Le récit de Marc a conservé d'une manière beaucoup plus pittoresque le ton sévère et même menaçant avec lequel furent donnés cet ordre et cette défense. Weiss et Holtzmann ont conclu du terme ἐξέβαλεν, il le poussa dehors, dans cet évangile, que la scène se passait dans une synagogue ou dans une maison. Mais l'emploi du terme ἐξέβαλλειν Marc.1.12 (où il s'agit de l'impulsion de l'Esprit chassant Jésus au désert), montre que cette conclusion est mal fondée ; elle contredit d'ailleurs ouvertement le récit de Matthieu. Le hors de se rapporte au cercle qui entourait Jésus.
La brusque transition du discours indirect au discours direct distingue le récit de Luc ; elle met en relation étroite la défense de divulguer le fait et l'ordre de se rendre auprès du sacrificateur. On a supposé que Jésus craignait que la nouvelle du fait ne parvint aux sacrificateurs avant le lépreux lui-même et qu'ils ne refusassent par haine pour Jésus de reconnaître la réalité de la guérison. Mais le mot de la fin : en témoignage pour eux, ne s'explique pas dans ce sens. On a motivé aussi cette défense de parler en disant que Jésus désirait que le lépreux conservât dans le recueillement l'impression de ce bienfait divin (Keil), ou qu'il craignait d'augmenter l'effervescence produite dans le peuple par ses miracles ou d'accroître la prépondérance de cet élément dans son activité publique (Bleek). Mais on ne comprend pas bien non plus à ce point de vue les derniers mots et la relation si étroite qu'établit la forme de Luc entre l'ordre et la défense. Tout s'explique aisément si l'on admet, que la chose essentielle était pour Jésus l'accomplissement de l'obligation légale, imposée au lépreux par sa guérison. Jésus craint que s'il s'arrête en route et se met à discourir à droite et à gauche, il ne néglige ce devoir, négligence qui pourrait lui être imputée à lui-même et fournir un prétexte pour l'accuser de mépriser la loi. Il faut bien que déjà alors des griefs de ce genre se fissent entendre à son sujet. Dans le sermon sur la montagne, il se croit obligé de les repousser en disant : « : Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ; je suis venu pour l'accomplir » (Matth.5.17). Et les derniers mots : pour que cela soit pour eux un témoignage, reçoivent ainsi une signification toute simple. Le αὐτοῖς, leur, se rapporte aux sacrificateurs. Le témoignage est la preuve que l'offrande du lépreux leur donnera du respect de Jésus pour la législation mosaïque. Il est beaucoup moins naturel de rapporter le αὐτοῖς au peuple qui apprendra par la déclaration du sacrificateur et l'offrande du lépreux que celui-ci est réellement guéri et que l'on peut renouer avec lui les relations sociales, ou que d'appliquer avec Gerlach cette idée de témoignage à la preuve que cette guérison donnera aux sacrificateurs de la puissance miraculeuse de Jésus.
Cette parole remarquable de Jésus prouve qu'il se sentait déjà l'objet de graves inculpations à Jérusalem. Le IVe évangile nous explique cette situation anormale. L'hostilité du parti régnant commençait à se porter de Jean sur Jésus (Jean.4.1). A la suite du séjour de celui-ci en Judée, qui doit se placer peu après la vocation des quatre disciples, puis du voyage à la fête de Purim qui avait suivi de près (Jean.5), où Jésus avait été accusé de violer le sabbat et où il avait dû protester solennellement de son respect pour Moïse, l'animosité contre lui s'était tellement accrue qu'on avait déjà parlé de se défaire de lui. Ces circonstances non mentionnées par la tradition doivent se placer entre les v. 11 et 12. - D'après Marc, le lépreux ne tint aucun compte de la défense de Jésus et par cette désobéissance entrava son œuvre en Galilée.
Les trois récits ne peuvent dériver d'une même source écrite ou l'un de l'autre, non seulement à cause de la place différente qu'ils occupent et des détails particuliers que chacun renferme, mais surtout à cause du contraste entre l'identité des paroles mises dans la bouche des interlocuteurs et les différences dans le cadre historique. Cette relation ne s'accorde pas avec le procédé de copie.
Versets 15 et 16. Coup d'œil historique :