Si les anciens vignerons représentent les autorités théocratiques, les autres vignerons auxquels la vigne (le royaume de Dieu, Matthieu v. 43) sera confiée à l'avenir, ne peuvent être que les futurs chefs de l'Eglise, les apôtres et leurs successeurs. Sans doute ce sens ne paraît pas conforme à la parole Matthieu v. 43, où est clairement indiquée la translation de la vigne des Juifs aux païens, à une nation (ἔθνει) qui en rendra les fruits. Mais dans Matthieu lui-même, v. 42, les οἰκοδομεῦντες ne peuvent représenter que les chefs du peuple. Et par conséquent, si au v. 43 il est parlé de la nation tout entière, c'est que le rejet des chefs entraînera inévitablement celui de tout le peuple, s'il demeure sous leur direction. Le mot ἐλεύσεται, viendra, fait opposition au (ἀπεδήμησε, il s'absenta, du v. 9. Ce retour désigne une nouvelle intervention directe de Dieu, comme lors de la fondation de l'alliance ; mais cette fois ce sera comme juge qu'il viendra. C'est l'annonce bien claire de la destitution prochaine du Sanhédrin et du sacerdoce, ainsi que de la destruction du temple et du peuple ; comp. Matth.10.23. - Cette fois, les auditeurs ont compris ; ils se hâtent de détourner l'omen. Jésus les renvoie alors à une parole scripturaire, qui renfermait dès longtemps la même menace.
Verset 17. Le ἐμβλέψας indique, comme d'ordinaire, un regard significatif. Le οὖν, donc, veut dire : « Si votre protestation contre ma menace est fondée, que signifie, dans ce cas, cette parole qui est écrite, écrite en toutes lettres ? » (ce dernier mot en opposition à sa menace verbale). On applique souvent la parole du Ps.118.22 au peuple d'Israël, que les puissances païennes (les constructeurs) ont méprisée et foulée aux pieds, et qui n'en reste pas moins le point d'appui du royaume de Dieu sur la terre. Dans le contexte du psaume il faut plutôt la rapporter aux justes en Israël, à l'Israël de Dieu qui, opprimé avant la captivité par les sacrificateurs et les rois impies, est devenu, au retour de l'exil, le fondement du règne de Dieu rétabli ici-bas. Cette position du vrai Israël est précisément en ce moment celle du Messie en face de l'Israël dégénéré représenté par le Sanhédrin. L'accusatif λίθον est une attraction textuellement tirée des LXX et qui se retrouve dans les trois synoptiques.
Verset 18. Les expressions de ce verset paraissent être empruntées à Es.8.14-15 et à Dan.2.34. La première proposition se rapporte à la personne du Messie dans son abaissement : « Celui qui se scandalisera de lui périra ; » la seconde, au Messie revenant, dans sa gloire et écrasant ses adversaires du poids de son courroux. Sous le premier rapport, c'est une pierre contre laquelle on se brise (v. 17) ; sous le second, une pierre qui tombe du ciel et pulvérise. - Le résultat de ce conflit, terrible avec les chefs est décrit dans le verset suivant.