Cette menace les exaspère, d'abord parce qu'il se compare à un Elie et un Elisée, et ensuite parce qu'il les assimile au peuple idolâtre des dix-tribus. - On montre aujourd'hui, à quarante minutes de Nazareth, du côté du sud-est, une paroi de rochers de 80 pieds de hauteur, de 300, si l'on y ajoute une seconde pente qui se trouve un peu au-dessous et qui descend jusque dans la plaine d'Esdraélon ; c'est là que la tradition place cette scène. Mais, d'après Robinson, cette tradition est peu ancienne ; elle est opposée à l'expression : sur laquelle leur ville était bâtie. Il est plus naturel de penser à une paroi de rocher à pic de 40 à 50 pieds de haut qui se trouve sur la pente même sur laquelle est bâtie la ville actuelle de Nazareth. La leçon byz. εἰς τό, afin de, est peut-être une correction du ὥστε, de manière à pouvoir, des alex. - Il n'y a aucune raison de voir un miracle dans la manière dont Jésus s'éloigna. La majesté de sa personne et la fermeté de son regard imposèrent à ces furieux. L'histoire raconte plusieurs traits semblables. Néanmoins on peut bien dire avec un critique : « Voilà le miracle qu'il leur laissa, faute d'autre. »
La plupart des critiques modernes envisagent cette visite à Nazareth comme identique avec celle qui est racontée Matth.13 et Marc.6.. En plaçant ici ce récit, Luc aurait voulu soit expliquer ce qui avait engagé Jésus à s'établir non à Nazareth, mais à Capernaüm (Bleek, Weizsæcker), soit donner dès le commencement de son livre le programme moral de l'histoire qui va suivre, en annonçant le rejet de Jésus par les Juifs et la vocation des païens (Holtzmann et d'autres). On allègue : 1o deux paroles qui se retrouvent dans les deux autres récits : N'est-ce pas ici le fils de Joseph ? et la maxime proverbiale du v. 24 ; 2o la parole que Jésus met dans la bouche de ses auditeurs, v. 23, sur les miracles faits à Capernaüm, qui montre que notre récit est placé trop tôt chez Luc ; 3o l'absence de miracles expressément mentionnée dans les deux récits et qui les identifie naturellement. - Mais 1o cette absence de miracles n'est pas complète chez Matthieu et Marc ; comp. chez le premier Matt.13.58, et chez le second Marc.6.5. Or, où placer dans le récit de Luc ces quelques guérisons ? Avant la prédication dans la synagogue ? Mais comment pourrait-on reprocher à Jésus de ne pas faire de miracles pour sa ville natale (v. 23) ? Après la prédication ? La scène de violence racontée par Luc ne le permet pas. Si donc ces guérisons ont réellement eu lieu, ce ne peut être dans la visite racontée par Luc. 2o Chez Matthieu et Marc, tout se termine paisiblement ; pas un mot qui laisse soupçonner une tentative de faire mourir Jésus. 3o Chez ces deux évangélistes, la visite à Nazareth se place au point culminant du ministère galiléen. Luc, qui a promis décrire par ordre (1.3), se serait-il permis de déplacer arbitrairement et dans une intention systématique un pareil récit ? N'est-il pas très naturel, au contraire, qu'après un certain temps de ministère en Galilée, Jésus soit venu, comme le raconte Luc, visiter une première fois Nazareth et qu'après cette tentative malheureuse il en ait fait plus tard une seconde, avant de quitter définitivement la contrée ? Il est clair aussi que, dans ce cas, la seconde rencontre a dû être moins violente que la première. On était déjà familiarisé avec le rôle prophétique de Jésus. Cette opinion n'est pas seulement celle d'Ebrard et de Keil ; c'est aussi celle d'Ewald, de Meyer et de Hase. Celui-ci s'exprime ainsi : « Il est certainement possible que Jésus ait fait un second essai dans sa ville natale. Luc a placé avec raison la visite à Nazareth au commencement. » Si ce savant ajoute : « quoiqu'elle n'ait eu lieu qu'après la guérison du démoniaque de Capernaüm » (v. 33 et suiv.), c'est là une fausse conclusion qu'il tire du v. 23 et une contradiction impossible qu'il attribue à tort au récit de Luc. Quant aux paroles qui se retrouvent à peu près les mêmes dans les deux récits, peut-être ont-elles été prononcées plus d'une fois dans des occasions toutes semblables ; peut-être aussi la tradition avait-elle transposé quelques détails d'une scène dans l'autre. - Weiss ne peut s'empêcher de reconnaître que, dans ce récit, Luc emploie une source particulière.
Ce récit de Luc ne renferme aucune trace de la présence de la mère et des frères de Jésus à Nazareth. Cela est tout à fait conforme aux récits de Matthieu.4.13 et de Jean.2.12, qui nous montrent Jésus allant avec sa mère et ses frères s'établir à Capernaüm immédiatement après son premier retour de Judée. C'est ce que suppose également le récit de la visite à Nazareth dans les évangiles de Matthieu et de Marc. En effet, les habitants de Nazareth ne parlent que des sœurs de Jésus comme vivant encore au milieu d'eux (Marc.6.3 ; Matth.13.56) ; elles étaient donc seules restées à Nazareth, où elles étaient probablement mariées.
2. Versets 31 à 44 : Court séjour à Capernaüm.
Quatre sections :
- La guérison d'un démoniaque (v. 31-37) ;
- Celle de la belle-mère de Pierre (v. 38-39) ;
- Nombreuses guérisons dans la soirée de ce jour (v. 40-42) ;
- Sortie matinale de Jésus (v. 43-44).
1o Guérison du démoniaque (v. 31-37).