Ce morceau est commun aux trois synoptiques. Mais le préambule, v. 15, est propre à Luc ; c'est un tableau court et frappant de la fermentation générale et de la vive attente excitée par le ministère de Jean. Le participe προσδοκῶντος, attendant, n'a pas pour objet, comme le pense Meyer, la réponse que le peuple attendait de Jean touchant sa personne. Ce participe est absolu : « tout le peuple étant dans l'attente. » Tous se demandaient ce qu'annonçaient cette apparition et cette prédication extraordinaires. - L'attente du Messie était vivante dans le cœur du peuple, surtout depuis la domination romaine ; il avait suffi de cette étincelle pour la faire éclater.
Verset 16. La leçon byz. ἅπασι me paraît devoir être préférée, d'abord parce que cet adjectif est plus rare que πᾶσι, puis parce qu'elle répond mieux à la solennité de ce moment. - La déclaration ici rapportée n'est point la même que celle de Jean.1.26-37. Car celle-ci n'a été prononcée qu'à la suite du baptême du Seigneur et lorsque déjà Jésus était connu de Jean comme le Messie. - Jean déclare ici deux choses : d'abord, qu'il n'est pas le Messie, puis que le Messie le suivra de près. L'article ὁ devant ἰσχυρότερος désigne le Messie comme un personnage universellement connu et attendu. Le comparatif plus fort s'explique par l'opposition entre eau et Esprit. - C'était un office d'esclave que de délier les sandales du maître quand il rentrait (Marc, Luc et Jean), ou bien de les lui apporter (βαστάσαι, Matthieu) quand il se disposait à sortir. Marc fait encore mieux ressortir la bassesse de cet office par le mot κύψας, en se courbant. - Le mot ἱκανός, capable, s'applique ici à la dignité morale ; il en est de même 7.6 ; 1Cor.15.9. - Le pronom αὐτός relève fortement la personne du Messie, en opposition à celle de son précurseur. - La préposition ἐν, omise devant ὕδατι, l'eau, est employée devant πνεύματι, l'Esprit. C'est que l'eau est un simple moyen ; le datif suffisait. Mais l'Esprit n'est pas un moyen, c'est un libre agent : on baptise avec l'eau, non avec l'Esprit. - Hofmann fait remarquer que, si le terme de baptême eût impliqué l'idée d'un plongement complet, la préposition ἐν, dans le sens de dans, n'eût pu manquer devant ὕδατι, l'eau. - L'eau est le symbole de la purification objective par le pardon ; l'Esprit opère la purification intérieure, réelle, par la sanctification. Si cette seconde purification ne venait s'ajouter à la première, celle-ci serait bientôt annulée par le maintien de la domination du péché. C'est au Messie qu'est réservé le don de l'Esprit qui consomme le salut.
Au terme d'Esprit Jean ajoute celui de feu. Les interprètes modernes appliquent en général cette seconde image au feu des v. 9 et 17, celui du jugement divin. Il y aurait ainsi contraste entre les deux termes Esprit et, feu. Mais dans ce cas, la préposition ἐν et l'article τῷ ne pourraient manquer devant le second substantif. Etroitement unis, comme le sont ces deux termes, sous l'action de la même préposition et du même article, ils ne peuvent différer que par une nuance[1]. Et cette nuance est aisée à saisir. L'Esprit, le souffle divin régénérateur, s'empare de toute faculté susceptible de servir au bien chez l'homme pardonné, afin de la conserver en la consacrant à Dieu. Le feu désigne aussi l'Esprit, mais au point de vue de son œuvre négative, la destruction chez le fidèle de tout ce qui entraverait la consécration du nouvel homme, de tout ce qui doit périr. Le feu représente donc bien un jugement, mais le jugement bienfaisant qui accompagne la sanctification et complète le salut. Le feu est opposé ici, non à l'Esprit, mais à l'eau. Quant au feu du v. 17, c'est l'image du jugement qui détruira ceux qui se seront soustraits à l'action de ce feu salutaire ; aussi est-il expressément distingué de celui-ci par l'épithète d'ἄσβεστον, qui ne s'éteint point.
Verset 17. L'aire, chez les anciens, était une place découverte où le blé étendu sur un sol durci était foulé par des bœufs ou par un traîneau attelé de bœufs. Après le vannage, le froment était recueilli dans le grenier et la paille brûlée sur place. L'aire, dans la pensée de Jean, représente le royaume de Dieu que doit réaliser le Messie ; de fait, ce sera l'Eglise, première apparition historique de ce royaume, où sera recueilli tout l'Israël croyant. - Les éditeurs et interprètes actuels se décident presque tous pour la leçon du Vaticanus et du Sinaïticus διακαθᾶραι et συναγαγεῖν, pour purifier, pour rassembler. Une circonstance cependant aurait dû rendre cette leçon suspecte. C'est que les anciennes versions (Peschito, Itala) et même les versions égyptiennes, qui marchent constamment avec le texte alexandrin, abandonnent dans ce cas ces manuscrits et présentent la leçon byzantine : διακαθαριεῖ et συνάξει, il purifiera, rassemblera. Le sens aussi aurait dû arrêter les interprètes. Le premier verbe : purifier, exprime une idée bilatérale dont les deux aspects sont énoncés dans les deux verbes suivants : rassembler (le froment), brûler (la paille). C'est là la relation naturelle qu'exprime la leçon byzantine (« il purifiera… et il rassemblera…, mais il brûlera… » Mais cette relation est effacée dans la leçon alexandrine : « Il a son van dans sa main pour purifier et rassembler… et il brûlera. » Le διά dans διακαθαριεῖ indique l'extension du triage purificateur à toutes les parties de l'aire. Sur ce jugement, voir au v. 9. Ce passage rappelle la parole de Pierre (1Pierre.4.17) : « Le jugement de Dieu commence par sa propre maison. » Le pronom αὐτοῦ trois fois répété (sa main, son aire, son grenier) identifie le Messie avec Jéhova, à qui seul, d'après tout l'A. T., appartient la théocratie ; c'est la même intuition que Mal.3.1 (son temple).
Versets 18-20 : Fin du ministère de Jean.
Notes
[1] C'est entièrement à tort que Hofmann s'élève contre cette observation on se servant d'une parole du grammairien Kühner (Gramm. p. 476) ; c'est ce que démontre fort bien Schanz.