cette place n'appartient qu'à Dieu seul. Le tableau de la situation historique, conservé par Marc, nous aide à comprendre l'à-propos de cette parole. Luc n'a donc connu ni le récit de cet évangéliste, ni celui d'un prétendu Proto-Marc.
Comment eût-il, de gaieté de cœur, négligé le trait qui éclairait cette scène ?
9. L'apaisement de la tempête (8.22-25)
Nous arrivons ici à une série de récits qui se trouvent réunis aussi dans les deux autres synoptiques. (Matth.8.18 et suiv. ; Marc.4.35 et suiv.) : la tempête, la guérison du démoniaque, la résurrection de la fille de Jaïrus, ainsi que la guérison de la femme malade d'une perte de sang. La liaison de ces morceaux dans nos trois écrits évangéliques est un des faits que l'on cite avec une pleine confiance pour conclure de là à celui d'une source écrite commune à tous les trois ou à deux d'entre eux. Mais comment, dans ce cas, cette grande série occuperait-elle dans Matthieu une tout autre place (immédiatement après le sermon sur la montagne) que dans les deux autres ? Et comment arriverait-il que le premier évangile intercale, entre le retour de Jésus et l'histoire de la fille de Jaïrus, deux morceaux de la plus haute importance : la guérison du paralytique (Matt.9.2 et suiv.), et la vocation de Matthieu avec le repas et l'entretien qui la suivent (v. 9 et suiv.), morceaux qui occupent dans Marc et Luc une place toute différente ? L'emploi d'une source écrite ne comporterait pas des procédés aussi libres. Je crois donc plutôt que dans l'enseignement traditionnel on racontait les trois faits indiqués plus haut, à la suite l'un de l'autre, parce qu'ils étaient liés chronologiquement et qu'ils présentaient le tableau d'une excursion unique, dont le souvenir s'était profondément gravé dans la mémoire des témoins. Mais cela n'empêchait pas qu'on n'y rattachât parfois, comme le fait le premier évangile, quelques autres récits qui n'appartenaient pas historiquement à ce moment-là. - Ce qui rend ce morceau particulièrement remarquable, c'est que nous y contemplons la puissance miraculeuse de Jésus à son point culminant : puissance sur les forces de la nature (tempête), sur les puissances des ténèbres (démoniaque), et sur la mort (fille de Jaïrus).