L'un des faits qui contribuent le plus à enflammer le fanatisme dans les communautés religieuses, ce sont les persécutions. C'est sans doute là le lien qui rattache ce qui suit à ce qui précède. L'état de souffrance de l'Eglise la fera soupirer ardemment après le retour de son Epoux. Mais il ne faudra pas se lasser. Au travers de toutes ces angoisses et de toutes ces douleurs, les croyants devront remplir fidèlement la tâche que leur a laissée l'Epoux absent, - Le πρό, avant, dans la locution πρὸ τούτων ἁπάντω, avant toutes ces choses, pourrait certainement désigner l'importance suprême du fait qui va être signalé ; comp. Jacq.5.12 et une foule d'exemples tirés du grec classique dans Passow. Mais il est plus naturel de rapporter le πρό au temps. Les persécutions de l'Eglise l'ont atteinte dès son berceau ; elles ont commencé à Jérusalem dans les premiers jours de son existence ; comp. Act.4.3,7 ; 5.18,26-27 ; 6.12 ; 8.3 ; 9.2 ; 12.1, etc. - On ne peut rendre le participe passif ἀπαγομένους que par un verbe fini. Il n'y a aucune raison de penser, avec Holtzmann, que Luc trace ici post eventum le tableau des persécutions qu'eut à subir saint Paul. Il s'agit avant tout de celles dont l'Eglise fut l'objet de la part du Sanhédrin ; puis de toutes celles qui les suivirent.
Verset 13. Plusieurs (Bleek, Reuss, Weiss, Schanz) pensent que le témoignage dont il s'agit consistera dans la fidélité glorieuse à l'Evangile que les disciples déploieront dans cette lutte. Il ne me paraît pas que ce sens soit celui auquel conduit naturellement l'expression ἀποβαίνειν εἰς, qui fait penser plutôt à un résultat positif autre que la fidélité déployée (Philip.1.19). Encore moins simple est le sens de Hofmann, approuvé par Keil, qui voit dans le témoignage la déclaration d'innocence que rendront en faveur des disciples accusés les magistrats païens devant lesquels ils comparaîtront. Comment Jésus aurait-il pu promettre aux siens que ce serait là à chaque fois l'heureuse issue de leur procès ? D'ailleurs, les comparutions dont Jésus parle, ne sont pas seulement celles qui auront lieu devant les rois et les gouverneurs païens, mais aussi celles que raconte la première partie des Actes, devant les tribunaux juifs. Or l'on sait que les disciples ne furent point toujours absous par ceux-ci. Le témoignage est donc, comme l'ont cru de Wette et Meyer, celui que les disciples rendront eux-mêmes à Jésus devant les tribunaux juifs ou païens, Pierre dans le temple et devant le Sanhédrin, Paul dans les synagogues et devant les rois et les gouverneurs. Cette explication toute simple a aussi l'avantage d'établir un lien étroit entre ce verset et les suivants. Car l'idée du témoignage ainsi comprise conduit naturellement à celle du Saint-Esprit qui le rendra par leur bouche.
Versets 14 et 15. Jésus, lors même qu'il ne sera plus sur la terre, se charge de tout : ἐγὼ δώσω, et moi je donnerai. La bouche est ici l'emblème de l'aisance parfaite avec laquelle ils énonceront tout, ce que leur suggérera la sagesse de Jésus. Le terme ἀντειπεῖν, contredire, se rapporte à l'impossibilité où seront leurs adversaires de rien répliquer de valable à l'apologie des disciples ; celui de résister, à leur impuissance à répondre à leur tour quand les disciples prendront l'offensive et les attaqueront avec le glaive de l'Evangile. Dans la leçon alex., qui place l'infinitif ἀντιστῆναι le premier, il faut expliquer ἤ dans le sens de ou même.
Aux persécutions venant des autorités s'ajouteront celles que provoquera l'inimitié domestique (12.52 et suiv.). Le nom de Jésus creusera un abîme entre eux et leurs proches.
Verset 17. Cette parole conservée identiquement dans les trois synoptiques se retrouve également chez Jean.15.20-21. On voit combien s'était profondément gravée dans le souvenir des disciples la pensée de cette haine générale dont ils seraient un jour les objets.
Le verset 18 semble contredire absolument les derniers mots du verset 16 : « ils en tueront d'entre vous. » De Wette pense qu'il faut sous-entendre avec ne tombera : « sans la volonté de Dieu. » Bleek, Meyer, Weiss expliquent : « Il ne se perdra rien de ce qui appartient à votre vraie personnalité. » Hofmann fait appel à l'idée de la résurrection du fidèle qui restaurera parfaitement leur personne. J'avais pensé précédemment qu'on pouvait appliquer cette promesse à l'Eglise dans son ensemble, ce qui n'excluerait pas certaines exceptions individuelles. Je reconnais l'impossibilité de ce sens et me range aux explications de Bleek et d'Hofmann, tout en faisant remarquer avec Reuss que c'est ici une de ces locutions proverbiales dont il ne faut pas presser le sens littéral : « Quoi qu'il puisse vous arriver, vous sortirez finalement de la lutte sains et saufs. » Ce sens se lie d'un manière naturelle à l'idée du verset suivant.
Verset 19. L'expression acquérir (sauver) sa vie rappelle la promesse de Dieu à Jérémie (Jér.39.18) : « Tu auras ta vie pour butin, parce que tu as eu confiance en moi. » La confiance revêt ici sa forme la plus élevée, celle de l'ὑπομονή, de la persévérance qui tient bon (μένει) sous le poids (ὑπό) de l'épreuve la plus lourde. - Je pense qu'il faut lire avec A et B le futur κτήσεσθε plutôt que l'impératif κτήσασθε, avec tous les autres. Il y avait chez les copistes une disposition à introduire dans les textes la forme de l'exhortation. Comp. Rom.5.1 ; 1Cor.15.49.
Voici donc ce qu'a voulu dire Jésus dans cette première partie de l'enseignement portant sur les temps qui suivront son départ : « Ne vous hâtez pas d'interpréter certaines catastrophes sociales ou physiques, comme des signes d'une fin prochaine. Et tenez bon à travers les persécutions qui vous attendent, en professant hardiment votre foi. » Marc et Matthieu ajoutent encore une parole remarquable qui s'adapte parfaitement à ce contexte : « Cet Evangile du royaume sera prêché par toute la terre, en témoignage pour les Gentils. » Par qui ? Evidemment : « Par vous, mes disciples. » C'est leur dire : « Faites valoir le talent qui vous a été confié ! Remplissez votre tâche en l'absence de votre Maître. » Nous retrouverons bientôt la même idée chez Luc (v. 24). Du milieu de ce temps de séductions, de persécutions et de témoignage persévérant, qui peut se prolonger indéfiniment, Jésus voit surgir, comme une île du sein d'un fleuve, l'événement capital dont l'annonce avait motivé cet entretien, la catastrophe qui doit mettre fin pour un temps à l'existence de la nation élue. Il avait déjà annoncé 13.34-35 cette grande révolution dans l'histoire du règne de Dieu. Il y revient maintenant en indiquant, conformément à la question qui lui a été posée, le signe auquel on pourra reconnaître sûrement sa proximité. Il complète ainsi la réponse jusqu'ici purement négative donnée à cette question. Il faut bien remarquer le ὅταν δέ, mais quand, du v. 20, qui indique fortement le contraste entre les signes qui n'en sont pas véritablement et le signe réel et décisif : « Jusqu'à ce moment, demeurez tranquilles, quoi qu'il arrive ! Mais alors, levez vous ! »
2o Versets 20 à 24. La destruction de Jérusalem et du peuple juif.