Le récit de Luc ne manque pas de faire ressortir en toute occasion la fidélité scrupuleuse à l'observance légale qui caractérise la conduite des acteurs du drame évangélique (1.6 ; 2.22-24 ; 23.56). C'est sous la sauvegarde de cette institution divine que s'est accomplie sans révolution la transition de l'économie de la lettre à celle de l'Esprit. - Le retour des parents de Jésus à Nazareth est évidemment considéré dans le document qu'emploie Luc comme quelque chose de tout naturel qui n'a besoin d'être expliqué par aucune circonstance particulière. C'est ce que prouve d'ailleurs le pronominal αὐτῶν, leur ville.
Verset 40. Cette courte caractéristique du développement de Jésus enfant jusqu'à l'âge de douze ans répond au tableau semblable de l'enfance de Jean-Baptiste, 1.66. Si l'on retranche avec les alex. le mot πνεύματι, en esprit, que l'on peut avec raison soupçonner d'avoir été interpolé sous l'influence de 1.80, les deux verbes croissait, et se fortifiait ne peuvent se rapporter qu'au développement physique de l'enfant. Le double accroissement en stature et en force s'opérait chez lui d'une manière normale. - Le développement spirituel, qui s'accomplissait parallèlement, est décrit par l'expression πληρούμενον σοφίας, étant rempli de sagesse. Quoi qu'en disent Hofmann, Keil, etc., le participe présent πληρούμενον renferme l'idée, non d'un fait accompli, mais d'un fait qui s'accomplit, non d'un état, mais d'un progrès ; ce mot doit se traduire, non par plenus (Vulgate), mais par l'imparfait implebatur, se remplissait, c'est-à-dire de jour en jour, d'année en année[1]. Voir dans Schanz les explications de plusieurs Pères, de Cyrille, en particulier. L'image est celle d'un vase qui se remplit incessamment à mesure qu'il s'étend et qui s'étend à mesure qu'il se remplit. - Le terme de sagesse désigne la connaissance vraie de Dieu, de soi-même, des hommes et des choses, dans la mesure où l'exige à chaque fois la juste appréciation de la situation donnée ; de là résulte un parfait savoir-faire en toute chose. - On voit que Luc prend l'humanité de Jésus au sérieux. Il admet en lui une croissance réelle, au moral comme au physique. Pour la première fois s'accomplissait sur la terre le développement normal de l'enfance à la jeunesse. Aussi le regard divin reposait-il satisfait sur cet enfant qui réalisait enfin la pensée créatrice. C'est ce que font ressortir les derniers mots du verset. La grâce, χάρις, désigne la faveur de Dieu résultant de la pleine satisfaction que cette vue lui fait éprouver ; cette grâce est en même temps comprise comme une force bienfaisante qui active et dirige ce développement normal. L'idée d'une action exercée est renfermée dans le régime à l'accusatif (ἐπ’ αὐτό, qui indique la pénétration de l'objet par le sujet. En parlant de Jean, Luc s'était exprimé tout différemment : « La main du Seigneur, le secours de sa force, » et : « était avec lui » (μετ’ αὐτοῦ). - Que l'on compare ce tableau de l'enfance de Jésus, d'une sobriété si parfaite, avec les monstrueuses inventions des apocryphes, et l'on sentira combien est authentique la tradition qui a présidé à cette narration. Sur le rôle de la lecture et de l'étude des Ecritures dans ce développement de la sagesse de Jésus, voir le beau chapitre de Edersheim sur l'instruction religieuse des enfants juifs (Life Jesus, t. 1, ch. IX).
VII.
L'enfant Jésus à Jérusalem (2.41-52)
C'est ici le seul trait de la jeunesse de Jésus qui soit raconté dans nos évangiles. Chaque enfant, devenu plus tard un grand homme, a manifesté dès ses jeunes années par quelque parole originale ou par quelque acte saillant la supériorité latente qui le distinguait. C'est ici le premier éclair du génie propre de Jésus. C'est à la fois l'illustration de cette sagesse qui vient d'être mentionnée comme le trait dominant de son développement et la précoce manifestation de cette relation filiale avec Dieu, qui a marqué sa vie d'un sceau unique et ineffaçable. - Ce récit retrace :
- la séparation de l'enfant d'avec ses parents (v. 41-45) ;
- leur rencontre (v. 46-50) ;
- le retour à Nazareth (v. 51 et 52).
Versets 41 à 45 : La séparation.
Notes
[1] J'avais exprimé (1re éd.) le participe ainsi compris par se remplissant, parce que la langue française ne possède pas de partie, présent passif. Keil m'impute pour cette raison l'idée de faire de πληρούμενον un participe moyen !