Le terme de πρεσβυτέριον τοῦ λαοῦ rappelle celui de οἱ πρεσβύτεροι τοῦ λαου (1Macc.1.26, etc.) et désigne non le Sanhédrin tout entier, qui serait subdivisé ensuite en deux éléments, les grands sacrificateurs et les scribes, mais uniquement les anciens proprement dits, envisagés comme corporation distincte et formant l'une des trois classes de membres de cette cour suprême de la nation. - Qu'on lise ἀνήγαγον, ils firent monter, ou ἀπήγαγον, ils emmenèrent, ce terme indique clairement un changement complet de localité. On fit passer Jésus de la demeure de Caïphe dans la salle officielle du Sanhédrin, appelée Lischkath Haggazith, que l'on place souvent dans le parvis même du temple, mais qui se trouvait probablement plus à l'ouest, à l'endroit où le pont conduisant de la ville haute à la colline du temple aboutissait au parvis, mais en dehors de celui-ci (voir Riehm, Handwörterbuch, II, p. 1596).[1] - Les derniers mots du v. 66 peuvent signifier soit : Es-tu le Christ ? [Dans ce cas] dis-le nous ! soit : Si tu es le Christ, dis-le nous ! soit : Dis-nous si tu es le Christ. - Il n'est pas possible de déterminer dans quelle mesure ce qui s'était passé la nuit (d'après Matthieu et Marc), dans la séance du Sanhédrin chez Caïphe, dut se répéter dans celle du matin. Mais rien n'empêche d'admettre que quelques traits de l'une de ces deux séances n'aient été appliqués à l'autre par la tradition et par nos évangélistes. - Il n'y avait en soi rien de blasphématoire à se dire le Christ. Cette prétention, même si elle était fausse, n'était pas attentatoire à l'honneur de Dieu. Si donc les affirmations de Jésus sur sa dignité de Messie ont pris, au jugement des Juifs, un caractère blasphématoire, c'est parce que le titre de Fils de Dieu, par lequel il s'était si souvent désigné, renfermait dans sa bouche un sens bien plus élevé que celui de Messie. Voilà pourquoi, dans la séance décrite par Matthieu et Marc, le grand-prêtre, tout en lui demandant : « Es-tu le Christ ? » a soin d'ajouter : « le Fils de Dieu ? » sachant bien que la première assertion ne pourra fournir le texte d'une accusation capitale, qu'autant qu'elle sera complétée et expliquée par la seconde. C'est ce qui ressort également avec évidence chez Luc de la gradation entre la question du v. 66 et celle du v. 70. Nous devons donc envisager la première, uniquement comme le préambule de l'interrogatoire.
Verset 67. De Wette a critiqué la réponse attribuée ici à Jésus (v. 67 et 68). La seconde alternative : Si je vous interroge, lui paraît déplacée dans la bouche d'un accusé. Mais voici la situation telle que l'établit la réponse de Jésus : « Je ne puis vous parler ni comme à des juges que je chercherais à convaincre, puisque vous êtes déjà décidés à ne pas ajouter foi à mes déclarations, ni comme à des disciples que je m'efforcerais d'instruire, puisque vous n'entreriez point en discussion loyale avec moi. » Ne les avait-il pas interrogés précédemment à deux reprises sur l'origine du baptême de Jean et sur le sens du Ps. 110 ? Et ils s'étaient toujours renfermés dans un prudent silence ! Jésus prévoit le même résultat, s'il veut entrer maintenant en discussion avec eux, comme un accusé qui veut se défendre a toujours le droit de le faire. - Les derniers mots du v. 68 indiquent les deux alternatives qui résulteraient pour eux du parti que Jésus pourrait prendre de les interroger. Ce serait soit de répondre, soit d'absoudre. Mais il sait qu'ils ne feront ni l'un ni l'autre, et que, juste ou non, sa condamnation est décidée. Les mots ἢ ἀπολύσητε, ni ne me relâcherez, qui indiquent la seconde alternative, sont omis par les alex. avec le pronom μοι qui précède. L'argumentation, telle qu'elle vient d'être exposée, est si logique, qu'elle peut difficilement avoir été prêtée à Jésus par les copistes byzantins. L'omission de ces mots dans la leçon alex. provient sans doute de la confusion des deux ητε dans la terminaison des deux verbes. Ce qui le confirme, c'est que le pronom μοι a subi le même sort.
Verset 69. Voulant en finir avec toutes ces tergiversations et hâter une décision qu'il sait être irrévocable, Jésus dépasse spontanément dans cette déclaration le contenu de la question qui lui a été posée et se déclare non seulement le Christ, mais un être participant de la gloire divine. Il fournit ainsi lui-même aux Juifs la prise dont ils avaient besoin. « Voici, veut dire Jésus, la réponse complète à votre question. C'est Dieu lui-même qui la donnera, en m'élevant, moi le pauvre Fils de l'homme que vous faites comparaître ici à votre barre, sur le trône de sa puissance. » fait allusion au tableau du jugement tracé par Daniel.7.13. Par ce mot-là, la position se trouvait simplifiée. Il ne s'agissait plus d'examiner péniblement les droits de Jésus à la dignité messianique. La prétention à la possession de la gloire divine renfermée dans l'assertion qu'il venait d'émettre et que les juges formulent aussitôt (v. 70) par le titre de Fils de Dieu, leur offre une base suffisante pour la sentence qu'ils sont pressés de porter. Seulement il faut encore faire articuler expressément, au coupable son blasphème. De la la question collective du v. 70.
Notes
[1] Nous donnons ici d'après Schürer. N. T. Zeitijesch. (1re éd. p. 417) la description d'une séance de ce tribunal. Les membres sont assis en demi-cercle de manière à pouvoir se voir mutuellement. Devant eux sont assis deux secrétaires, l'un à droite, l'autre à gauche, qui écrivent les discours des membres qui absolvent et ceux des membres qui condamnent. Devant ceux-ci sont assis sur trois rangs les disciples des sages. L'accusé paraît en vêtements de deuil. Pour la votation chacun se lève ; on commence par le plus jeune membre. Une sentence d'acquittement peut être rendue le jour même ; une sentence de condamnation ne peut l'être que le lendemain.