Le mot connaissant indique non une aperception de l'ouïe, mais une intuition de l'esprit (Jean.2.25). - Jésus ne veut pas dire qu'il est plus aisé de guérir que de pardonner, mais qu'il est plus facile d'être convaincu d'imposture quand on prétend guérir miraculeusement que quand on s'arroge à tort le droit de pardonner. Le sens est : Vous dites que ce sont de vains mots que ceux-ci : « Tes péchés le sont pardonnés ; » eh bien, nous allons voir si ce sera aussi un vain mot que celui-ci : « Lève-toi et marche. »
Verset 24. La construction de la phrase a, si l'on veut, quelque chose d'incorrect ; mais elle est très dramatique. Le verbe principal dont dépend le : afin que vous sachiez, n'est pas : il dit au paralytique, qui est une parenthèse. Ce serait plutôt le σοὶ λέγω, je te dis ; mais c'est en réalité l'acte même que Jésus ordonne au malade et qui, exécuté par lui sur-le-champ en face de tous, leur fera savoir ce qu'ils ont besoin d'apprendre. Il faut se représenter un moment de silence solennel entre la fin de la proposition subordonnée commençant par le afin que et l'ordre : je te dis. Moment d'attente précédant l'épreuve décisive et que le narrateur a rempli par la parenthèse : il dit au paralytique. Cette forme très originale et absolument prise sur le fait se retrouve dans les trois récits ; elle appartenait évidemment à l'histoire authentique et s'était ineffaçablement empreinte dans la tradition. La guérison annoncée, si elle se réalisait, prenait par là le caractère d'une irrésistible démonstration. - Par le mot sur la terre Jésus se déclare le lieutenant ici-bas de Celui qui pardonne dans le ciel. Il faut lire comme d'ordinaire plutôt ἔγειρε qu'ἔγειραι. La leçon παραλυτικῷ pourrait provenir des parallèles ; mais le παραλελυμένῳ peut aussi provenir du v. 28. - Il y a un accent de triomphe dans ces mots : « Prends ton petit lit et va. » Il doit, porter maintenant ce grabat qui l'a si longtemps porté.
C'est pour la première fois que nous rencontrons dans Luc le nom par lequel Jésus s'est désigné de préférence, pendant son séjour terrestre, pour éviter de parler de lui-même à la première personne et pour rappeler constamment aux hommes mes ce qu'il était pour eux, le nom de Fils de l'homme. Il y a deux manières de comprendre l'origine de ce nom. La plupart des exégètes anciens et modernes pensent que Jésus l'a tiré du fameux passage Daniel.7.13-14. Le prophète voit apparaître le Messie sous la forme d'un fils d'homme (en opposition aux quatre animaux qui ont figuré les monarchies humaines) ; il vient sur les nuées du ciel et la souveraineté universelle lui est donnée. Cette prophétie avait frappé l'imagination juive au point que les rabbins désignaient le Messie du nom de Anani, l'homme des nuées. Je pense aussi que dans la circonstance solennelle où, le dernier jour de sa vie, Jésus a répondu au grand sacrificateur devant le Sanhédrin, Matth.26.64, il n'a pas prononcé le nom de Fils de l'homme sans penser à cette parole de Daniel. Il y était naturellement conduit par la portée eschatologique de sa réponse où il annonçait la scène même décrite Dan.7, celle de son glorieux retour. Mais c'est une autre question de savoir si ce passage peut expliquer l'origine de cette dénomination et son emploi dès le commencement du ministère de Jésus. Aurait-il voulu se désigner dès le début comme le Messie ? Mais nous savons qu'au contraire il évitait de s'attribuer devant le peuple ce titre dont le sens était faussé par l'imagination juive. Or par une telle allusion à Daniel il aurait précisément affiché cette prétention à la royauté universelle qu'il répudiait. Jésus n'était pas un esclave de la lettre. Ce n'est pas du code légal ou prophétique, c'est des profondeurs de son propre cœur qu'il a tiré le nom sous lequel il s'est le plus habituellement présenté à ses frères. Dans le titre de Fils de Dieu reçu au baptême, était renfermée sa relation avec Dieu ; dans celui de Fils de David, sa relation avec Israël. Son troisième titre, celui de Fils de l'homme, fut celui qui jaillit, spontanément de sa pensée et de son cœur quand il voulut exprimer sa relation avec l'humanité en général. Le terme de fils d'homme désigne dans l'Ecriture un vrai descendant et représentant de la race humaine ; comp. Ps.8.5 ; Ez.37.3,9,11. Avec l'article (« le fils de l'homme »), cette expression ne peut désigner que le descendant par excellence, le représentant normal de cette race : un vrai et en même temps le vrai homme. S'appeler ainsi, c'était bien se dire le Christ, mais implicitement ; c'était le dire de la seule manière dont Jésus pût le dire alors. C'était en même temps donner essor au sentiment d'amour par lequel il embrassait dans son cœur toute la race dont il avait fait sa famille. C'était se désigner à chaque fois comme notre frère. Je renvoie pour de plus amples développements à mon Commentaire sur l'évangile de Jean, II, p. 199-205. J'ajoute que le dernier essai publié sur le sens de ce nom (Die Selbstbezeichnung Jesu als des Menschensohnes, 1886, par Usteri) ne me paraît pas avoir avancé la solution de la question. L'auteur pense que ce titre désigne Jésus au point de vue non de sa personne, mais de sa fonction. Il ne se rapporte point à sa nature humaine, mais uniquement à son office de Sauveur de l'humanité. Que cette notion soit renfermée, comme conséquence, dans ce titre tel que je le comprends, je l'affirme sans hésiter ; le vrai représentant de l'humanité doit devenir aussi son Goël, son défenseur, son avocat, son Sauveur. Mais le terme de Fils se rapporte avant tout et nécessairement à la nature de la personne, non à la charge.
Versets 25 et 26. L'effet produit :