Ἤρξατο, il se mit à ; ce terme fait ressortir la solennité du discours qui va suivre (4.21). - Le peuple lui-même, en accourant au baptême de Jean, a montré qu'il reconnaissait en lui un personnage extraordinaire ; et il ne s'est pas trompé. - On a vu dans le roseau agité du vent l'emblème de l'instabilité morale de Jean (Ewald) ; dans ce sens la réponse à la question serait affirmative. Ou bien l'on pense (Meyer, Néander, Bleek) que la réponse est négative : « Non, vous ne devez pas, à l'occasion de ce qui vient de se passer, porter sur Jean un jugement semblable. » Mais il est plus naturel de voir dans ce roseau battu par le vent l'emblème de quelque chose de tout ordinaire. « Ce n'est pas pour aller contempler une chose qui se voit tous les jours, que vous avez couru au désert. » Le verbe ἐξελθεῖν, sortir (des endroits habités), rappelle la grandeur du dérangement causé par un tel pèlerinage. Le parfait ἐξεληλυθατε fait penser à l'impression qu'ils ont gardée, tandis que l'aoriste (alex.) rappelle l'acte même de la sortie. Tischendorf lui-même reconnaît que le parfait est la vraie leçon. L'aoriste est tiré de Matthieu. - Il ne faut pas mettre le point, d'interrogation, avec Hofmann, après ἔρημον, en liant θεάσασθαι à ce qui suit : « Pourquoi êtes-vous allés au désert ? Pour contempler… » Hofmann continue ensuite la même construction en faisant des deux ἰδεῖν suivants la réponse de Jésus, d'abord négative, puis affirmative. Mais c'était pour contempler quelque chose que le peuple était censé sortir ; il s'agissait seulement de savoir quoi (τι). - Cette expression de Jésus rappelle le mot (Jean.5.35) : « Jean était une lumière allumée et brillante ; et vous avez voulu vous réjouir un moment à sa clarté. » - Le sentiment populaire ne se trompait pas : Jean était réellement quelque chose de grand. Mais il y a deux sortes de grandeur : la grandeur terrestre et la grandeur céleste. De quelle nature était celle de Jean ? Si elle eût été, continue Jésus, de nature terrestre, Jean n'aurait pas habité dans un désert, mais dans un palais. Sa grandeur était donc d'ordre divin. Or, dans le sentiment juif, toute grandeur de ce genre consiste dans une mission prophétique. De là la conclusion à laquelle le peuple est arrivé à l'égard de Jean : c'est un prophète ! Jésus confirme cette manière de voir : Oui, vous dis-je ; puis il renchérit sur elle : et plus qu'un prophète. En effet, Jean n'a pas seulement prophétisé ; il est lui-même un personnage prédit. Il est plus grand de figurer, comme personnage prévu et annoncé, dans le tableau des temps messianiques, que de tenir soi-même la lunette prophétique. Voilà pourquoi Jean est plus qu'un prophète : son apparition était un fait écrit à l'avance, un γεγραμμένον.
La citation de Malachie ch. 3 se trouve dans les trois synoptiques ; chez Matthieu, dans le passage parallèle au nôtre (Matt.11.10) ; chez Marc (Marc.1.2), à l'ouverture de l'évangile, avec cette différence, qu'il omet les mots : devant toi. Sur le ἐγώ, moi (après ἰδού), les variantes ne permettent pas de se prononcer. Cette conformité générale est remarquable ; car la citation n'est identique ni au texte hébreu, ni à celui des LXX. Malachie et les LXX n'ont point les mots : devant ma face, dans la première proposition, comme nos synoptiques ; de plus, ceux-ci ont tous trois ἀποστέλλω et κατασκευάσει, au lieu d'ἐξαποστέλλω et ἐπιβλέψεται chez les LXX. Ce pourrait être là un argument en faveur d'une source écrite commune aux synoptiques ou de l'emploi de l'un d'entre eux par les autres. Mais : 1. Si cette source commune était le Proto-Marc, comment Marc placerait-il cette citation dans un tout autre contexte que les deux autres ? 2. Si c'étaient les Logia, pourquoi Marc, au lieu de copier simplement, omettrait-il les mots : devant toi ? (alex. It.) 3. Même difficulté si Marc copiait l'un des autres synoptiques. 4. Ceux-ci ne copient pas non plus Marc, qui omet tout ce discours. - Les coïncidences dans les synoptiques doivent donc s'expliquer d'une autre manière. Si Luc et Matthieu substituent devant toi à devant moi (chez Malachie), cela résulte tout naturellement du fait que chez eux c'est Jésus lui-même qui cite le passage. Pour le prophète, Jéhova, qui envoie, et le Messie pour qui le chemin doit être préparé, sont une seule et même personne : de là, chez Malachie, la forme : « devant moi. » Mais pour Jésus, qui, en parlant de lui-même, ne se confond jamais avec le Père, une distinction devenait nécessaire ; de là la forme devant toi. Quant aux autres expressions communes, Weizsäcker les explique avec raison en disant que « cette citation appartenait à la démonstration messianique habituellement employée. » Elle aura reçu par l'usage la forme fixe sous laquelle nous la trouvons chez nos synoptiques.
Le car des byz., v. 28, a un sens clair : Un personnage dont l'arrivée a été prédite avec celle du Messie, doit posséder une grandeur exceptionnelle. - Le T. R. lit avec les Mjj. byz. : « Je vous dis que parmi ceux qui sont nés de femme, aucun prophète plus grand que Jean-Baptiste ne s'est élevé. » Les alex. omettent le mot prophète, et avec raison. Car il y aurait tautologie. Tout prophète n'est-il pas né de femme ? Hofmann défend en vain la leçon reçue, en cherchant à en tirer ce sens : « Dans le monde entier (ἐν γεννητοῖς γυν.), il n'y a pas de plus grand prophète que… » Comme si Jésus pouvait supposer qu'il y ait des prophètes en dehors d'Israël ! - La supériorité de Jean sur toutes les autres apparitions théocratiques et humaines se rapporte, non à sa valeur personnelle, mais à son rôle et à sa mission. Sa vie intérieure surpassait-elle celle d'un Abraham, d'un Elie, etc. ? Jésus ne l'affirme point. Mais sa position est plus élevée que la leur. Néanmoins, ajoute immédiatement Jésus, en forme de parenthèse, l'ordre de choses nouveau qu'il inaugure lui-même, est tellement au-dessus de l'ancien que clôt Jean-Baptiste, que le moindre des membres du premier est au-dessus du précurseur par son intuition plus spirituelle des choses d'en-haut et par l'intimité de sa relation avec Dieu. Il jouit en Jésus de la dignité filiale, tandis que Jean n'est que serviteur. Il n'en résulte pas que ce croyant soit plus fidèle que Jean. Jean peut être plus avancé sur sa ligne, mais la ligne du croyant, est plus élevée que la sienne. Il y a, chez celui-ci, un principe de vie supérieure qui a manqué à Jean. Cette réflexion est ajoutée par Jésus pour excuser Jean et expliquer l'ébranlement de sa foi, le σκανδαλίζεσθαι (v. 23). Plusieurs anciens ont entendu par le plus petit Jésus-Christ, comme étant le cadet de Jean, ou, pour le moment encore, moins illustre que lui. Le seul moyen de soutenir cette interprétation serait de rapporter les mots : dans le royaume de Dieu, à est plus grand, qui suit, ce qui est forcé. - Nous avons donné au comparatif : plus petit, un sens de superlatif : le plus petit. Meyer, pressant la notion de comparatif, explique : celui qui dans l'ère nouvelle a une position relativement moins élevée que celle que Jean avait dans l'ancienne. Ce sens est très alambiqué. Matth.18.1 fait comprendre la transition du sens de comparatif à celui de superlatif : celui qui est plus grand [que les autres] ; d'où : le plus grand de tous. Comp. aussi Luc.9.48. - Cette parole, dont l'authenticité est à l'abri de tout soupçon, montre combien Jésus avait la conscience d'apporter sur la terre un principe de vie supérieur à ce qu'il y avait de plus élevé dans le judaïsme.
2o v. 29-35. L'insuccès final du ministère de Jean.