En grec, le participe ἰδόντες est sans objet. C'est l'acte de voir comme confirmant le parler de l'ange. - Le verbe γνωρίζειν, ainsi que son composé διαγνωρίζειν, peut signifier connaître ou faire connaître ; le second sens est réclamé par le contexte. - Le mot ῥῆμα est plutôt ici dans le sens de parole ou de nouvelle. S'agit-il uniquement de la publication dans l'étable aux oreilles des quelques personnes qui pouvaient s'y trouver, ou bien des récits que les bergers firent à ceux qu'ils rencontrèrent après être sortis de l'étable ? Schanz insiste sur le second sens à cause du πάντες, tous, v. 18 ; car ce tous peut difficilement se rapporter uniquement à Joseph et à Marie, à côté desquels aucun autre témoin n'est mentionné. Dans ce sens il faut sous-entendre le départ des bergers entre le v. 16 et le v. 17. Le v. 20 ne s'oppose point à cette manière de voir.
Versets 18 et 19. Ce tableau des impressions diverses produites par tout ce qui vient de se passer répond à celui de 1.65-66. - Chez la plupart, une surprise vague ; mais (δέ) chez Marie une impression plus profonde et plus durable, un travail de méditation et de combinaison. Elle rassemble les faits dans son souvenir pour les y graver (συντηρεῖν) ; puis elle les rapproche et les compare pour en dégager la pensée divine (συμβάλλειν).
Versets 20. Quant aux bergers, leur position est intermédiaire. Il y a chez eux moins que chez Marie, mais plus que chez les simples auditeurs du v. 18. - La leçon ἐπέστρεψαν du T. R. est sans doute une faute de copiste ; ὑπέστρεψαν indique le retour de la ville au pâturage. - Le δοξάζειν, glorifier, résulte du sentiment de la grandeur de l'œuvre divine ; αἰνεῖν, louer, se rapporte à la bonté qui y éclate. - Les deux termes : avaient entendues et avaient vues, peuvent se rapporter à ce que les bergers avaient entendu et vu dans l'étable, en écoutant les récits de Joseph et de Marie et en voyant de leurs yeux le petit enfant. Mais le terme entendu se rapporte beaucoup plus naturellement à ce qu'ils avaient entendu de la bouche des anges. Et ce sens est admissible, à la condition de faire dépendre la proposition : conformément à ce que…, uniquement de l'idée de voir : ce qu'ils avaient entendu de la bouche des anges, puis vu de leurs yeux en parfaite conformité avec le message des anges. Ils se convainquirent qu'ils n'avaient pas été l'objet d'une hallucination en entendant les paroles célestes. - A quelle source ont été puisés ces récits et ces indications frappantes sur les impressions des bergers, des gens de Bethléem et de Marie elle-même ? Le coloris araméen du récit trahit une source très antique. Plus on lit et relit le v. 19, plus on arrive à la conviction que le premier et réel auteur de ce récit, ne peut être que Marie. Cette narration si simple, si sobre, si pure dans ses moindres détails, se sera conservée un certain temps sous forme orale ; puis elle aura trouvé un rédacteur dont le travail est parvenu à Luc, qui l'a scrupuleusement reproduit en en conservant, autant que possible, la forme primitive. Weiss trouve également dans la remarque du v. 19 l'indication de la vraie source de cette tradition.
L'ancien rationalisme (Paulus, Ammon) expliquait cette prétendue apparition d'anges par un phénomène de phosphorescence à l'occasion duquel se serait réveillée dans l'esprit des bergers l'idée de la venue du Messie ! Aujourd'hui on voit plutôt dans cette scène l'illustration mythique de cette vérité que les pauvres sont l'objet de la préférence divine (Meyer). Mais la narration que nous venons d'étudier est trop sobre pour comporter une origine légendaire. Personne d'ailleurs, après le rejet de Jésus par le peuple juif, n'eût songé à mettre dans la bouche de l'ange une parole comme celle-ci : « Une grande joie qui sera pour tout le peuple. » Voir à la fin du ch. 2.
VI.
Circoncision de Jésus et sa présentation
dans le temple (2.21-40)
Ce récit comprend :
- La circoncision de Jésus (v. 21) ;
- Sa présentation dans le temple (v. 22-24) ;
- Les circonstances qui ont accompagné cette présentation (v. 25-38) ;
- Une conclusion historique (v. 39 et 40).
Verset 21 : Circoncision.