Pourquoi Jésus ne désigne-t-il pas nommément, l'hôte qu'il a en vue ? Il n'y a qu'une réponse : il veut que la maison où il compte célébrer le repas reste inconnue à ceux qui l'entourent. Et dans quel but ces mesures mystérieuses ? Jésus connaissait les projets de Judas ; tout le récit du repas qui va suivre le démontre. Il voulait donc, en agissant de la sorte, prévenir les empêchements que la perfidie de son disciple aurait pu lui susciter dans l'emploi de cette dernière soirée. - Entre le signe indiqué et les usages juifs, il y a peut-être une relation remarquable. Le 13 au soir précisément, avant que les étoiles parussent au ciel, chaque père de famille, d'après la coutume, devait aller à la fontaine puiser l'eau pure destinée à la confection des azymes. C'était là un vrai rite, que l'on accomplissait en prononçant ces mots : « C'est ici l'eau des pains sans levain ; » après quoi l'on allumait un flambeau, et pendant la nuit suivante, on visitait la maison, en en fouillant tous les recoins, pour en faire disparaître le moindre vestige de pain levé. Il semble donc bien y avoir un rapport entre l'usage rappelé et le signe indiqué ici aux disciples. - Weiss ne pense pas que cette parole du Seigneur doive s'expliquer par son savoir surnaturel. Selon lui, tout était convenu d'avance entre le Seigneur et le maître de la maison. Assurément Jésus devait connaître celui-ci ; autrement les expressions le Maître, mes disciples, eussent été inintelligibles pour lui ; comp. 19.34 ; et si nous ne devions conclure au savoir prophétique de Jésus que de ce seul fait, nous pourrions à la rigueur expliquer la réussite du signe ainsi convenu à l'avance d'une manière toute naturelle. Mais les autres preuves que nous avons du savoir supérieur du Seigneur (l'entretien avec la femme Samaritaine, l'annonce du reniement de Pierre avec ses détails, etc.) conduisent plutôt dans ce cas à l'interprétation surnaturelle ; celle-ci semble aussi répondre mieux à l'intention du récit. - Le terme grec ἀνώγαιον, ou ἀνώγεον (dans la forme attique ἀνώγεων, et chez les alex. ἀναγαιον), désigne ce que les Hébreux appellent l'alijah la chambre haute, qui occupe parfois une partie de la terrasse de la maison. Elle est aussi appelée ὑπερῷον ; c'est l'appartement où la famille se rassemble et où l'on se retire pour prier. Toute meublée : pourvue des divans et des tables nécessaires (le triclinium, en forme de fer à cheval). Weizsæcker traduit : pavée (gepflastert) ; mais cette épithète ainsi comprise serait sans relation avec le contexte.
Matthieu.26.18 nous a conservé, dans le message de Jésus au maître de la maison, une parole qui mérite d'être pesée avec soin : Mon temps est proche ; que, je fasse la pâque chez toi avec mes disciples. Il est difficile de comprendre la relation d'idées qui lie ces deux propositions. Comment la première motive-t-elle la demande renfermée dans la seconde ? On a vu dans ces mots : « Mon temps est proche, » un appel à la sensibilité du propriétaire : « Je vais mourir, accorde-moi ce dernier service. » Ewald comprend un peu différemment : « Bientôt je serai dans ma gloire et je pourrai te récompenser de ce service. » Ces explications sont bien forcées. Il est plus naturel de comprendre ainsi la pensée de Jésus : « Ma mort est prochaine ; demain, il sera trop tard pour moi pour célébrer la pâque ; que je la célèbre chez toi [dès ce soir] avec mes disciples. » ποιῶ n'est pas le futur attique (Bleek), mais le présent (Winer). « Que je fasse, et cela immédiatement. » Jésus s'était entendu avec le propriétaire pour user de l'appartement, mais naturellement comme pour le soir du 14 au 15, moment légal du repas pascal ; il lui annonce maintenant qu'il est obligé d'anticiper d'un jour, par la raison que son temps est proche. Cette parole nous place donc bien au soir du 13 et non à celui du 14. - L'agneau ne pouvait ce jour-là être immolé dans le temple ; mais Jésus étant excommunié avec tous ses adhérents et déjà même l'objet d'un décret d'arrestation de la part du Sanhédrin (Jean.11.53-57), il est douteux qu'en aucun cas il eût pu obtenir l'immolation rituelle de l'agneau. Il se proposait de substituer ce soir-là la nouvelle Pâque à l'ancienne : s'il avait le droit de faire ce changement, il avait à plus forte raison celui de s'affranchir de la lettre du rite quant au mode de l'immolation, d'autant plus que, d'après l'ordonnance primitive, chaque père devait immoler lui-même dans sa demeure son agneau pascal. Jésus s'affranchit en même temps de la règle quant au jour légal ; c'est qu'il était forcé de le faire par le fait que sa mort venait d'être décrétée pour le lendemain. La décision du Sanhédrin de le faire mourir avant la fête (Matth.26.5) ne lui laissait que le choix entre renoncer à cette pâque ou l'anticiper. Cette anticipation appartenait déjà à l'abolition de la fête juive, qu'il allait consommer, et à l'institution de la nouvelle Pâque, qu'il se proposait, de substituer à l'ancienne.
2o Versets 14 à 23. Le repas.
Dans ce récit sont rapportées : 1. les paroles de Jésus qui ont servi de préambule au repas, v. 14 à 18 ; 2. le repas lui-même avec l'institution de la sainte Cène, v. 19 et 20 ; 3. l'annonce de la trahison d'un des disciples, v. 21 à 23.
Versets 14 à 18. Le commencement du repas :