Le καὶ ἰδού ou, et voici, annonce quelque chose d'inattendu. - Des deux voyageurs l'un portait le nom de Cléopas (v. 18). Ce nom paraît être, non, comme Κλῶπας (Jean.19.25), une reproduction du nom hébreu חלפי, mais une abréviation du nom grec Cléopatros. S'il en est ainsi, ce nom fait présumer que celui qui le portait était un prosélyte d'origine grecque. Quant à son compagnon, Théophylacte et d'autres pensent que c'était Luc lui-même, soit parce qu'il n'est point nommé, soit en raison du caractère si particulièrement dramatique du récit (comp. surtout v. 32). Luc.1.2 ne prouve rien contre cette manière de voir. Car dans ce passage l'auteur se distingue lui-même non des témoins absolument parlant, mais de ceux qui ont été témoins dès le commencement ; et ce contact d'un moment, avec Jésus ne lui eût pas donné le droit de se ranger parmi eux. Mais le coloris araméen du récit n'est-il pas contraire à cette supposition ? - Le nom Emmaüs signifie probablement « bains chauds. » C'était celui de nombreuses localités. Il n'est pas possible qu'il désigne ici, comme l'admettaient Eusèbe et Jérôme, Ammaüs (plus tard Nicopolis), aujourd'hui Amwâs, qui est situé à 180 stades (sept lieues) à l'ouest de Jérusalem du côté de Jaffa. Comment les deux pèlerins seraient-ils revenus le même jour à Jérusalem ? Cette distance d'ailleurs est plus que double de celle qu'indique Luc, à moins qu'on n'admette la variante du Sinaïticus. Sepp, Caspari (p. 207) et d'autres identifient Emmaüs avec Kolonieh, hameau situé également à l'ouest de Jérusalem, sur le chemin de Jaffa, mais à 45 stades seulement (un peu moins de deux lieues) de cette ville. C'est là, rapporte Josèphe (Bell. Jud., VII, 6, 6), que Tite assigna à huit cents vétérans de son armée le terrain nécessaire pour fonder une colonie. De là ce nom de Kolonieh qui fut substitué à celui d'Emmaüs. D'après le Talmud (Succa, IV, 5) c'était là (à « Maûza, » avec l'article : Hamaûza) que l'on allait cueillir les rameaux verts pour la fête des Tabernacles, et ailleurs il est dit que « Maûza est Kolonieh. » Cependant, comme la distance est passablement moindre que les 60 stades (2 lieues et demie) indiqués par Luc, il est probable qu'il faut chercher notre Emmaüs un peu plus loin au nord-ouest, soit avec Konder (Palest. Explor. Fund, oct. 1876) dans le hameau de Kubeibeh, au nord-ouest de Kolonieh, que les croisés envisageaient déjà comme le vrai Emmaüs de Luc, soit, avec Edersheim (II, p. 639), dans celui de Hamoza ou Beit-Mizza, qui est situé dans le charmant vallon Wady Buwaï, à moitié chemin entre Kolonieh et Kubeibeh. Le nom de Hamoza se rapproche de celui d'Emmaüs et l'on comprend ainsi l'identification établie par Josèphe et le Talmud entre Emmaüs et Kolonieh. Car la colonie militaire pouvait, aisément s'être étendue jusqu'à Hamoza qui n'est qu'à une dizaine de stades de Kolonieh. - Où s'en allaient ces deux pèlerins ? Peut-être s'en retournaient-ils, après le grand jour de la fête, dans la demeure de l'un d'eux.
Versets 15 à 17. L'arrivée de Jésus :