Cette première série de vingt noms remonte de Jésus à la captivité de Babylone. Pour le même temps, Matthieu n'en a que quatorze. Comme Matthieu omet dans la période des rois quatre noms parfaitement, connus par l'A. T., il est probable qu'il en agit de même pour celle-ci, soit par omission involontaire, soit en vue du nombre 14 qu'il veut atteindre (1.17). Cette comparaison est propre à nous faire apprécier l'exactitude du registre de Luc, qui est d'ailleurs confirmée par le fait que, en comptant vingt-huit à trente ans par génération, nous arrivons précisément avec vingt noms à remplir le temps, de plus de cinq siècles, qui sépare la mort de Jéchonias de la naissance de Jésus.
Mais une difficulté se présente. Comment les noms de Zorobabel et de Salathiel peuvent-ils se rencontrer, liés de la même manière l'un à l'autre, dans les deux généalogies ? En d'autres termes, comment Salathiel peut-il avoir pour père, chez Luc Néri, et chez Matthieu le roi Jéchonias ? On a pensé que ces deux noms devaient désigner, dans les deux généalogies, des personnages différents ; c'est ce que croient. Bleek et Wieseler. Le Zorobabel et le Salathiel de Luc seraient deux personnages ignorés de la branche royale issue de Nathan, tandis que le Salathiel et le Zorobabel de Matthieu seraient les deux personnages bien connus par l'A. T., appartenant à la branche régnante ; le premier, fils, le second, petit-fils du roi Jéchonias (1Chron.3.17 ; Esdr.3.2 ; Agg.1.1). Mais cette opinion rencontre une objection grave dans le fait que ces deux noms se rapportent, dans les deux listes, assez exactement à la même époque ; car tous deux se trouvent à peu près à mi-distance entre David et Jésus. Les généalogies à cette époque présentent beaucoup d'inexactitudes, ce qui tenait sans doute à la difficulté de tenir des registres durant la captivité. De là peut-être la difficulté que présentent ces deux noms. Si l'on veut essayer de la résoudre avec les moyens que nous possédons, il faut sans doute partir du passage 1Chron.3.17. Le voici littéralement traduit : « Et les fils de Jéchonias, Asir, Salathiel, son fils, et Malchiram et Pédaïa… » Asir signifiant prisonnier, on peut y voir une épithète donnée à Jéchonias, qui vécut en prison pendant trente-sept ans, et ne faire commencer l'énumération de ses fils qu'avec le nom de Salathiel ; le titre son fils signifierait : son fils par excellence, son héritier. Mais on peut prendre aussi le mot Asir comme nom propre (Ex.6.24) ; ce serait le nom du fils aîné de Jéchonias, rappelant l'état de captivité dans lequel il était né ; puis viendraient, comme une parenthèse, les mots relatifs à Salathiel : « Et Salathiel a été son fils » (le fils d'Asir) ; et enfin suivrait l'énumération des six autres fils de Jéchonias, les frères d'Asir (Malchiram, Pédaïa, etc.). Pour expliquer dans ce cas comment Salathiel est désigné par Luc comme fils de Néri, et non d'Asir, il faut admettre qu'il était bien fils de Néri, mais qu'il avait épousé la fille d'Asir, mort sans enfant mâle, et qu'il était ainsi devenu son fils et son héritier, représentant de la famille royale ; comp. les lois Nomb.27.8 ; 36.8-9. Quant à Zorobabel, nommé par Luc et Matthieu comme fils de Salathiel, il est désigné 1Chron.3.19 comme fils de Pédaïa, qui, d'après notre interprétation de 1Chron.3.17, était fils de Jéchonias et oncle de Salathiel. Zorobabel, fils de ce Pédaïa, fut sans doute adopté par Salathiel, son cousin, dont aucun descendant n'est indiqué, ou bien il devint son gendre. En tout cas, il fut après lui le dépositaire de l'autorité royale et fonctionna comme tel au retour de la captivité. - On est encore frappé de trouver au v. 27 le nom de Rhésa comme celui d'un fils de Zorobabel. Les enfants de celui-ci nommés 1Chron.3.19 sont Meschullam, Chanania et leur sœur Schelomith. On peut supposer soit que Zorobabel a eu d'autres enfants non mentionnés dans la liste des Chroniques, ou bien que Rhésa est un petit-fils de Zorobabel, probablement par sa fille, puisque les enfants des deux frères sont mentionnés 1Chron.3.20-21 et que le nom de Rhésa ne se trouve pas parmi eux. Bleek fait remarquer avec justesse que, si cette liste avait été fabriquée par l'évangéliste, il aurait employé l'un des deux noms indiqués par le texte sacré comme ceux des fils de Zorobabel. Cette observation s'applique également à Matthieu, qui donne pour fils à Zorobabel un Abiud que ne mentionnent pas les listes des Chroniques.
Entre la captivité et David :