Il y a une condition pour que notre parole ait une bonne influence sur le prochain, c'est que nous soyons bons nous-mêmes. Autrement le cœur impénitent, inconverti, non sanctifié, percera à travers tous les appels à la repentance, à la conversion et à la sanctification. Les fruits de l'arbre sont, dans ce passage, les fruits de notre travail chez les autres. L'homme orgueilleux prêchera sans succès l'humilité, l'homme égoïste la charité ; la vertu intérieure manquera à cet enseignement. L'arbre gâté (σαπρόν) est celui qui a la maladie du chancre, et dont les sucs sont incapables de produire des fruits savoureux. - La liaison de v. 43 à 44 est celle-ci : « Ce fait est si vrai que chacun conclut, sans hésiter, de l'espèce d'un arbre à son fruit. » - On voit souvent en Palestine, derrière les haies d'épines et de ronces, des figuiers tout enguirlandés des jets grimpants de ceps de vigne[1] - Le v. 45 formule le principe général sur lequel repose tout ce qui précède. La parole est la communication la plus immédiate de l'être. Un homme veut-il réformer les autres par sa parole, qu'il se réforme intérieurement lui-même ! Jésus n'a déposé dans sa parole le principe de la transformation du monde que parce qu'il a été lui-même l'homme parfaitement bon. A ses disciples de continuer son œuvre par cette méthode, contrepied de celle des pharisiens. - Un passage analogue se trouve dans Matthieu, à la fin du sermon sur la montagne (7.15-20). Là Jésus exhorte ses auditeurs à se garder des faux prophètes, qui se trahissent comme tels par leurs mauvais fruits. Ces faux prophètes peuvent bien être, dans ce précepte comme dans celui de Luc, les pharisiens (comp. notre v. 26). Mais leurs fruits sont certainement, chez Matthieu, leurs propres œuvres morales, leur orgueil, leur avarice, leur hypocrisie, et non les effets produits par leur ministère, comme dans Luc. En échange, nous trouvons dans Matth.12.33-35 un passage tout semblable au nôtre, quant au sens. Ici, les fruits de l'arbre sont évidemment, comme dans Luc, les paroles elles-mêmes, bonnes ou mauvaises par leur nature et leur action. Ne résulte-t-il pas de là que c'est ce morceau qui est le vrai parallèle du nôtre, et que celui que Matthieu a introduit dans le sermon sur la montagne est une importation provenant probablement de ce que la même image (celle des arbres et des fruits) avait été employée par Jésus dans les deux cas ?
Jésus s'est élevé par degrés des conditions élémentaires de la vie chrétienne à cette vie elle-même, il en a décrit les manifestations (v. 27-30), le principe, le caractère propre et le modèle (v. 31-36), enfin l'action sur le monde (v. 37-45). De ses disciples renouvelés par l'amour, il veut faire les régénérateurs du genre humain. Il ne lui reste plus qu'à clore ce discours d'inauguration.
3. - Versets 46-49 : La sanction.
C'est ici, si l'on peut ainsi dire, la péroraison. Le Seigneur recommande aux siens, au nom de leur propre intérêt, la mise en pratique fidèle du nouveau principe de conduite qu'il vient de poser, et auquel ils adhèrent par l'intelligence.
Notes
[1] Konrad Furrer, Die Bedeutung der biblischen Geographie fur die bibl. Exégèse, p. 34.