Le Vatic. lui-même se joint ici aux Mss. qui lisent l'imparfait : ἐζητεῖτε, cherchiez-vous ? - Τί ὅτι, qu'est-ce, que cela que ? Act.5.9 ; Marc.2.16. Jésus veut-il dire : « Pourquoi donc êtes-vous venus me chercher ? Vous auriez dû continuer votre chemin et me laisser à Jérusalem[1] ? » Non, car Jésus ne pouvait ainsi préjuger les voies de Dieu à son égard. Puis l'explication suivante : Ne saviez-vous pas… ? ne signifie pas qu'ils n'auraient pas dû le chercher du tout, mais qu'ils auraient dû le chercher tout droit à la bonne place. - Ne saviez-vous pas… ? c'est la vraie leçon, et non : « Ne savez-vous pas… ? » La connaissance qu'ils avaient de lui aurait dû les empêcher de le chercher ailleurs que là où ils le trouvent enfin. - L'expression τὰ τοῦ πατρός μου peut être prise dans un sens local : la maison de mon père (Esth.7.9), ou dans le sens moral : les affaires de mon Père (1Tim.4.15). D'après la plupart des Pères et des modernes, le premier sens convient seul au contexte, car il s'agit de chercher, de trouver. Edersheim objecte que le mot δώματα n'eût pu manquer en grec dans ce sens restreint et que l'étonnement de Marie et de Joseph ne s'expliquerait pas, puisque chaque enfant juif pouvait appeler le temple la maison de son Père. La seconde raison me paraît fausse ; la première, mieux fondée. Pourquoi le premier sens plus restreint ne serait-il pas compris dans le second, plus général et qui répond mieux à l'expression grecque tout à fait indéterminée ? La maison du Père ne rentre-t-elle pas dans « les choses qui sont au Père, » dans les propriétés de Dieu ici-bas ? Jésus veut dire : Il fallait me chercher là où on s'occupe des affaires de Dieu. - L'expression δεῖ εἶναι est frappante : elle affirme, avec une décision qui contraste avec l'âge de l'enfant, l'idée d'une consécration absolue et moralement irrésistible au service de Dieu sur la terre (il faut). Encore ici on croit sentir le résultat d'une expérience toute fraîche. Ces jours de fête, d'isolement et de relation plus étroite avec Dieu avaient amené à maturité ce qui germait dans le cœur de l'enfant. - La nécessité morale renfermée dans ce il faut est motivée par le terme mon Père. Jésus n'avait probablement jamais employé jusqu'alors cette expression en parlant de Dieu ; il avait, bien pu dire : « notre Père » (Es.64.8). Mais il ne s'était point approprié si spécialement le privilège de la filiation divine. Assurément cette expression n'implique point la conscience que Jésus a eue plus tard de sa relation éternelle avec Dieu dans le sens du prologue de Jean ; mais elle indique pourtant le sentiment d'une relation avec Dieu à la fois spéciale (mon) et très intime (Père). Ou bien Jésus avait connaissance par Marie de la nature miraculeuse de son origine terrestre, ou bien il parle ainsi au point de vue de la relation morale tout à fait exceptionnelle dans laquelle il se sent avec Dieu. Il voit tous ceux qui l'entourent plus ou moins séparés de Dieu et obligés de recourir aux sacrifices pour le péché, tandis que rien ne trouble en lui la pure jouissance de l'amour divin et la relation sainte qu'il soutient avec Dieu. De là ce nom « mon Père » qui s'échappe de sa conscience en réponse à l'exclamation de sa mère : « Ton père et moi. » De là aussi la nécessité intérieure d'une complète consécration aux affaires divines qui lui apparaissent désormais comme les siennes.
Verset 50. Strauss et Meyer lui-même trouvent inexplicable cette inintelligence des parents, s'ils avaient réellement reçu les communications célestes précédemment racontées. Mais cet idéal, que Jésus venait de leur laisser entrevoir, d'une vie absolument consacrée aux intérêts de Dieu sous l'empire d'une affection filiale absolue…, il fallait, pour le comprendre, avoir contemplé toute la vie de Jésus lui-même. C'est du point de vue de son intelligence subséquente que Marie a formulé cet aveu de son inintelligence et de celle de Joseph à ce moment-là.
Cette remarque du v. 50 trahit clairement la source de ce récit, comme la remarque du v. 19 celle des récits précédents. Et comment ne pas être frappé en effet de l'exquise simplicité de cette narration, surtout quand on la compare aux récits des apocryphes qui font à cette occasion de l'enfant Jésus un professeur doué de l'omniscience, résolvant en face des docteurs stupéfaits les questions les plus ardues de la loi et de la prophétie, et même de la métaphysique et de l'astronomie[2].
Versets 51 et 52 : Conclusion historique.
Notes
[1] Schanz me prête cette explication que j'ai positivement repoussée.
[2] Voir l'Evangile de Thomas, déjà connu d'Irénée et datant par conséquent au plus tard du milieu du IIe siècle. - et l'Evangelium infantiæ arabicum, de date postérieure au précédent.