[1]Alors, que ceux qui sont en Judée s'enfuient aux montagnes, et que ceux qui demeurent dans la ville en sortent, et que ceux qui demeurent dans les campagnes n'y entrent point.
Jésus a jusqu'ici mis en garde les croyants contre les mesures précipitées. Maintenant au contraire il les avertit de ne pas se livrer aux illusions des Juifs fanatiques, qui s'imagineront que Dieu ne saurait manquer de sauver Jérusalem par un miracle : « Il n'en est rien, déclare Jésus ; à ce moment-là, dites-vous bien que c'en est fait, et que la ruine est prochaine et irrévocable. » Le signe indiqué par Luc, c'est l'investissement de Jérusalem par des armées ennemies. Luc substitue ici à l'expression primitive que nous trouvons dans Marc et Matthieu : l'abomination de la désolation, une expression désignant plus clairement les armées païennes envahissant la Terre-Sainte et y apportant la dévastation. L'expression : en lieu saint, chez Marc et Matthieu, désigne en effet le pays tout entier profané par l'occupation étrangère ; car, comme l'observe Weiss, s'il s'agissait seulement de la terrasse du temple, l'article devant τόπῳ ἁγίῳ, ne pourrait manquer. D'ailleurs il serait trop tard pour songer à la fuite une fois que la capitale serait entourée. Weiss fait également remarquer le participe masculin ἑστηκότα (vraie leçon dans Marc d'après les alex.) qui, comme construction ad sensum, prouve que Marc entendait par l'abomination de la désolation, non un objet païen quelconque profanant le temple, mais un être personnel, par conséquent l'armée ennemie. Ce qui confirme ce sens, c'est la remarque ajoutée par les deux évangélistes Marc et Matthieu : « Que celui qui lit cela, y prenne garde ; » remarque évidemment destinée à rappeler aux chrétiens de Palestine le danger qu'il y aurait à méconnaître ce signe et à laisser passer ce dernier moment pour s'enfuir hors du pays. Luc n'a donc nullement altéré le sens de la parole de Jésus ; seulement à l'expression prophétique obscure, il a substitué un terme plus intelligible pour ses lecteurs d'origine grecque. - Le participe présent κυκλουμένη, que nous ne pouvons rendre en français parce que nous n'avons pas de participe présent passif, désigne non l'investissement accompli, mais l'approche des armées qui enserrent graduellement la ville. - Cette parole a préservé l'Eglise de Palestine du vertige qui s'empara, dès le commencement de la guerre, de toute la nation juive. Se rappelant l'avertissement de Jésus, les chrétiens de Judée, à l'arrivée des armées romaines, s'enfuirent à Pella, de l'autre côté du Jourdain, et échappèrent ainsi à la catastrophe (Eus., Hist. Eccl. III, 5, éd. Læmmer). Ils appliquèrent avec raison l'expression : les montagnes (v. 21), aux plateaux montueux de Galaad.
Les habitants d'un pays menacé par l'ennemi cherchent ordinairement leur salut derrière les murs de la capitale. Mais c'est précisément sur ce point que dans ce cas se concentrera toute la violence de l'orage. C'est donc de là au contraire qu'il faudra se hâter de fuir. Le v. 22 explique le motif de cette dispensation ; comp. 11.50-51.
Notes
[1] Marcion omettait les v. 21 et 22.