L'expression : tout ce qui est écrit, se rapporte à toutes les menaces de destruction faites à Israël, s'il persiste dans la résistance à son Dieu, depuis celles de Moïse (Lév.26.14 et suiv.) jusqu'à celles de Zacharie.11.1-17 et de Malachie.4.6.
Verset 23. La difficulté de la fuite dans de telles conditions. Luc omet la parole de Matthieu sur l'impossibilité de fuir en un jour de sabbat ; elle n'avait pas d'intérêt pour les lecteurs païens. - Le terme de ἡ γῆ, la terre, doit se prendre ici dans le sens restreint que nous donnons au mot : le pays. - Cela ressort des mots suivants : contre ce peuple. Saint Paul paraît faire allusion à cette parole de Jésus : colère contre ce peuple, dans les passages Rom.2.5-8 et 1Thess.2.16.
Verset 24. Plus d'un million de Juifs périrent dans cette lutte terrible, et quatre-vingt-dix-sept mille furent emmenés captifs en Egypte et dans les autres provinces de l'empire (Josèphe). Le terme πατουμένη, foulée aux pieds, indique plus que la prise de possession ; c'est l'oppression, la domination écrasante ; comp. Apoc.11.2. Dans Luc, le Seigneur annonce un terme à cet état, de choses : « l'accomplissement des temps des Gentils. » Les interprètes modernes entendent par cette expression, les uns : les temps accordés aux Gentils pour dominer sur Israël (de Wette, Bleek, Weiss) ; d'autres en général : le temps qui leur est donné pour accomplir les jugements de Dieu (Meyer, Oosterzee, Schanz), ou bien pour exister comme Gentils (Hofmann), ou enfin pour devenir eux-mêmes l'objet des jugements divins (Olshausen) ; comp. le συνοχὴ ἐθνῶν, v. 25. Mais le premier sens aboutirait à une pure tautologie : « La soumission de Jérusalem aux païens durera autant que durera l'époque de la domination des païens. » Puis le terme de καιρός, le temps opportun, a plus naturellement un sens favorable ; il désigne ordinairement le temps utile pour saisir un avantage offert ; comparez les expressions καιρὸς καρπῶν, ἐξαγοράζεσθαι τὸν καιρόν, καιρὸν ἔχειν, etc. Dans le passage 19.44, le terme καιρὸς τῆς ἐπισκοπῆς σου, « le temps où tu as été visitée, » désigne le temps où Dieu a offert le salut à Jérusalem. C'est là, me paraît-il, le pendant des καιροὶ ἐθνῶν, les temps des Gentils, dont parle ici Jésus. Si le pluriel καιροὶ est employé ici, c'est sans doute par rapport à la pluralité des périodes durant lesquelles le salut sera offert à toutes les nations païennes successivement.
C'est un lieu commun de la critique moderne, qui ne se discute pour ainsi dire plus, que Luc a introduit de son chef dans le discours de Jésus cette idée importante de la période des Gentils. On tire cette conclusion du fait que cette parole manque chez Marc et Matthieu ; et c'est ici l'une des preuves principales que l'on allègue pour démontrer la composition de notre troisième évangile après la ruine de Jérusalem. Instruit par l'expérience, Luc aurait mis dans la bouche du Seigneur une parole propre à rompre la relation trop étroite que le compte rendu des deux autres établissait entre cet événement et celui de la Parousie. - Cette opinion est une conséquence naturelle de l'hypothèse qui fait de Luc le copiste de Marc et de Matthieu ou de leurs sources. Mais depuis le commencement de notre étude nous avons constaté page après page l'originalité de Luc, non seulement dans les récits qui lui sont propres, mais aussi dans ceux qui lui sont communs avec les deux autres. Et bien souvent, dans ce dernier cas, la supériorité des sources de Luc nous a paru indéniable. Ne peut-il pas en être ainsi dans le cas qui nous occupe ? L'appel futur des Gentils à la connaissance de Jéhova et leur entrée dans son royaume était une notion qui ne pouvait être étrangère à la pensée de Jésus ; elle appartenait à l'essence de sa mission et de son œuvre ; elle remplissait les Psaumes et les écrits des prophètes. Lui-même annonce souvent ce grand fait. « Il en viendra d'Orient et d'Occident, qui seront à table avec Abraham…, tandis que les fils du royaume seront jetés dehors… » « Et voici, d'entre les premiers il y en a qui seront les derniers, et d'entre les derniers il y en a qui seront les premiers » (13.29-30). « Sors sur les chemins et le long des haies, afin que ma maison soit remplie » (14.23). « C'est pourquoi je vous dis que le royaume vous sera ôté et sera donné à une nation qui en rendra les fruits » (Matth.21.43). Comp. enfin, dans notre discours même, Matth.24.14 et Marc.13.10 : « Cet Evangile sera prêché dans toute la terre en témoignage pour les Gentils. » Ce temps d'appel réservé aux peuples païens, Jésus l'aurait-il placé dans sa pensée avant la ruine de Jérusalem ? Cela n'est pas possible, puisqu'il attendait cet événement durant le cours de la génération contemporaine (v. 32 ; 11.59). Il ne pouvait raisonnablement espérer que ses apôtres parviendraient en si peu de temps à parcourir le monde, de l'Espagne jusqu'aux Indes, des Hyperboréens du nord jusqu'aux peuples de l'Afrique méridionale. Weiss allègue que Jésus ne connaissait pas l'étendue du globe ; mais, si cela s'applique au nouveau monde et à l'Australie, il n'en est pas de même de l'Asie et de l'Afrique. Il faut remarquer d'ailleurs que Jésus ne parle pas seulement de la prédication de l'Evangile à ces peuples éloignés et nombreux, mais qu'il suppose le règne de Dieu établi chez eux et qu'il parle des fruits qu'ils rendront à Dieu (Matth.22.43) ; ce qui suppose une époque historique d'une assez longue durée. Jésus va même jusqu'à prévoir un affaiblissement et comme une disparition de la foi sur la terre à la suite de cette époque de grâce chez les Gentils (Luc.18.7) : « Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » D'ailleurs, s'il est vrai que le règne de Dieu doive être ôté aux Juifs pour être transmis aux Gentils, il suit de là que l'époque des Gentils doit succéder à la destruction et à la réjection d'Israël. Enfin, dans Marc et dans Matthieu, Jésus déclare que la date de ce jour-là (celui de son retour) lui est inconnue à lui-même (Matth.24.36 ; Marc.13.32), tandis qu'il sait que la ruine de Jérusalem aura lieu trente à quarante ans après son départ (Luc.21.32 ; Matth.24.34 ; Marc.13.30). Il devait donc, d'après cela, y avoir un intervalle d'une durée indéfinie entre ces deux événements sur l'époque desquels Jésus s'exprime si différemment, et cet intervalle est précisément le temps de grâce accordé à tous les Gentils. - Ces faits ne permettent pas d'attaquer l'authenticité de la parole que Luc met dans la bouche de Jésus au v. 24.
Nous rencontrons ici la plus grande différence entre le compte rendu de Luc et celui des deux autres synoptiques. Tandis que Luc passe directement, dès le v. 25, aux signes précurseurs de la Parousie, ce qui n'offre aucune difficulté puisque le v. 24 renferme les deux grands faits de la longue réjection d'Israël et de l'évangélisation successive de tous les peuples païens, Matthieu et Marc placent ici un passage qui annonce les séductions exercées par de faux prophètes et de faux Christs et auxquelles seront exposés les fidèles jusqu'au retour du Seigneur (Matth.24.23-28 ; Marc.13.21-23) ; le parallèle de ce passage se lit chez Luc dans le discours relatif à la Parousie (17.22-24). Au premier coup d'œil la position donnée à cet avertissement dans Matthieu et dans Marc pourrait paraître naturelle. Ce serait ici la transition de la ruine de Jérusalem à la Parousie : un état permanent de séduction auquel l'Eglise sera exposée entre ces deux événements. N'y a-t-il pas eu, en effet, durant cet intervalle, toute une série de faux Christs et de faux prophètes, soit les faux Christs que compte l'histoire d'Israël incrédule, soit le faux prophète mahométan, soit les faux docteurs dans l'Eglise elle-même ? Mais une raison péremptoire s'oppose à cette application qui justifierait si bien le compte rendu de Matthieu et de Marc et qui s'accorderait aussi avec la portée de ce passage chez Luc, où il est appliqué à l'intervalle qui précédera la Parousie : c'est que dans les versets qui suivent (v. 29 de Matthieu et 24 de Marc) les deux évangélistes reviennent évidemment à la ruine de Jérusalem pour y rattacher très directement le grand événement de la Parousie. Matth. v. 29 : « Et aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera obscurci… » Marc v. 24 : « Mais dans ces jours-là, après cette tribulation-là, le soleil… » Les mots cette tribulation font évidemment allusion à cette tribulation sans pareille dont les deux évangélistes venaient de parler à l'occasion de la ruine de Jérusalem (Matth.24.20 ; Marc.13.19). Il n'y a donc pas de place chez eux pour un long intervalle entre cette ruine et la Parousie, auquel pourrait s'appliquer le passage qu'ils placent ici ; d'où il faut conclure que cet avertissement est, dans Matthieu et dans Marc, importé là d'un contexte étranger, qui ne peut être que celui qu'indique Luc au ch. 17.
3o Versets 25-28. La Parousie.
On se demande ce qui amène Jésus à traiter ici ce sujet que n'appelait point la question des apôtres, telle que Luc l'avait formulée, v. 7, et qui avait été déjà traité dans le discours du ch. 17. La réponse est aisée. Dans l'esprit des interlocuteurs de Jésus, la ruine de Jérusalem et la destruction du temple ne pouvaient qu'être les indices de la fin des choses, de la consommation du siècle présent (voir la question telle qu'elle est formulée chez Matthieu, v. 3), de sorte que Jésus ne pouvait traiter du premier de ces événements sans indiquer au moins en quelques mots dans quelle relation il se trouvait avec l'autre. De plus, l'application morale qu'il voulait tirer de ce sujet (v. 34-36) se rattachait au fait de la Parousie plutôt qu'à celui de la ruine de Jérusalem.
Versets 25 et 26. Les signes précurseurs :