Assurément, dans l'exécution de cette grave mesure, Jésus se mit sous la direction divine comme il l'avait fait quant à la mesure elle-même. La foule des disciples avait passé la nuit non loin du sommet où Jésus s'était retiré. Durant ce long recueillement, il les avait tous présentés à son Père individuellement, afin qu'il lui désignât lui-même ceux dont il devait faire les dépositaires du salut du monde. Lorsqu'enfin il eut obtenu une parfaite clarté, vers le matin, il les appela tous auprès de lui, et il accomplit l'élection ainsi préparée. L'idée de Schleiermacher, que cette élection n'avait rien de permanent et se rapportait uniquement à la circonstance présente, est incompatible avec le récit de Marc, avec la parole de Jean.6.70 : « Ne vous ai-je pas choisis, vous douze ? » et avec la nomination de Matthias (Actes.1) qui prouve que les Douze formaient un corps bien connu et complet, dont les membres ne s'étaient pas seulement groupés spontanément autour de Jésus, mais avaient été expressément désignés par lui. Comp. Matth.19.28 ; Apoc.21.14. Comme le dit Hase, « c'est sur ce faisceau des apôtres qu'est fondée la chrétienté. » - L'aoriste ὠνόμασε, il nomma, ne dit pas que le Seigneur leur donna ce titre en ce moment même. Comp. le ὠνόμασε relatif à Pierre. Mais il est pourtant naturel de penser que ce titre leur fut donné pour la première fois au moment où Jésus les distingua positivement des autres disciples. - Pour ce titre, comp. Jean.17.18 ; 20.21 ; Matth.19.20 ; Act.1.8. Il ne faudrait pas conclure de ces passages que la fonction d'apôtres se réduit à celle de témoins. Le terme même d'apôtres exprime davantage ; comp. 2Cor.5.20 : « Nous sommes ambassadeurs de Christ… ; et nous vous supplions d'être réconciliés avec Dieu. » Et quand Jésus dit : « Je te prie pour ceux qui croiront en moi par leur parole, » cette expression : leur parole, comprend autre chose encore que le simple récit des faits et gestes de Jésus. - Le καί, aussi, devant ὠνόμασε signifie qu'à l'acte d'élection Jésus lui même ajouta le titre. Le relief si marqué donné par Luc au fait de l'élection des Douze est la meilleure réfutation de la critique de mauvais aloi qui l'accuse de chercher à dénigrer les Douze.
D'après Keim (t. II, p. 203), l'élection des Douze n'aurait eu lieu que beaucoup plus tard, au moment de leur première mission, 9.1 et suiv. ; comp. Matth.10.1 et suiv - Mais le préambule même de ce récit chez Matthieu (Matt.10.1) : « Et ayant appelé à lui les douze disciples, il leur donna…, » implique leur nomination comme un fait déjà accompli à ce moment-là. Nous avons reconnu, d'ailleurs, combien cette mesure s'adaptait naturellement au point où le développement de l'œuvre de Jésus était maintenant parvenu.