Nous rencontrons ici un de ces moments dans la vie du Seigneur où la puissance miraculeuse se déployait avec une richesse particulière (6.19). Un rythme semblable se retrouve dans la vie des apôtres ; comp. pour Pierre Act.5.15-16 ; pour Paul Act.19.11-12. - Les trois synoptiques racontent ici à peu près identiquement, tant le souvenir de cette soirée s'était fortement empreint dans la tradition. - Le terme se couchait (on traduit à tort « était couché ») montre l'impatience avec laquelle ce moment était attendu, non parce que c'était celui de la fraîcheur, ainsi qu'on se l'est figuré, mais parce que c'était la fin du sabbat, et que dès ce moment on pouvait apporter les malades sans violer la loi ; comp. Jean.5.10.
Luc dit : « Comme le soleil se couchait, » Matthieu : « Le soir étant venu, » Marc : « Le soir étant venu, lorsque le soleil fut couché. » C'est en partant de ce fait et d'autres semblables, que Griesbach, de Wette et Bleek ont affirmé la dépendance de Marc relativement aux deux autres. Mais si Marc était un conservateur si scrupuleux du texte de ses devanciers, comment retrancherait-il des pages entières de leurs écrits ! Nous reconnaissons ici le caractère un peu prolixe du style de Marc qui se retrouve dans tout son évangile, et cela même dans les passages où rien ne peut le motiver dans les deux autres récits. Dans ce cas-ci, la mention du coucher du soleil se rapporte au jour férié, celle de la venue du soir au jour naturel.
Les deux autres synoptiques ne parlent pas de l'imposition des mains. Luc ne peut l'avoir ajoutée de son propre chef ; il a donc sa source particulière. Cet acte est le symbole d'une transmission, soit de celle d'une charge (Moïse et Josué Deut.34.9 ; Nomb.8.10 ; 1Tim.5.22, etc.), soit de celle d'une bénédiction (Gen.48.14, etc.) ou d'une coulpe (Lév.4.4,15,24) ou d'un don (2Tim.1.6) ou même, comme ici, d'une force physique (Act.9.17, etc.). Jésus eût certainement pu guérir par une parole (7.6-10) ou même par un simple acte de volonté (Jean IV, 50). Mais d'abord il y a quelque chose de profondément humain dans cet acte de poser sa main sur la tête de celui à qui l'on veut faire du bien. C'est un geste de tendresse, le signe de la communication bienfaisante que le cœur désire. Puis ce symbole pouvait être moralement nécessaire. Chaque fois que Jésus se sert d'un moyen matériel pour opérer une guérison, depuis le son de sa voix jusqu'à la boue faite avec sa salive, son but est d'établir, sous la forme qui convient le mieux au cas donné, un lien personnel entre le malade et lui ; car il veut non seulement guérir, mais ramener à Dieu, et cela en liant la conscience du malade à sa personne, organe de la grâce divine au sein de l'humanité. C'est ce but moral qui explique la diversité des moyens employés. Si c'étaient des moyens curatifs, dans le genre des passes magnétiques, par exemple, ils ne pourraient varier autant. Mais, comme ils s'adressent au cœur du malade, Jésus les choisit en tenant compte du caractère ou de la position. Avec un sourd-muet, il mettra les doigts dans ses oreilles ; il oindra de sa salive les yeux d'un aveugle, etc. La guérison se présente ainsi au cœur des malades comme une émanation de sa personne et les attache à lui par un lien indissoluble. Leur vie restaurée devient une dépendance de la sienne. - La répétition de l'acte de l'imposition pour chaque malade a le même but : celui de leur donner un signe de sympathie absolument personnelle et de les placer sous l'influence morale et physique de l'homme qui accomplit cet acte symbolique à leur égard. On peut certainement préférer la leçon de B D ἐπιτιθείς ἐθεράπευεν, « imposant… il guérissait ; » c'est-à-dire qu'il continuait à guérir autant qu'il arrivait de malades. L'imparfait suivant ἐξήργχετο parle en sa faveur ; mais l'aoriste de la leçon byz. indique plus simplement l'acte consommé.
Verset 41. Les démoniaques forment, comme à l'ordinaire, une catégorie à part. Ce sont aussi des malades ; il faut une altération physico-psychique pour donner accès à l'influence diabolique. Les alex. omettent les mots ὁ Χριστός, le Christ ; avec raison. Ils sont tirés de la fin du verset. Ce sont les foules elles-mêmes qui traduisent le terme de Fils de Dieu en celui de Christ qui leur est plus familier. - Il y a chez les démoniaques un pressentiment de la nature supérieure de Jésus. Celui qui avait été guéri dans la synagogue, avait exprimé par le terme de saint de Dieu le saisissement que lui faisait éprouver la personne et l'enseignement de Jésus. Le titre de Fils de Dieu procède d'une impression analogue ; car le trait essentiel de la nature divine, c'est la sainteté. Les démons reconnaissent à la sainteté de Jésus le représentant visible de Celui devant qui ils tremblent, et cette exclamation est comme une anticipation de l'adoration forcée qu'ils lui rendront un jour (Philip.2.10). Aussi Jésus ne peut-il accepter cet hommage, arraché par la crainte. On pourrait supposer que les démons, en s'écriant de la sorte, avaient pour but de compromettre Jésus soit en excitant une effervescence dangereuse dans le peuple, soit en faisant croire à un lien de solidarité entre l'œuvre de Jésus et la leur. Jésus devait d'autant plus énergiquement dans ce cas séparer sa cause de la leur.
4o Versets 42 à 44 : La sortie matinale.